{"id":16382,"date":"2018-10-14T15:30:27","date_gmt":"2018-10-14T13:30:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=16382"},"modified":"2018-10-14T15:39:04","modified_gmt":"2018-10-14T13:39:04","slug":"un-apax-litteraire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=16382","title":{"rendered":"Un apax litt\u00e9raire\u2026"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/?attachment_id=16383\" rel=\"attachment wp-att-16383\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-16383\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/La-vraie-vie.jpg\" alt=\"\" width=\"255\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/La-vraie-vie.jpg 255w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/La-vraie-vie-219x300.jpg 219w\" sizes=\"(max-width: 255px) 100vw, 255px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Adeline Dieudonn\u00e9 (\u00b01982) est une auteure belge. Sa premi\u00e8re nouvelle, <em>Amarula<\/em>, sur le th\u00e8me impos\u00e9 du pousse-caf\u00e9 <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, a remport\u00e9 le Grand prix de la F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles en 2017. En octobre de la m\u00eame ann\u00e9e, elle a publi\u00e9 dans la capitale de son pays, aux \u00c9ditions Lamiroy, une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, <em>Bonobo Moussaka<\/em>, un recueil de nouvelles, <em>Seule dans le noir<\/em>, puis un texte court, <em>Klaxon<\/em>, en septembre 2018 <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 2018, c\u2019est aux \u00c9ditions de l\u2019Iconoclaste \u00e0 Paris qu\u2019elle a fait para\u00eetre son premier roman, <strong><em>La vraie vie<\/em><\/strong>, un ouvrage qui a remport\u00e9 un succ\u00e8s public aussi \u00e9clatant que fulgurant.<\/p>\n<p>En voici la pr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9diteur\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est un pavillon qui ressemble \u00e0 tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit fr\u00e8re Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le p\u00e8re est un chasseur de gros gibier. La m\u00e8re est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe \u00e0 jouer dans les carcasses de voitures de la d\u00e9charge. Jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 un violent accident vient faire b\u00e9gayer le pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arri\u00e8re. Effacer cette vie qui lui appara\u00eet comme le brouillon de l&rsquo;autre. La vraie. Alors, en guerri\u00e8re des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge t\u00eate la premi\u00e8re dans le cru de l&rsquo;existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l&rsquo;espoir fou que tout s&rsquo;arrange un jour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Outre la cr\u00e9ation d\u2019un personnage de fillette hors norme, l\u2019originalit\u00e9 du roman tient \u00e0 la mani\u00e8re bien belge, c\u2019est-\u00e0-dire parfaitement d\u00e9cal\u00e9e, dont est men\u00e9 le r\u00e9cit, une succession d\u2019horreurs pr\u00e9sent\u00e9es avec pr\u00e9cision, mais sous un air d\u00e9tach\u00e9, voire d\u00e9sinvolte, rappelant \u2013 un peu \u2013 le mod\u00e8le narratif des <em>Contes glac\u00e9s<\/em> (1974) et des <em>Contes griffus<\/em> (1993) de Jacques Sternberg (Anvers, 1923 \u2013 Paris, 2006).<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Exemple\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>La narratrice, \u00e2g\u00e9e de 10\u00a0ans, commande une glace\u00a0:<\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u201cChocolat-stracciatella dans un cornet avec de la chantilly, s&rsquo;il vous pla\u00eet monsieur.<\/p>\n<p>\u2013 Avec de la chantilly, mademoiselle\u00a0! Mais certainement&#8230;\u201d<\/p>\n<p>Il m &lsquo;a fait un clin d&rsquo;\u0153il sur le mot \u00ab\u00a0chantilly\u00a0\u00bb pour me dire que c&rsquo;\u00e9tait toujours bien notre secret.<\/p>\n<p>Alors ses mains, ses deux chiens fid\u00e8les, se sont mises au travail et ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9 leur petite danse pour la cent milli\u00e8me fois. Le cornet, la cuill\u00e8re \u00e0 glace, la boule chocolat, le bocal d&rsquo;eau chaude, la boule stracciatella, le siphon&#8230; Un vrai siphon, avec de la chantilly faite maison.<\/p>\n<p>Le vieux s&rsquo;est pench\u00e9 pour faire un joli tourbillon de cr\u00e8me sur ma glace. Ses yeux bleus grand ouverts, bien concentr\u00e9s sur la spirale nuageuse, le siphon contre sa joue, le geste gracieux, pr\u00e9cis. Sa main si proche de son visage. Au moment o\u00f9 il est arriv\u00e9 au sommet de la petite montagne de cr\u00e8me, au moment o\u00f9 le doigt s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 rel\u00e2cher sa pression, au moment o\u00f9 le vieux se pr\u00e9parait \u00e0 se redresser, le siphon a explos\u00e9. Boum.<\/p>\n<p>Je me souviens du bruit. C&rsquo;est le bruit qui m&rsquo;a terrifi\u00e9e en tout premier. Il a percut\u00e9 chaque mur du D\u00e9mo <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Mon c\u0153ur a manqu\u00e9 deux battements \u00c7a a d\u00fb s&rsquo;entendre jusqu&rsquo;au fond du bois des Petits Pendus, jusqu&rsquo;\u00e0 la maison de Monica.<\/p>\n<p>Puis j&rsquo;ai vu le visage du vieux monsieur gentil. Le siphon \u00e9tait rentr\u00e9 dedans, comme une voiture dans la fa\u00e7ade d&rsquo;une maison. Il en manquait la moiti\u00e9. Son cr\u00e2ne chauve est rest\u00e9 intact. Son visage, c&rsquo;\u00e9tait un m\u00e9lange de viande et d&rsquo;os. Avec juste un \u0153il dans son orbite. Je l&rsquo;ai bien vu. J&rsquo;ai eu le temps. Il a eu l&rsquo;air surpris, l&rsquo;\u0153il. Le vieux est rest\u00e9 debout deux secondes, comme si son corps avait eu besoin de ce temps pour r\u00e9aliser qu&rsquo;il \u00e9tait maintenant surmont\u00e9 d&rsquo;un visage en viande. Puis il s&rsquo;est effondr\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c7a ressemblait \u00e0 une blague. J&rsquo;ai m\u00eame pu entendre un rire. \u00c7a n&rsquo;\u00e9tait pas un rire r\u00e9el, \u00e7a ne venait pas de moi non plus. Je crois que c&rsquo;\u00e9tait la mort. Ou le destin. Ou quelque chose comme \u00e7a, un truc bien plus grand que moi. Une force surnaturelle, qui d\u00e9cide de tout et qui se sentait d&rsquo;humeur taquine ce jour-l\u00e0. Elle avait d\u00e9cid\u00e9 de rire un peu avec le visage du vieux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s, je ne me souviens plus tr\u00e8s bien. J&rsquo;ai cri\u00e9. Des gens sont arriv\u00e9s. Ils ont cri\u00e9. Mon p\u00e8re est arriv\u00e9. Gilles ne bougeait plus. Ses grands yeux \u00e9carquill\u00e9s, sa petite bouche ouverte, sa main crisp\u00e9e sur son cornet de glace vanille-fraise. Un homme a vomi du melon avec du jambon de Parme. L\u2019ambulance est arriv\u00e9e, puis le corbillard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>Stupendo, no<\/em>\u00a0?<\/p>\n<p><strong>P\u00c9TRONE<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>La vraie vie<\/em><\/strong> par Adeline Dieudonn\u00e9, Paris, \u00c9ditions de l\u2019Iconoclaste, ao\u00fbt\u00a02018, 266\u00a0pp. en noir et blanc au format 13,5\u00a0x\u00a018,5\u00a0cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 17\u00a0\u20ac (prix France)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> L\u2019ouvrage collectif <em>Pousse-caf\u00e9<\/em> est t\u00e9l\u00e9chargeable sur\u00a0: <a href=\"http:\/\/meletout.net\/adelinedieudonne\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/Pousse-caf%C3%A9.pdf\">http:\/\/meletout.net\/adelinedieudonne\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/Pousse-caf%C3%A9.pdf<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Dans le recueil de 10 nouvelles br\u00e8ves intitul\u00e9 <em>Femmes des ann\u00e9es 2020<\/em> (avec des textes de Pierre Graas, V\u00e9ronique Bergen, F\u00e9lix Rameau, Kate Milie, Ga\u00ebtan Faucer, Sophie Potier, Marie-Jo Vanriet, Aurore Van Opstal et M\u00e9lusine Rey-Mermet).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> C\u2019est le nom du quartier dans lequel r\u00e9side sa famille.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[54,51,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16382"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16382"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16382\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16385,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16382\/revisions\/16385"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16382"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16382"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16382"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}