{"id":16364,"date":"2018-10-12T15:33:36","date_gmt":"2018-10-12T13:33:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=16364"},"modified":"2018-10-16T13:52:03","modified_gmt":"2018-10-16T11:52:03","slug":"a-la-tour-abolie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=16364","title":{"rendered":"\u00c0 la Tour abolie\u2026"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/?attachment_id=16365\" rel=\"attachment wp-att-16365\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-16365\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Le-prince-dAquitaine.jpg\" alt=\"\" width=\"217\" height=\"348\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Le-prince-dAquitaine.jpg 217w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Le-prince-dAquitaine-187x300.jpg 187w\" sizes=\"(max-width: 217px) 100vw, 217px\" \/><\/a><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019enseigne d\u2019<em>El Desdichado<\/em> de G\u00e9rard de Nerval, le roman <strong><em>Le Prince d\u2019Aquitaine<\/em><\/strong> (Paris, \u00c9ditions Pierre-Guillaume de Roux) constitue un r\u00e9quisitoire implacable dans lequel le tr\u00e8s fin lettr\u00e9 Christopher G\u00e9rard l\u00e8ve avec pudeur le voile sur une enfance d\u00e9vast\u00e9e par un p\u00e8re\u00a0 alcoolique, cavaleur et flambeur, dont l\u2019\u00e9go\u00efsme et la veulerie n\u2019avaient d\u2019\u00e9gal que le cynisme \u00e9hont\u00e9 pour humilier ses proches et d\u00e9trousser son fils.<\/p>\n<p>Un r\u00e9cit accablant sur une histoire familiale qui a fait sombrer trois g\u00e9n\u00e9rations, tout ayant commenc\u00e9 en septembre 1914, sous les remparts d\u2019Anvers, quand une salve d\u2019artillerie fit du grand-p\u00e8re du narrateur un grand invalide, pour se conclure par une assomption, le mariage de l\u2019auteur \u00e0 la fa\u00e7on antique des Romains et sa r\u00e9ponse au <em>Ubi tu Gaius ego Gaia<\/em> de l\u2019Aim\u00e9e par un franc et d\u00e9finitif <em>Ubi tu Gaia ego Gaius<\/em>, \u00ab\u00a0deux oui \u00e0 la vie, aux r\u00eaves et au rapide destin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Extraits de l\u2019\u00e9pilogue\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Assoiff\u00e9 d&rsquo;une estime qui ne viendrait jamais, je me suis impos\u00e9 des fardeaux qui n&rsquo;\u00e9taient pas ceux d&rsquo;un fils en pleine croissance. Interdite, l&rsquo;insouciance\u00a0; obligatoire, la m\u00e9fiance\u00a0; in\u00e9vitable, l&rsquo;\u00e9chec. Contre vents et mar\u00e9es, je me suis voulu <em>fiable<\/em> \u2013 mon \u00e9pith\u00e8te f\u00e9tiche \u2013 et en m\u00eame temps mall\u00e9able, car, \u00e0 la r\u00e9bellion, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019ob\u00e9issance d\u00e9sabus\u00e9e. Je me doute maintenant que, venant de moi, tu aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 une r\u00e9volte ouverte, comme celle que tu infligeas \u00e0 tes parents. Mais je ne voulais pas ajouter du d\u00e9sordre au d\u00e9sordre, ni attiser l&rsquo;incendie que, dans ton inconscience, tu avais allum\u00e9 comme par jeu. Tu n&rsquo;es jamais parvenu qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9manteler ce que ton fils aurait voulu restaurer, ce en quoi tu fus bien l&rsquo;enfant g\u00e2t\u00e9 de ton \u00e9poque.<\/p>\n<p>Depuis mes d\u00e9buts, vaccin\u00e9 par le spectacle tes multiples d\u00e9pendances, j&rsquo;ai passionn\u00e9ment recherch\u00e9 l&rsquo;autonomie et la libert\u00e9 int\u00e9rieure. En d\u00e9pit de mon aveuglement, je suis parvenu \u00e0 une relative claire conscience des enjeux. Je pense ainsi comprendre l&rsquo;une des raisons de ta chute.<\/p>\n<p>Fils r\u00e9volt\u00e9, mais en r\u00e9alit\u00e9 soumis, tu n&rsquo;avais pas la force mentale suffisante pour franchir le palier que, par leur labeur, tes parents, fils et fille d&rsquo;ouvrier ou d&rsquo;artisan dress\u00e9s \u00e0 la dure, te rendaient possible, eux qui te poussaient \u00e0 gravir un \u00e9chelon de plus. Passage p\u00e9rilleux d&rsquo;une caste \u00e0 une autre, ascension trop rapide, si l&rsquo;on en croit l&rsquo;exp\u00e9rience des Anciens.<\/p>\n<p>Ta faiblesse, qui fut aussi celle d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration disloqu\u00e9e, te fit choir \u00e0 un \u00e9tat autrement plus bas que celui de tes a\u00efeux ma\u00e7ons ou cordonniers, qui, eux, incarnaient une forme de noblesse N&rsquo;avaient\u00adils pas, au prix des larmes et du sang, transmis le champ familial en l&rsquo;agrandissant parfois de quelques arpents\u00a0? Toi, tu l&rsquo;as saccag\u00e9 et perdu. Ta d\u00e9gringolade fut celle du paria. En fin de compte, tu auras trahi et l&rsquo;amont et l&rsquo;aval, Grand-P\u00e8re et Grand\u00adM\u00e8re accabl\u00e9s de d\u00e9sespoir, ton fils couvert de cicatrices et d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;os.<\/p>\n<p>Mais, aujourd\u2019hui, peu importe, puisque toi et moi nous sommes enfin libres.<\/p>\n<p>Toi, tu erres au Royaume des Ombres, enfin d\u00e9livr\u00e9 de toute obligation, de toute responsabilit\u00e9. Quant \u00e0 moi, fils de personne, sache que cent ans de shrapnells ne m&rsquo;ont pas tu\u00e9. Les derniers \u00e9clats d&rsquo;acier retombent dans les d\u00e9combres\u00a0; je me l\u00e8ve, r\u00e9chapp\u00e9, meurtri, mais bien vivant, et je m&rsquo;\u00e9lance hors de la tranch\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bouleversant\u2026<\/p>\n<p><strong>P\u00c9TRONE<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Le prince d&rsquo;Aquitaine <\/em><\/strong>par Christopher G\u00e9rard, Paris, \u00c9ditions Pierre-Guillaume de Roux, octobre\u00a02018, 160\u00a0pp. en noir et blanc au format 12,4\u00a0x\u00a019,4\u00a0cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 19,90\u00a0\u20ac (prix France)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[77,51,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16364"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16364"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16364\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16410,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16364\/revisions\/16410"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16364"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16364"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16364"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}