{"id":19908,"date":"2020-11-09T14:44:11","date_gmt":"2020-11-09T12:44:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=19908"},"modified":"2020-11-09T14:44:11","modified_gmt":"2020-11-09T12:44:11","slug":"naufrage-dune-nation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=19908","title":{"rendered":"Naufrage d\u2019une nation\u2026"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"213\" height=\"350\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Le-Capitaine-et-la-Gloire.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19909\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Le-Capitaine-et-la-Gloire.jpg 213w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Le-Capitaine-et-la-Gloire-183x300.jpg 183w\" sizes=\"(max-width: 213px) 100vw, 213px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Consid\u00e9r\u00e9\ncomme l\u2019un des protagonistes les plus importants du renouveau actuel de la\nlitt\u00e9rature \u00e9tatsunienne, l\u2019\u00e9crivain et sc\u00e9nariste Dave Eggers, n\u00e9 le 12 mars\n1970 \u00e0 Boston (Massachusetts), est aussi fondateur du magazine litt\u00e9raire <em>The\nBeliever<\/em>, du magazine satirique <em>Might<\/em>, de la maison \u00e9dition\nMcSweeney&rsquo;s et de l&rsquo;\u00e9cole 826 Valencia de San Francisco, qui promeut l&rsquo;\u00e9criture\naupr\u00e8s des jeunes et des enseignants.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a\npubli\u00e9 des livres qui sont devenus de gros succ\u00e8s de librairie, comme l&rsquo;essai\nen partie autobiographique <em>Une \u0153uvre d\u00e9chirante d\u2019un g\u00e9nie renversant<\/em> (2000)\ndans lequel il raconte la mort de ses parents, le roman <em>Suive qui peut<\/em> (2002)\nqui raconte l&rsquo;odyss\u00e9e autour du monde de Will et Hand, deux amis d&rsquo;enfance, le\nrecueil de nouvelles <em>Pourquoi nous avons faim<\/em> (2004) ou encore le roman <em>Le\nGrand Quoi (Autobiographie de Valentino Achak Deng)<\/em>, prix M\u00e9dicis 2009 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans\nla collection \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, les \u00c9ditions Gallimard proposent ces\njours-ci, in\u00e9dit en France, <strong><em>Le Capitaine et la Gloire<\/em><\/strong>, une satire\nf\u00e9roce et hilarante des \u00c9tats-Unis en proie \u00e0 la folie, un court roman dont voici\nle pitch&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Sur\nle grand navire la Gloire, le capitaine qui le dirigeait avec habilet\u00e9 doit\nquitter la barre. Son successeur, lui, ne conna\u00eet rien \u00e0 la navigation. Affubl\u00e9\nd&rsquo;une plume jaune dans les cheveux, il se r\u00e9v\u00e8le vite erratique et grotesque.\nJour apr\u00e8s jour, il inscrit ses opinions sur le tableau blanc de la caf\u00e9t\u00e9ria,\nse vante de poss\u00e9der une anatomie exceptionnelle et jette par-dessus bord\nquiconque lui d\u00e9pla\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0\nce qu&rsquo;apparaisse \u00e0 l&rsquo;horizon un c\u00e9l\u00e8bre pirate, longtemps redout\u00e9 par les\npassagers de la Gloire, mais v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le Capitaine pour ses d\u00e9monstrations de\nvirilit\u00e9 lorsqu&rsquo;il monte torse nu \u00e0 cheval&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Extrait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>En\neffet, lorsque le Capitaine avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 au plus haut poste de la Gloire,\nles Mateurs avaient consid\u00e9r\u00e9 cela non seulement comme tr\u00e8s dr\u00f4le, en fait\nhilarant, voire surr\u00e9aliste \u2013 certainement la chose la plus d\u00e9mente qui se f\u00fbt\nproduite de leur vivant, ou peut-\u00eatre dans l&rsquo;histoire des navires, ou de la\nd\u00e9mocratie \u2013, mais ils y avaient aussi vu une excellente occasion de se faire\ndu fric.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;utilisation\ndes toilettes publiques avait toujours \u00e9t\u00e9 gratuite sur le navire, mais Ed le\nSale installa des tourniquets devant chaque W-C et urinoir et factura aux\npassagers un tarif d\u00e9gressif en fonction de la densit\u00e9, du volume et de la\nmasse de leurs excr\u00e9tions. Fourchette prit le contr\u00f4le des \u00e9coles et de la\ngarderie, auparavant gratuites, et imposa des frais d&rsquo;inscription en fonction\nde la densit\u00e9, du volume et de la masse des enfants, ainsi que du sex-appeal de\nleur m\u00e8re. Le Sucr\u00e9 revendit aux enfants \u00e0 un prix raisonnable les bonbons que\nFourchette continuait de leur voler, un taux de base major\u00e9 de trois pour cent.\nGogo l&rsquo;Assassin et Paul le Manafort factur\u00e8rent aux passagers les balades sur\nles ponts-promenades, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la piscine, le franchissement des portes,\nl&rsquo;usage des couverts, la vue des couchers de soleil et l&rsquo;air respir\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les\nMalfaisants \u00e9taient dispos\u00e9s \u00e0 payer tous ces frais, sachant que le Capitaine\navait mis un dollar cinquante de plus dans leur poche. Ils n&rsquo;en avaient pas\nencore vu la couleur, car le Capitaine ne l&rsquo;avait pas distribu\u00e9 et avait m\u00eame\noubli\u00e9 sa promesse, mais les Malfaisants continu\u00e8rent d&rsquo;organiser pour lui des\nmeetings au moins une fois par semaine, pendant lesquels ils enfilaient leurs\nplumes et leur bec et acclamaient tout ce qu&rsquo;il disait. Ils applaudissaient aux\ngens jet\u00e9s par-dessus bord, ils applaudissaient \u00e0 la merveille qu&rsquo;\u00e9tait le nouveau\ncanon \u00e0 eau qui tuait des gens, ils applaudissaient au fait que le Capitaine\nsoit leur capitaine et qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas chang\u00e9 du tout depuis qu&rsquo;il l&rsquo;\u00e9tait\ndevenu.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ils\nadoraient qu&rsquo;il dise des choses comme \u201cLiquidez les pauvres\u201d, qu&rsquo;eux aussi\nvoulaient clamer, m\u00eame si beaucoup parmi eux \u00e9taient pauvres, et ils adoraient\nqu&rsquo;il dise des choses comme \u201cCoffrons et finissons Certaines Personnes qui\nviennent de bateaux minables et minuscules\u201d, qu&rsquo;eux aussi voulaient tonner, m\u00eame\nsi les anc\u00eatres, voire les parents de chacun d&rsquo;entre eux \u00e9taient \u00e9galement\nvenus de bateaux minables et minuscules. Plus encore, ils adoraient qu&rsquo;il ne\nchange pas et qu&rsquo;il continue de dire tout ce qui lui passait par la t\u00eate. Ce\nmatin m\u00eame, sur le tableau effa\u00e7able, il avait menac\u00e9 de d\u00e9clencher une guerre\ncontre un pays qui avait toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s amical envers la Gloire, puis il\navait chang\u00e9 d&rsquo;avis l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Aucun doute l\u00e0-dessus&nbsp;: \u00e7a, c&rsquo;\u00e9tait\nchambouler les choses&nbsp;! Les Malfaisants avaient craint, au plus profond\nd&rsquo;eux-\u00adm\u00eames, que l&rsquo;homme \u00e0 la plume jaune, une fois capitaine, ne devienne\ndigne et terne. Mais cela faisait maintenant des mois qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu, et\nil \u00e9tait toujours aussi in\u00e9l\u00e9gant, impulsif, instable, et cela les rendait tr\u00e8s\nheureux et tr\u00e8s fiers<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Toute\nressemblance avec la fa\u00e7on dont un r\u00e9cent pr\u00e9sident yankee a men\u00e9 son rafiot n\u2019est\nbien \u00e9videmment pas fortuite\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00c9TRONE <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Le\nCapitaine et la Gloire <\/em><\/strong>par Dave Eggers, traduction\nde l\u2019anglais par Juliette Bourdin, illustrations de Nathaniel Russel, Paris, \u00c9ditions\nGallimard, collection \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, octobre&nbsp;2020, 139&nbsp;pp. en noir\net blanc au format 11&nbsp;x&nbsp;17,8&nbsp;cm sous couverture broch\u00e9e en\ncouleurs, 7,50&nbsp;\u20ac (prix France)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[11,65],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/19908"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=19908"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/19908\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19910,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/19908\/revisions\/19910"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19908"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}