{"id":20280,"date":"2021-02-24T16:59:54","date_gmt":"2021-02-24T14:59:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=20280"},"modified":"2021-02-24T16:59:54","modified_gmt":"2021-02-24T14:59:54","slug":"le-travail-cest-la-sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=20280","title":{"rendered":"Le travail, c\u2019est la sant\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"235\" height=\"350\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-bureau-des-secrets-professionnels-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-20281\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-bureau-des-secrets-professionnels-2.jpg 235w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-bureau-des-secrets-professionnels-2-201x300.jpg 201w\" sizes=\"(max-width: 235px) 100vw, 235px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Auteure notamment de sept recueils de nouvelles et d\u2019<em>Outre-M\u00e8re<\/em>,\nun roman insigne, Dominique Costermans s\u2019est \u00e0 nouveau associ\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9ditrice et\nromanci\u00e8re R\u00e9gine Vandamme pour r\u00e9diger le deuxi\u00e8me tome d\u2019une compilation de\nt\u00e9moignages intitul\u00e9e <strong><em>Le bureau des secrets professionnels \u2013\nHistoires v\u00e9cues au travail<\/em><\/strong> publi\u00e9e par La Renaissance du Livre \u00e0 Waterloo.<\/p>\n\n\n\n<p>On y trouve cette fois encore de nombreuses anecdotes authentiques\nrelatives \u00e0 des femmes et \u00e0 des hommes qui exercent ou ont exerc\u00e9 leur\nprofession en Belgique ou ailleurs&nbsp;: des artistes, des acteurs de la\npresse et des m\u00e9dias, des employ\u00e9s de bureau, des cadres d\u2019entreprise, des \u00e9ducateurs,\ndes enseignants, des \u00ab&nbsp;fins de carri\u00e8re&nbsp;\u00bb, des vir\u00e9s\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Extraits&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\"><strong>La tour fant\u00f4me<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Au milieu des ann\u00e9es 1970, le gouvernement avait \u00e9labor\u00e9\nun ensemble de mesures pour mettre les ch\u00f4meurs au travail<a href=\"#_ftn1\"><strong>[1]<\/strong><\/a>. Demandeuse d&#8217;emploi,\nj&rsquo;ai postul\u00e9 aupr\u00e8s de l&rsquo;Office national des pensions pour travailleurs\nsalari\u00e9s et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e \u00e0 bras ouverts&nbsp;: j&rsquo;ai m\u00eame trouv\u00e9 cela un peu\ntrop facile.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les premiers jours, on m&rsquo;a pr\u00e9sent\u00e9 mes coll\u00e8gues et mes\nsup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques et on m&rsquo;a donn\u00e9 un poste de travail. Mais personne n&rsquo;a\npris la peine de d\u00e9finir mes t\u00e2ches. Pendant toute la dur\u00e9e de mon contrat, je\nme suis demand\u00e9 ce que je faisais l\u00e0.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La question se posait aussi \u00e0 mon coll\u00e8gue direct, engag\u00e9\nen m\u00eame temps que moi dans le m\u00eame contexte. Nous partagions le m\u00eame bureau.\nNous en parlions tr\u00e8s souvent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Nous avions entrepris de lire Courteline et Kafka, tant\nces auteurs \u00e9taient inspirants pour notre situation.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Notre jeu favori \u00e9tait l&rsquo;observation du comportement de\nnos coll\u00e8gues. L&rsquo;un gardait une bouteille de whisky dans le tiroir du bas de\nson bureau. L&rsquo;autre venait chez nous pour t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 sa secr\u00e9taire \u2013 qui\npourtant partageait le m\u00eame bureau que lui. Une autre encore revenait souvent\nde son heure de table avec ses bas nylon compl\u00e8tement tirebouchonn\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Nous avions peu d&rsquo;occasions de voir des coll\u00e8gues travailler.\nCela nous intriguait. C&rsquo;\u00e9tait notre premi\u00e8re exp\u00e9rience de travail et nous\nn&rsquo;imaginions pas du tout les choses comme cela. Mais des traces de travail,\nnous ne perdions pas tout \u00e0 fait l&rsquo;espoir d&rsquo;en trouver.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le b\u00e2timent de la Tour du Midi, qui abritait notre\nadministration, comporte trente-huit \u00e9tages et trois sous-sols. Pour passer le\ntemps, nous prenions l&rsquo;ascenseur pour \u00e9couter les conversations et trouver\nenfin l&rsquo;oiseau rare.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un jour, nous cr\u00fbmes l&rsquo;avoir d\u00e9nich\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah,\nj&rsquo;ai bien travaill\u00e9 aujourd&rsquo;hui&nbsp;\u00bb, dit une dame \u00e0 sa voisine. \u00c9change de regards\ncomplices avec mon coll\u00e8gue. \u00ab&nbsp;J\u2019ai termin\u00e9 la premi\u00e8re manche de mon\ntricot&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\"><strong>Valeur ajout\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019humiliation fait-elle partie de la strat\u00e9gie du\nlicenciement&nbsp;? Aujourd\u2019hui, je me pose encore la question.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le bruit courait que notre soci\u00e9t\u00e9 allait se s\u00e9parer d&rsquo;un\ntiers du personnel. On nous a d&rsquo;abord convoqu\u00e9s \u00e0 une \u00ab&nbsp;grand-messe&nbsp;\u00bb\nau cours de laquelle le big boss a pr\u00e9sent\u00e9 sa vision de l&rsquo;avenir, histoire de\nfaire taire la rumeur. La semaine suivante, c&rsquo;\u00e9tait une r\u00e9union avec notre N+2,\nplanifi\u00e9e de longue date et dont nous ignorions le scope, l\u2019ordre du jour. J&rsquo;\u00e9tais\nd\u00e9j\u00e0 bien \u00ab&nbsp;chauff\u00e9e&nbsp;\u00bb. Allais- je y assister&nbsp;? L&rsquo;inqui\u00e9tude\nvenait s\u2019ajouter \u00e0 une double vie de travail et d&rsquo;aidante proche aupr\u00e8s de mon\ncompagnon mala de. J&rsquo;\u00e9tais \u00e9puis\u00e9e. Je craignais de ne pas pouvoir me taire.\nJ&rsquo;y suis all\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sur place, pas de trace de mon N+l, qui aurait pu nous\ncouvrir en cas de d\u00e9rapage. Au courant de certains projets dont nous ignorions\nl&rsquo;avanc\u00e9e, faisait-il de la r\u00e9tention d\u2019informations&nbsp;? Notre N+2 , un\nAnglais, a entam\u00e9 la r\u00e9union en nous demandant quelle \u00e9tait notre valeur ajout\u00e9e.\nSilence.&nbsp;  \u00ab&nbsp;Quelle est votre valeur\najout\u00e9e&nbsp;?&nbsp;\u00bb, a-t-il r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Personne ne disait rien, c\u2019\u00e9tait comme si\nune insupportable chape de silence \u00e9tait tomb\u00e9e sur nous. Au bord de p\u00e9ter une\ndurite, j&rsquo;ai pris la parole&nbsp;: <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Je ne comprends pas la question&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; Pourtant elle est simple&nbsp;: quelle est votre valeur\najout\u00e9e&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; Mais vous devriez le savoir\u00a0!\u00a0\u00bb Tout le monde m\u2019a regard\u00e9e. Je d\u00e9passais les bornes. Pourtant, il aurait d\u00fb le savoir\u00a0: il \u00e9tait notre N+2, les projets lui avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s trois mois plus t\u00f4t et il ne savait pas quelle \u00e9tait notre valeur ajout\u00e9e\u00a0? J&rsquo;ai eu le sentiment d&rsquo;\u00eatre tomb\u00e9e dans un guet-apens. \u00ab\u00a0Enfin, a-t-il repris, condescendant, je suis venu pour mieux vous conna\u00eetre, discuter avec vous de vos projets&#8230;\u00a0\u00bb Monsieur descendait de son pi\u00e9destal pour voir les gueux. J&rsquo;ai repris la parole\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que nous faisons, c&rsquo;est vrai, d&rsquo;autres soci\u00e9t\u00e9s le font. On peut le dire.\u00a0\u00bb Puis j&rsquo;ai mis\u00e9 sur l&rsquo;humain, vantant les comp\u00e9tences de mon \u00e9quipe, sa souplesse, sa flexibilit\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait une \u00e9quipe performante, dont j&rsquo;\u00e9tais fi\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Et vous croyez qu&rsquo;on ne peut pas trouver \u00e7a\nailleurs&nbsp;?&nbsp;\u00bb Le coup de gr\u00e2ce. L&rsquo;humiliation. Aucun de nos arguments\nne ferait le poids devant un licenciement d\u00e9j\u00e0 programm\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Aujourd&rsquo;hui, je me pose toujours la question&nbsp;: l\u2019humiliation\nest-elle consciemment orchestr\u00e9e pour faire \u00ab&nbsp;passer la pilule&nbsp;\u00bb&nbsp;?\nFait-elle partie de la strat\u00e9gie de licenciement&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Des tranches de vie (in)active\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00c9TRONE <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Le bureau des secrets professionnels \u2013\nHistoires v\u00e9cues au travail<\/em><\/strong>, tome&nbsp;2, par\nDominique Costermans &amp; R\u00e9gine Vandamme, pr\u00e9face d\u2019Isabelle Ferreras, dessins\nd\u2019Allilalu, Waterloo, \u00c9ditions de la\nRenaissance du Livre, f\u00e9vrier&nbsp;2021, 207&nbsp;pp. en noir et blanc au\nformat 14&nbsp;x&nbsp;21,5&nbsp;cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs et \u00e0\nrabats, 20&nbsp;\u20ac <br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> On les appelait les \u00ab\u00a0Spitaelistes\u00a0\u00bb, du nom de Guy Spitaels (1931-2012) qui, ministre socialiste de l\u2019Emploi, mit ce syst\u00e8me en place en 1977. (P\u00e9trone)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[49,51,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20280"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=20280"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20280\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20282,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20280\/revisions\/20282"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20280"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20280"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20280"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}