{"id":18140,"date":"2019-12-20T16:33:19","date_gmt":"2019-12-20T14:33:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=18140"},"modified":"2019-12-20T16:33:19","modified_gmt":"2019-12-20T14:33:19","slug":"un-roman-dune-grande-virtuosite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=18140","title":{"rendered":"Un roman d&rsquo;une grande virtuosit\u00e9 !"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"228\" height=\"350\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Mantoue-est-trop-loin.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-18141\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Mantoue-est-trop-loin.jpg 228w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Mantoue-est-trop-loin-195x300.jpg 195w\" sizes=\"(max-width: 228px) 100vw, 228px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Madeleine\nBourdouxhe (Li\u00e8ge, 1906 \u2013 Bruxelles, 1996), dipl\u00f4m\u00e9e en philosophie \u00e0\nl&rsquo;Universit\u00e9 libre de Bruxelles en 1927, a fr\u00e9quent\u00e9, avec son mari, le\nmath\u00e9maticien Jacques Muller, les milieux surr\u00e9alistes de la capitale belge\navant de se lier avec Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre \u00e0 Paris. En 1964,\nelle devint secr\u00e9taire perp\u00e9tuelle de la Libre Acad\u00e9mie de Belgique.<\/p>\n\n\n\n<p>Surtout\nconnue pour son roman <em>La femme de Gilles<\/em><a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> (Gallimard,\n1937), elle a toutefois \u00e9crit de nombreux autres textes tout aussi int\u00e9ressants<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.\nSon \u0153uvre est, aujourd\u2019hui encore, traduite dans de nombreuses langues,\nnotamment en anglais, en espagnol et en allemand, mais \u00e9galement en danois, en\nnorv\u00e9gien et en lituanien.<\/p>\n\n\n\n<p>Fond\u00e9es\nen mai 2019, les \u00c9ditions N\u00e9vros\u00e9e \u00e0 Bruxelles ont cr\u00e9\u00e9 la collection\n\u00ab&nbsp;Femmes de lettres oubli\u00e9es&nbsp;\u00bb qui a pour ambition de ramener sur le\ndevant de la sc\u00e8ne litt\u00e9raire des \u0153uvres insignes, mais perdues de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est\nle cas avec <strong><em>Mantoue est trop loin<\/em><\/strong>, un roman jusque-l\u00e0 in\u00e9dit dans lequel\nMadeleine Bourdouxhe enchev\u00eatre deux histoires&nbsp;: celle de la narratrice,\nune femme moderne, dont nous ignorons d\u2019abord le nom, et celle d\u2019Hilda, qui a\nv\u00e9cu de nombreuses ann\u00e9es auparavant, \u00e0 une \u00e9poque toutefois difficile \u00e0\nsituer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les\ndeux histoires se r\u00e9pondent. L\u2019une semble \u00eatre la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019autre une fiction\nque la narratrice invente ou dont elle se souvient. Ces deux mondes coexistent\net se rapprochent jusqu\u2019\u00e0 fusionner.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes,\ncette fusion engendre une certaine confusion. Hilda na\u00eet sous nos yeux de\nl\u2019imagination de la narratrice. Et dans ce processus de cr\u00e9ation, la narratrice\nmet une partie d\u2019elle-m\u00eame, ce qui cr\u00e9e un jeu de miroir entre les deux r\u00e9cits.\nEn cr\u00e9ant Hilda, la narratrice se lib\u00e8re, na\u00eet \u00e0 elle-m\u00eame, en m\u00eame temps\nqu\u2019Hilda<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Extrait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013 Mantoue est \u00e0 plus de trois cents\nlieues d&rsquo;ici dit-elle enfin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Donc Mantoue est trop loin pour que vous y alliez,\ndit le Chevalier. <\/p>\n\n\n\n<p>Je vois leurs l\u00e8vres s&rsquo;entrouvrir, se mouvoir selon un\njeu de syllabes, mais je n&rsquo;entends pas leurs paroles. Je vois l&rsquo;\u00e9clat de sa\nrobe, \u00e0 peine att\u00e9nu\u00e9 sous les plis qui s&rsquo;\u00e9cartent. Qu&rsquo;elle tourne la t\u00eate et\nje vois un angle d&rsquo;ombre se d\u00e9placer sur la blancheur du cou, qu&rsquo;elle bouge la\nmain et je per\u00e7ois le glissement des doigts sur le bois de la table,\nj&rsquo;entendrais l&rsquo;\u00e9coulement du liquide si elle versait de l&rsquo;eau dans un gobelet.\nC&rsquo;est fait&nbsp;: je vois le gobelet d&rsquo;\u00e9tain et le guillochis qui le pare,\nj&rsquo;entends le murmure de l&rsquo;eau. Et je n&rsquo;entends pas leurs paroles, et je sais\npourtant ce qu\u2019ils disent, leurs mots se forment, fleurissent, comme n\u00e9s d&rsquo;une\nonde qui me traverse, et ces mots sont fleuris \u00e0 pr\u00e9sent, mais non cette onde\nqui leur permit d&rsquo;\u00e9clore, qui ne fleurira pas, jamais, si elle le pouvait elle\nne serait pas ce qu&rsquo;elle est, tige de fleur, et tige de mon regard. Comment la\ndire&nbsp;? Puis-je regarder mon regard&nbsp;? Mais le nom de la ville a\nfleuri, et la ville est n\u00e9e, violente et douce, comme son nom, qui est poids et\nnu\u00e9e, oubli et vie, hantise qui se d\u00e9robe. Tu es \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, nous marchons\ndans les rues de Mantoue, et nous ne sommes pas \u00e0 Mantoue.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un\ntexte qui n&rsquo;est pas sans rappeler <em>Handji<\/em>\nde Robert Poulet (\u00c9ditions Deno\u00ebl, 1931), roman insigne pr\u00e9curseur de l&rsquo;\u00e9cole\ndu r\u00e9alisme magique, applaudi \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque par le grand aristarque d&rsquo;alors,\nEdmond Jaloux, dans les colonnes du quotidien parisien <em>Le Temps<\/em>, auquel succ\u00e9da <em>Le\nMonde<\/em>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00c9TRONE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Mantoue\nest trop loin<\/em><\/strong> par Madeleine Bourdouxhe,\nBruxelles, \u00c9ditions N\u00e9vros\u00e9e, collection \u00ab&nbsp;Femmes de lettres\noubli\u00e9es&nbsp;\u00bb, novembre 2019, 134&nbsp;pp. en noir et blanc au format\n13,5&nbsp;x&nbsp;20,3&nbsp;cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 16&nbsp;\u20ac<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> \u0152uvre qui fit la\nrenomm\u00e9e de l&rsquo;auteur, qui enthousiasma Jean Paulhan et fut salu\u00e9e par Simone de\nBeauvoir, <em>La femme de Gilles <\/em>est un\nroman sur la jalousie et l&rsquo;amour absolu qui m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;oubli de soi. Il a \u00e9t\u00e9\nadapt\u00e9 au cin\u00e9ma en 2004 par Fr\u00e9d\u00e9ric Fonteyne. En voici le synopsis&nbsp;: \u00c9lisa,\nla femme de Gilles, ouvrier sid\u00e9rurgiste, ne vit que pour l&rsquo;amour et au service\nde son mari. Le jour o\u00f9 Gilles est s\u00e9duit par sa jeune s\u0153ur, \u00c9lisa souffre en\nsilence. Son amour reste entier et elle croit pouvoir \u00eatre la plus forte.\nVictorine n&rsquo;est qu&rsquo;une jeune \u00e9cervel\u00e9e volage et Gilles lui reviendra un jour.\nLongtemps apr\u00e8s avoir perdu Victorine, Gilles se rend compte un jour qu&rsquo;il ne\nl&rsquo;aime plus, mais \u00e9galement qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&rsquo;amour en lui, \u00ab&nbsp;C&rsquo;est comme\ns&rsquo;il ne se passait rien autour de moi&nbsp;\u00bb, dit-il \u00e0 \u00c9lisa. \u00c9lisa perd alors\ntoute raison de vivre. (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Madeleine_Bourdouxhe\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Madeleine_Bourdouxhe<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> <em>Vacances<\/em>, in\u00e9dit, 1935&nbsp;; <em>\u00c0\nla recherche de Marie<\/em>, Bruxelles, \u00c9ditions Libris, 1943&nbsp;; <em>Sous le pont Mirabeau<\/em>, Paris, \u00c9ditions\nLumi\u00e8re, 1944&nbsp; <em>Sept Nouvelles<\/em>,\nParis, \u00c9ditions Tierce, 1984 et <em>Wagram\n17-42, Marie attend Marie<\/em>, Paris, \u00c9ditions Tierce, 1989.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.nevrosee.be\/madeleine-bourdouxhe\/\">https:\/\/www.nevrosee.be\/madeleine-bourdouxhe\/<\/a> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[54,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18140"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=18140"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18140\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18142,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18140\/revisions\/18142"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=18140"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=18140"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=18140"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}