{"id":15827,"date":"2018-06-01T17:57:57","date_gmt":"2018-06-01T15:57:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=15827"},"modified":"2018-06-01T18:00:15","modified_gmt":"2018-06-01T16:00:15","slug":"putanites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=15827","title":{"rendered":"Putanit\u00e9s\u2026"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/?attachment_id=15828\" rel=\"attachment wp-att-15828\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-15828\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Du-couvent-au-bordel-\u2013-Mots-du-joli-monde.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Du-couvent-au-bordel-\u2013-Mots-du-joli-monde.jpg 220w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Du-couvent-au-bordel-\u2013-Mots-du-joli-monde-189x300.jpg 189w\" sizes=\"(max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Auteure d\u2019un <em>Petit Glossaire raisonn\u00e9 de l&rsquo;\u00e9rotisme saphique (1880-1930)<\/em> <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, d\u2019<em>\u00c9crire d&rsquo;amour, anthologie de textes \u00e9rotiques f\u00e9minins (1799-1984)<\/em> <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, d\u2019<em>Yvette Guilbert l&rsquo;irrespectueuse<\/em> <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, de <em>Les Mots d&rsquo;Arletty<\/em> <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, de <em>D&rsquo;Annunzio et la Duse, les amants de Venise<\/em> <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, de <em>Ces sublimes objets du d\u00e9sir<\/em> <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, de <em>Les Po\u00e8tes et les Putains<\/em> <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> et de <em>Mots de table, mots de bouche<\/em> <a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, Claudine Br\u00e9court-Villars est une historienne de la litt\u00e9rature et une linguiste sp\u00e9cialis\u00e9e dans la langue verte, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs curieux des mots de la chose\u2026<\/p>\n<p>On lui doit aussi <strong><em>Du couvent au bordel \u2013 Mots du joli monde<\/em><\/strong> (Paris, La Table Ronde), un dictionnaire des termes en usage dans le monde tr\u00e8s ouvert \u00e0 tous des maisons doublement closes\u2026<\/p>\n<p>Voici ce qu\u2019en dit son \u00e9diteur\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le monde des prostitu\u00e9es et celui des gens de la p\u00e8gre, qui les exploitent, poss\u00e8dent un langage original d&rsquo;une vulgarit\u00e9 propre \u00e0 \u00e9moustiller les clients et \u00e0 choquer les bien-pensants, mais dont la richesse ne laisse pas de surprendre. Et si le passage des mots d&rsquo;argot dans le fran\u00e7ais familier, puis dans le fran\u00e7ais tout court, n&rsquo;a commenc\u00e9 que dans les ann\u00e9es 1870, ce vocabulaire pittoresque et truculent \u00e9tait toujours vivace \u00e0 l&rsquo;aube du XX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des incontournables catins, filles de joie ou putains, les marchandes d&rsquo;amour sont stigmatis\u00e9es comme appartenant \u00e0 une esp\u00e8ce mi-animale, mi-humaine\u00a0: noms d&rsquo;oiseaux ou de volatiles de basse-cour \u2013 chouettes, grues, cocottes, poules \u2013, de batraciens, voire de larves d&rsquo;insectes. Les araign\u00e9es de luxure ou de pissoti\u00e8re offrent la parfaite repr\u00e9sentation du rejet que suscitent ces filles, consid\u00e9r\u00e9es comme avilissantes.<\/p>\n<p>S&rsquo;ajoutent \u00e0 ce floril\u00e8ge chienne, guenon, truie, femelles r\u00e9put\u00e9es pour leur lascivit\u00e9, ou louve qui a donn\u00e9 le litt\u00e9raire lupanar, mais encore biche et lionne, termes appliqu\u00e9s aux courtisanes croqueuses de diamants et aux demi-mondaines ch\u00e8res \u00e0 Alexandre Dumas fils. Quant aux lieux d&rsquo;exercice du m\u00e9tier, ils sont appel\u00e9s bordel, bobinard, boxon, claque, trottoir et tutti quanti. Autant de mots et expressions du \u00ab\u00a0joli monde\u00a0\u00bb dont Claudine Br\u00e9court-Villars donne le sens, l&rsquo;\u00e9tymologie, la datation.<\/p>\n<p>Elle les illustre par des citations, litt\u00e9raires pour la plupart, provenant aussi parfois de chansons ou de vaudevilles. Du XVI<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle \u00e0 nos jours, en passant par le\u00a0XIX<sup>e<\/sup> \u2013 \u00e2ge d&rsquo;or de la prostitution o\u00f9 nombre d&rsquo;\u00e9crivains populaires et naturalistes se sont empar\u00e9s du th\u00e8me \u2013, cet ouvrage en dit long sur l&rsquo;\u00e9volution de la condition des prostitu\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et, in\u00e9vitablement, sur celle des femmes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>P\u00c9TRONE<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Du couvent au bordel \u2013 Mots du joli monde<\/em><\/strong> par Claudine Br\u00e9court-Villars, Paris, \u00c9ditions de La Table Ronde, janvier\u00a02017, 280\u00a0pp. en bichromie au format 12,6\u00a0x\u00a019,5\u00a0cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 22\u00a0\u20ac (prix France)<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Extraits\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><strong>COUVENT\u00a0:<\/strong> Terme aujourd&rsquo;hui obsol\u00e8te qui, comme <em>abbaye de s&rsquo;offre \u00e0 tous<\/em>, associe l&rsquo;univers de la religion \u00e0 celui de la sexualit\u00e9. Par m\u00e9tonymie du sens premier, il d\u00e9signe au XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle la maison de prostitution.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00d4 Dieu, qu&rsquo;un saint fait trembler tout p\u00e9cheur\u00a0!<\/p>\n<p>Nos deux rivaux se renversent de peur.<\/p>\n<p>Chacun d&rsquo;eux fuit, emportant dans le c\u0153ur<\/p>\n<p>Avec la crainte un d\u00e9sir de mal faire.<\/p>\n<p>Vous avez vu, sans doute, un commissaire<\/p>\n<p>Cherchant de nuit un couvent de V\u00e9nus\u00a0;<\/p>\n<p>Un jeune essaim de tendrons demi-nus<\/p>\n<p>Saute du lit, s&rsquo;esquive, se d\u00e9robe<\/p>\n<p>Aux yeux hagards du noir p\u00e9dant en robe.<\/p>\n<p>Ainsi fuyaient mes paillards confondus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(VOLTAIRE, <em>La Pucelle d&rsquo;Orl\u00e9ans<\/em>, 1762)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Par un d\u00e9cret derni\u00e8rement,<\/p>\n<p>L&rsquo;on a supprim\u00e9 les couvents\u00a0:<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce qui nous d\u00e9sole.<\/p>\n<p>Puisque ainsi l&rsquo;a permis le ciel,<\/p>\n<p>Pla\u00e7ons-nous dans quelque bordel\u00a0:<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce qui nous console.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(CLAUDE MERCIER DE COMPI\u00c8GNE, <em>La Bougie de No\u00ebl<\/em>, 1793)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la statistique des d\u00e9florateurs offre quelques difficult\u00e9s \u00e0 l&rsquo;observation consciencieuse, celle des d\u00e9floratrices est plus simple \u00e0 dresser, et c&rsquo;est dans les couvents de plaisir, sous l&rsquo;\u0153il protecteur de la police, que se fait la cueillette de presque toutes ces jeunes virginit\u00e9s si l&rsquo;on peut donner ce\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 nom \u00e0 des innocences d\u00e9j\u00e0 fort entam\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(PAUL BOURGET, <em>Physiologie de l&rsquo;amour moderne<\/em>, 1891)<\/p>\n<p><strong>FEMME FOLLE<\/strong>\u00a0:\u00a0 Une ordonnance de Saint Louis de 1256 atteste l&rsquo;\u00e9mergence de la locution femme folle\u00a0: \u00ab\u00a0Que toutes fo(l)les femmes, et ribaudes communes soient bout\u00e9es et mises hors de toutes nos cit\u00e9s et villes, sp\u00e9cialement qu&rsquo;elles soient bout\u00e9es et mises hors des rues\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au temps de Fran\u00e7ois Villon, les \u00ab\u00a0ribaudes\u00a0\u00bb deviennent <em>filles folieuses<\/em>, puis <em>femme(s)<\/em> <em>folle(s)<\/em> sous la plume de Rabelais, qui ose une fameuse contrep\u00e8terie quand il d\u00e9taille le contenu des poches de Panurge dans <em>Pantagruel<\/em>.<\/p>\n<p>Sous le Second Empire, l&rsquo;auteur du <em>Dictionnaire de la langue verte<\/em> en donne cette d\u00e9finition\u00a0: \u00ab\u00a0filles de bordel qui font de l\u2019amour un m\u00e9tier et de leur cul une marchandise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Synonyme\u00a0: Femme de p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans son manteau, il y avait plus de vingt-six petites poches toujours pleines. [&#8230;] Dans une autre, deux ou trois miroirs ardents, avec lesquels il faisait enrager certaines fois les hommes et les femmes, et leur faisait perdre contenance \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, car il disait qu&rsquo;il n&rsquo;y avait qu&rsquo;une antistrophe entre <strong>femme folle<\/strong> \u00e0 la messe, et femme molle \u00e0 la fesse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(FRAN\u00c7OIS RABELAIS, <em>Pantagruel<\/em>, 1532)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On les appelait autrefois femmes amoureuses, <strong>filles folles<\/strong> de leur corps. Les filles publiques ne sont point amoureuses\u00a0; si elles sont <strong>folles<\/strong> de leur corps, ceux qui les fr\u00e9quentent sont plus insens\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(LOUIS-S\u00c9BASTIEN MERCIER, <em>Tableau de Paris<\/em>, 1781)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Fran\u00e7ois Villon passait le plus clair de son temps en beuveries avec des <strong>filles folieuses<\/strong>, en tapages nocturnes, vols d\u2019enseignes, d\u00e9placement de bornes servant de marchepied aux cavaliers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(R\u00c9GINE DEFORGES, <em>Le Paris de mes amours\u00a0: Ab\u00e9c\u00e9daire sentimental<\/em>, 2011)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Chez Jean-Jacques Pauvert en 1980.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Chez Ramsay en 1985.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Chez Plon en 1988.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Chez V. &amp; O. en 1988, prix Alphonse Allais.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Chez Stock en 1994.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Avec R\u00e9gine Deforges chez Stock en 1998.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Avec R\u00e9gine Deforges chez Albin Michel en 2004.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Aux \u00c9ditions de La Table Ronde en 2009.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[57,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15827"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15827"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15827\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15831,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15827\/revisions\/15831"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15827"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15827"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15827"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}