{"id":11889,"date":"2016-04-20T14:45:55","date_gmt":"2016-04-20T12:45:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=11889"},"modified":"2016-04-20T14:45:55","modified_gmt":"2016-04-20T12:45:55","slug":"archetype-de-lecrivain-libre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=11889","title":{"rendered":"Arch\u00e9type de l\u2019\u00e9crivain libre\u2026"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/?attachment_id=11890\" rel=\"attachment wp-att-11890\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-11890\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Aym\u00e9-Qui-suis-je.jpg\" alt=\"Aym\u00e9 Qui suis-je\" width=\"233\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Aym\u00e9-Qui-suis-je.jpg 233w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Aym\u00e9-Qui-suis-je-200x300.jpg 200w\" sizes=\"(max-width: 233px) 100vw, 233px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Michel L\u00e9cureur a enseign\u00e9 en primaire, coll\u00e8ge et lyc\u00e9e avant de terminer sa carri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 du Havre. Depuis 1985, il a publi\u00e9 des ouvrages de r\u00e9gionalisme ou des \u00e9tudes litt\u00e9raires. Dans le premier domaine, il s&rsquo;est notamment int\u00e9ress\u00e9 aux <em>Manoirs et Ch\u00e2teaux du Pays de Caux <\/em>(Les Falaises, 2004), aux <em>Normands pionniers du sport<\/em> (Les Falaises, 2007), aux <em>Corsaires et pirates de Normandie<\/em> (Magellan, 2011).<\/p>\n<p>Dans le second, il a \u00e9dit\u00e9 les \u0153uvres de Marcel Aym\u00e9 (1902-1967) chez Gallimard, dans la Pl\u00e9iade, en 2001. Co-fondateur de la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de Marcel Aym\u00e9, qu\u2019il a pr\u00e9sid\u00e9e pendant vingt ans, il a par cons\u00e9quent dirig\u00e9 la publication des <em>Cahiers Marcel Aym\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>Il est aussi l&rsquo;auteur de quatre biographies de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: <em>Marcel Aym\u00e9 <\/em>(Les Belles Lettres,1997), <em>Raymond Queneau <\/em>(Les Belles Lettres, 2002), <em>Ren\u00e9 Fallet <\/em>(Les Belles Lettres, 2005), <em>Barbey d&rsquo;Aurevilly <\/em>(Fayard, 2008), et d&rsquo;un essai sur Guy de Maupassant (Orep, 2009).<\/p>\n<p>Il a \u00e9galement sorti, aux \u00c9ditions Pard\u00e8s \u00e0 Grez-sur-Loing, un savoureux et passionnant petit essai intitul\u00e9 <strong><em>Aym\u00e9 Qui suis-je\u00a0?<\/em><\/strong>, une synth\u00e8se biographique du meilleur aloi consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019un des plus grands et des plus inclassables \u00e9crivains fran\u00e7ais, dont les prises de position litt\u00e9raires et politiques, \u00e0 tout le moins libertaires si pas libertariennes, lui ont valu des haines pugnaces, en raison du fait qu\u2019elles se fichaient de la bien-pensance et du politiquement correct comme un poisson d\u2019une pomme.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019au d\u00e9but de l\u2019occupation allemande, Marcel Aym\u00e9 fit para\u00eetre, en septembre et octobre 1940, quatre articles dans la version \u00e0 l\u2019esprit anticonformiste du journal <em>Aujourd\u2019hui<\/em> alors dirig\u00e9 par Henri Jeanson (un ancien du <em>Canard encha\u00een\u00e9<\/em>), publication qu\u2019il quittera lors de l\u2019\u00e9viction de Jeanson et son remplacement par le collaborationniste Georges Suarez en novembre de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Marcel Aym\u00e9 avait propos\u00e9 \u00e0 Jeanson un article contre les mesures antis\u00e9mites de Vichy, texte qui fut interdit par la censure allemande.<\/p>\n<p>Notre auteur donna alors trois articles aux <em>Temps nouveaux<\/em>, dirig\u00e9s par le sulfureux Jean Luchaire, dans lesquels il s\u2019opposa notamment \u00e0 la fermeture des \u00c9coles normales, mesure embl\u00e9matique du r\u00e9gime de Vichy.<\/p>\n<p>Entre 1942 et 1943, Marcel Aym\u00e9 publia cinq articles dans les colonnes de <em>Je suis partout<\/em>, l\u2019organe de Doriot et Brasillach, des papiers consacr\u00e9s \u00e0 des peintres de ses amis (Chas Laborde, Paul Bourg, Ralph Soupault et Jodelet) o\u00f9 il \u00e9reinte au passage les cr\u00e9dos des publicistes collaborationnistes Lucien Rebatet et Pierre-Antoine Cousteau, deux piliers centraux de\u2026 <em>Je suis partout\u00a0<\/em>!<\/p>\n<p>\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, Marcel Aym\u00e9 pr\u00eata son appartement montmartrois pour des r\u00e9unions du r\u00e9seau de r\u00e9sistance communiste de Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie (1900-1958), prix Nobel de chimie en 1935.<\/p>\n<p>Interrog\u00e9 en 1944 par le journal ultra-collaborationniste <em>La Gerbe<\/em> sur les bombardements alli\u00e9s d\u00e9nonc\u00e9s notamment par Philippe Henriot, ministre de la Propagande de P\u00e9tain, notre \u00e9crivain d\u00e9clare sans ciller que ceux-ci ob\u00e9issent aux lois de la guerre.<\/p>\n<p>En 1945, Marcel Aym\u00e9 fit circuler une p\u00e9tition aupr\u00e8s des gens de lettres pour obtenir la gr\u00e2ce de Robert Brasillach, condamn\u00e9 \u00e0 mort \u00e0 l\u2019issue d\u2019un proc\u00e8s impensable aujourd\u2019hui, au cours duquel le procureur Marcel Reboul n\u2019avait eu de cesse de d\u00e9noncer l\u2019homosexualit\u00e9 de l\u2019accus\u00e9, en plus de sa trahison.<\/p>\n<p>Ce dernier fut tout de m\u00eame ex\u00e9cut\u00e9, apr\u00e8s un refus de gr\u00e2ce de Charles de Gaulle contre qui Marcel Aym\u00e9 garda d\u00e9sormais une dent \u2013 particuli\u00e8rement dure \u2013 ainsi que contre la magistrature qu\u2019il \u00e9reinta joyeusement dans <em>La T\u00eate des autres<\/em> en 1952.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, Marcel Aym\u00e9, qui avait voyag\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, afficha un antiam\u00e9ricanisme constant, en raison du mat\u00e9rialisme et de la s\u00e9gr\u00e9gation des Noirs qui s\u00e9vissaient dans la patrie de l\u2019Oncle Sam.<\/p>\n<p>Il soutint aussi Louis-Ferdinand C\u00e9line dans les pages du <em>Libertaire<\/em>, pr\u00e9conisa le retrait de la France de l\u2019OTAN et d\u00e9fendit la cause de l\u2019Alg\u00e9rie alg\u00e9rienne dans <em>L\u2019Esprit public<\/em>, revue partisane de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>En 1950, on lui proposa d\u2019\u00eatre candidat \u00e0 la L\u00e9gion d\u2019honneur et de recevoir par cons\u00e9quent une invitation \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, offre qu\u2019il d\u00e9clina en expliquant plus tard dans <em>Le Crapouillot<\/em> que s\u2019il avait eu \u00e0 motiver sa d\u00e9cision, il aurait sugg\u00e9r\u00e9 aux tr\u00e8s hauts personnages qui lui faisaient cette demande \u00ab\u00a0qu\u2019ils voulussent bien, leur L\u00e9gion d\u2019honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs \u00e9lys\u00e9ens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Voici la pr\u00e9sentation que Michel L\u00e9cureur donne de son excellent livre\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u00e8s le prix Renaudot de 1929, obtenu pour <em>La-Table-aux-Crev\u00e9s<\/em>, Marcel Aym\u00e9 a connu la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. D\u00e8s lors, il s&rsquo;est affirm\u00e9 comme romancier avec des r\u00e9ussites aussi \u00e9clatantes que <em>La Jument verte<\/em> (1933), <em>Le Moulin de la Sourdine<\/em> (1936) ou <em>La Vouivre<\/em> (1943). Sa trilogie compos\u00e9e de <em>Travelingue<\/em> (1941), <em>Le Chemin des \u00e9coliers<\/em> (1946) et <em>Uranus<\/em> (1948) est fr\u00e9quemment cit\u00e9e par les historiens pour \u00e9voquer l&rsquo;histoire de la France avant, pendant et apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 cette production romanesque, Marcel Aym\u00e9 a publi\u00e9 plusieurs recueils de nouvelles, comme <em>Le Nain<\/em> (1934), <em>Derri\u00e8re chez Martin<\/em> (1938) ou <em>Le Passe-Muraille<\/em> (1943). Dans le domaine des histoires br\u00e8ves, il a connu un succ\u00e8s exceptionnel avec <em>Les Contes du chat perch\u00e9<\/em> (1934-1946).<\/p>\n<p>Ce <em>Marcel Aym\u00e9 Qui suis-je\u00a0?<\/em> montre qu&rsquo;il s&rsquo;est \u00e9galement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 comme un journaliste de talent dont on a sollicit\u00e9 les articles les plus divers dans diff\u00e9rents journaux et revues. Cependant, son d\u00e9sir le plus cher \u00e9tait probablement de devenir auteur dramatique et il a atteint cet objectif avec des pi\u00e8ces comme <em>Lucienne et le boucher<\/em> (1948), <em>Cl\u00e9rambard<\/em> (1950) et<em> La T\u00eate des autres<\/em> (1952).<\/p>\n<p>Observateur lucide de la nature humaine, il a confi\u00e9 ses r\u00e9flexions dans toute son \u0153uvre et, en particulier, dans<em> Le Confort intellectuel <\/em>(1949). Son go\u00fbt peu commun pour la libert\u00e9 de penser et de s&rsquo;exprimer lui attire encore l&rsquo;opprobre de certains qui le connaissent mal, car son humanisme et son humour restent \u00e0 d\u00e9couvrir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Soulignons encore que l\u2019ouvrage de Michel L\u00e9cureur fournit une bibliographie et une filmographie tr\u00e8s compl\u00e8tes.<\/p>\n<p>Car Marcel Aym\u00e9 fut aussi le sc\u00e9nariste, l\u2019adaptateur et\/ou le dialoguiste de nombreux films, dont certains sont rest\u00e9s cultes, comme <em>La Travers\u00e9e de Paris<\/em> (1956) avec Jean Gabin, Bourvil et Louis de Fun\u00e8s ou <em>La Jument verte<\/em> (1959) avec Bourvil, Yves Robert et Francis Blanche.<\/p>\n<p>Un homme formidable, donc\u2026<\/p>\n<p><strong>P\u00c9TRONE<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Aym\u00e9 Qui suis-je\u00a0? <\/em><\/strong>par Michel L\u00e9cureur, Grez-sur-Loing, \u00c9ditions Pard\u00e8s, collection \u00ab\u00a0Qui suis-je\u00a0?\u00a0\u00bb, f\u00e9vrier\u00a02016, 128\u00a0pp. en noir et blanc au format 14\u00a0x\u00a021\u00a0cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 12\u00a0\u20ac (prix France)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Michel L\u00e9cureur a enseign\u00e9 en primaire, coll\u00e8ge et lyc\u00e9e avant de terminer sa carri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 du Havre. 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