{"id":16394,"date":"2018-10-15T13:51:58","date_gmt":"2018-10-15T11:51:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=16394"},"modified":"2018-11-02T13:54:54","modified_gmt":"2018-11-02T11:54:54","slug":"oui-je-suis-un-negre-tempete-un-negre-racine-darc-en-ciel-rene-depestre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=16394","title":{"rendered":"\u00ab Oui je suis un n\u00e8gre-temp\u00eate \/ Un n\u00e8gre racine d&rsquo;arc-en-ciel \u00bb (Ren\u00e9 Depestre)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/?attachment_id=16395\" rel=\"attachment wp-att-16395\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-16395\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/All\u00e9luia-pour-une-femme-jardin.jpg\" alt=\"\" width=\"230\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/All\u00e9luia-pour-une-femme-jardin.jpg 230w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/All\u00e9luia-pour-une-femme-jardin-197x300.jpg 197w\" sizes=\"(max-width: 230px) 100vw, 230px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ren\u00e9 Depestre est un po\u00e8te, romancier et essayiste n\u00e9 le 29 ao\u00fbt 1926 \u00e0 Jacmel en Ha\u00efti.<\/p>\n<p>Il publie en 1945 son premier recueil de po\u00e8mes, <em>\u00c9tincelles<\/em>. Activiste politique, il doit quitter Ha\u00efti apr\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir d&rsquo;un r\u00e9gime militaire. Il s&rsquo;installe \u00e0 Paris et y suit des cours \u00e0 la Sorbonne. Il rejoint Cuba en 1959 et soutient le nouveau r\u00e9gime de Fidel Castro, puis d\u00e9\u00e7u par l&rsquo;orientation de la r\u00e9volution notamment apr\u00e8s l\u2019affaire du po\u00e8te cubain Heberto Padilla en 1971, Ren\u00e9 Depestre d\u00e9cide de quitter l\u2019\u00eele en 1978 pour revenir en France.<\/p>\n<p>Il est l\u2019auteur de nombreux textes (<em>Gerbe de sang<\/em>, po\u00e9sie, 1946, <em>V\u00e9g\u00e9tations de clart\u00e9<\/em>, po\u00e9sie, 1951, <em>Traduit du grand large<\/em>, po\u00e9sie, 1952, <em>Minerai noir<\/em>, po\u00e9sie, 1956, <em>Journal d&rsquo;un animal marin<\/em>, po\u00e9sie, 1964, <em>Un Arc-en-ciel pour l&rsquo;Occident chr\u00e9tien<\/em>, po\u00e9sie, 1967, <em>Cantate d&rsquo;octobre<\/em>, po\u00e9sie, 1968, <em>Pour la r\u00e9volution pour la po\u00e9sie<\/em>, essai, 1974, <em>Po\u00e8te \u00e0 Cuba<\/em>, po\u00e9sie, 1976, <em>Le M\u00e2t de Cocagne<\/em>, roman, 1979, <em>Bonjour et adieu \u00e0 la n\u00e9gritude<\/em>, essai, 1980, <em>\u00c9ros dans un train chinois<\/em>, nouvelles, 1990, <em>Le M\u00e9tier \u00e0 m\u00e9tisser<\/em>, essai, 1998, <em>L&rsquo;\u0152illet ensorcel\u00e9 et autres nouvelles<\/em>, 2006).<\/p>\n<p>Son roman <em>Hadriana dans tous mes r\u00eaves<\/em> a re\u00e7u le Prix Renaudot en 1988, ainsi que le Prix du roman de la Soci\u00e9t\u00e9 des gens de lettres et le Prix du roman de l&rsquo;Acad\u00e9mie royale de langue et de litt\u00e9rature fran\u00e7aises de Belgique.<\/p>\n<p>Ces jours-ci, les \u00c9ditions Gallimard \u00e0 Paris ont eu l\u2019excellente id\u00e9e de ressortir son <strong><em>All\u00e9luia pour une femme-jardin<\/em><\/strong>, un recueil de dix textes virtuoses parus en 1981, couronn\u00e9 de la bourse Goncourt pour la nouvelle en 1982 et dans lequel l\u2019auteur excelle \u00e0 m\u00ealer \u00e9rotisme joyeux et fran\u00e7ais carib\u00e9en avec un savoir-faire technique remarquable.<\/p>\n<p>En voici le pitch\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La tante Zaza, \u00e0 la beaut\u00e9 l\u00e9gendaire, emm\u00e8ne son jeune neveu en vacances \u00e0 la campagne. Il a seize ans et, ing\u00e9nument, elle lui fait partager son lit. L&rsquo;in\u00e9vitable se produit. Zaza, plus tard, p\u00e9rira dans un incendie, mais son souvenir adorable restera vivant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Extrait\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ces jours d&rsquo;octobre l&rsquo;agonie de Dieuveille Alcindor \u00e9tait le seul sujet de conversation entre les habitants du lieu\u00addit Cap-Rouge. Alcindor n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;un fil d&rsquo;araign\u00e9e qui se balan\u00e7ait devant la machette du destin. Sa vie pouvait d&rsquo;un instant \u00e0 l&rsquo;autre fr\u00f4ler la lame fatale. Le coin \u00e9clair\u00e9 de sa t\u00eate ignorait s&rsquo;il faisait jour ou nuit dans ses jambes, s&rsquo;il faisait froid ou si le temps \u00e9tait au beau fixe dans ses couilles. Celles-ci n&rsquo;\u00e9taient plus la grande aventure de sa vie. Des forces d\u00e9moniaques lui enlevaient tout pouvoir sur ses orteils comme sur les hauteurs ensoleill\u00e9es de son \u00e2me. Lorsqu&rsquo;un n\u00e8gre file ce coton-l\u00e0, il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 commander son cercueil et \u00e0 pr\u00e9venir le p\u00e8re Savane.<\/p>\n<p>J\u00e9r\u00f4me Can\u00e7on-Fer, le gu\u00e9risseur le plus important de Cap-Rouge, confirma avec des propos plus alarmants encore le diagnostic des autres <em>houngans<\/em> du hameau. Quand un n\u00e8gre n&rsquo;a plus de nouvelles de ses pieds et de ses couilles, le Cap-Rouge ou la lointaine Guin\u00e9e de la vie, \u00e7a revient au m\u00eame\u00a0!<\/p>\n<p>\u2013 Pauvre d\u00e9funt Ti-Dor, c&rsquo;\u00e9tait un n\u00e8gre de bonne combustion. Il avait un melon d&rsquo;eau \u00e0 la place du c\u0153ur. Il \u00e9tait laborieux et courageux face \u00e0 ses tribulations et \u00e0 celles des autres. Question d&rsquo;ensorceler les femmes, et surtout de leur faire des enfants, seul un \u00e9pi de ma\u00efs pouvait \u00e0 la ronde rivaliser avec l&rsquo;imp\u00e9tuosit\u00e9 de sa braguette de coq-bataille\u00a0!<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Maintenant, dans tous les champs, les gens se signaient ou crachaient violemment leur d\u00e9solation dans la poussi\u00e8re quand ils tournaient les yeux vers le toit de chaume sous lequel s&rsquo;effilochait d&rsquo;heure en heure l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;Alcindor. Autour de sa maison r\u00e9gnait d\u00e9j\u00e0 une atmosph\u00e8re de veill\u00e9e fun\u00e8bre. Des corbeaux \u00e9taient revenus et, dans le feuillage des calebassiers, ils rajeunissaient leur deuil perp\u00e9tuel \u00e0 l&rsquo;odeur proche de l&rsquo;agonie. Buffalo, le chien de chasse d&rsquo;Alcindor, de temps \u00e0 autre d\u00e9cochait une phrase lugubre contre le ciel. Les chr\u00e9tiens-vivants se taisaient\u00a0: C\u00e9cilia, la femme l\u00e9gitime d&rsquo;Alcindor\u00a0; Marianna, sa jeune femme-jardin\u00a0; Dor\u00e9e, sa compagne des saisons-sous-la\u00ad mer\u00a0; Andr\u00e9us, son beau-fr\u00e8re; Lerminier, \u00c9mulsion-Scott, ses voisins\u00a0; sans compter ses enfants, chacun n\u00e9 d&rsquo;une temp\u00eate diff\u00e9rente, tout ce monde <em>alcindorien <\/em>par la gr\u00e2ce de Dieu et d&rsquo;Atibon-Legba allait et venait sur la pointe des pieds, dans la crainte qu&rsquo;un geste maladroit, le heurt d&rsquo;une chaise, la chute d&rsquo;un objet, un \u00e9ternuement mal embouteill\u00e9, n&rsquo;enfantassent dans la case un remous qui pourrait \u00eatre fatal \u00e0 Alcindor sur la courbe cosmique o\u00f9 se d\u00e9menaient ses jours. Il n\u2019\u00e9tait visiblement qu\u2019un sac d\u2019ossements d\u2019o\u00f9 \u00e9mergeait un visage si effil\u00e9 qu\u2019il risquait de couper toute parole de derni\u00e8re volont\u00e9 qui pourrait s\u2019\u00e9baucher sur les l\u00e8vres du mourant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et ailleurs\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Leur \u00e9treinte avait la force et l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;un orchestre de jazz\u00a0: \u00e0 chaque co\u00eft, la trompette du plaisir, commenc\u00e9e en duo, d\u00e9bouchait sur un solo lancinant, avant de les pr\u00e9cipiter \u00e0 pic dans la baie merveilleusement tranquille des blues de leur enfance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Savoureux comme un rhum Barbancourt, non\u00a0?<\/p>\n<p><strong>P\u00c9TRONE<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>All\u00e9luia pour une femme-jardin<\/em><\/strong> par Ren\u00e9 Depestre, Paris, \u00c9ditions Gallimard, collection \u00ab\u00a0L\u2019Imaginaire\u00a0\u00bb, octobre\u00a02018, 189\u00a0pp. en noir et blanc au format 12,5\u00a0x\u00a019\u00a0cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 7,90\u00a0\u20ac (prix France)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[54,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16394"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16394"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16394\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16487,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16394\/revisions\/16487"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16394"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16394"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16394"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}