{"id":20568,"date":"2021-04-28T14:19:18","date_gmt":"2021-04-28T12:19:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=20568"},"modified":"2021-04-28T14:19:18","modified_gmt":"2021-04-28T12:19:18","slug":"correspondance-dun-genie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=20568","title":{"rendered":"Correspondance d\u2019un g\u00e9nie\u2026"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Lettres-a-sa-famille-par-Ludwig-Wittgenstein.jpg\"><img loading=\"lazy\" width=\"230\" height=\"350\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Lettres-a-sa-famille-par-Ludwig-Wittgenstein.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-20569\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Lettres-a-sa-famille-par-Ludwig-Wittgenstein.jpg 230w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Lettres-a-sa-famille-par-Ludwig-Wittgenstein-197x300.jpg 197w\" sizes=\"(max-width: 230px) 100vw, 230px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>De l\u2019auteur du fameux <em>Tractatus logico-philosophicus<\/em><a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> (1921), Ludwig Wittgenstein (1889-1951)<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, les \u00c9ditions Flammarion publient la traduction fran\u00e7aise des <strong><em>Lettres \u00e0 sa famille <\/em><\/strong>qui constituent un t\u00e9moignage de premi\u00e8re main sur les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de sa vie si singuli\u00e8re et sur les liens qui l&rsquo;unissaient \u00e0 ses proches.<\/p>\n\n\n\n<p>Ludwig Wittgenstein, n\u00e9 d\u2019un p\u00e8re juif converti au protestantisme, \u00e9tait le dernier des huit enfants de l&rsquo;une des familles de ma\u00eetres de forges les plus en vue d\u2019Autriche-Hongrie, \u00e0 l&rsquo;avant-garde de la vie culturelle de Vienne&nbsp;: Maurice Ravel composa le c\u00e9l\u00e8bre <em>Concerto pour la main gauche<\/em> (1929-1931, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Vienne le 5 janvier 1932 par son d\u00e9dicataire) pour le pianiste Paul Wittgenstein, fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Ludwig, qui avait perdu son bras droit au combat pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>&nbsp;; Gustav Klimt a peint le tableau de mariage de sa s\u0153ur Margaret&nbsp;; Gustav Mahler et Johannes Brahms donnaient r\u00e9guli\u00e8rement des concerts dans le salon de musique familial.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1902, son fr\u00e8re Hans se suicida en Am\u00e9rique et, en 1904, son fr\u00e8re Rudolf fit de m\u00eame \u00e0 Vienne.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1906, Ludwig Wittgenstein entama des \u00e9tudes d&rsquo;ing\u00e9nieur en m\u00e9canique \u00e0 Berlin, qu\u2019il poursuivit en 1908 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Manchester. C&rsquo;est dans ce but qu&rsquo;il s&rsquo;inscrivit dans un laboratoire d&rsquo;ing\u00e9nierie o\u00f9 il fit des recherches sur le comportement des cerfs-volants en haute atmosph\u00e8re. Il s&rsquo;int\u00e9ressa ensuite \u00e0 la recherche a\u00e9ronautique et notamment \u00e0 une h\u00e9lice mue par r\u00e9action au bout des pales qu&rsquo;il con\u00e7ut et testa.<\/p>\n\n\n\n<p>Wittgenstein \u00e9tudia les math\u00e9matiques pour ses recherches, et il s&rsquo;int\u00e9ressa notamment aux fondements de cette science, apr\u00e8s avoir lu <em>Les Principes des math\u00e9matiques<\/em> de Bertrand Russell dont il suivit les cours \u00e0 Cambridge en 1911.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tudia aussi bri\u00e8vement en Allemagne aupr\u00e8s du logicien Gottlob Frege qui avait pos\u00e9 les fondations de la logique moderne et des math\u00e9matiques logiques.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1913, Wittgenstein h\u00e9rita d&rsquo;une fabuleuse fortune apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re. Il en fit partiellement don \u2014 100&nbsp;000 couronnes \u2014 \u00e0 des artistes et auteurs autrichiens tels que Rainer Maria Rilke (1875-1926) et Georg Trakl (1887-1914), et il se retira dans le village norv\u00e9gien de Skjolden. Cet exil volontaire lui permit de se consacrer enti\u00e8rement \u00e0 ses recherches.<\/p>\n\n\n\n<p>Vivant en ermite, Wittgenstein fut surpris par l&rsquo;av\u00e8nement de la Premi\u00e8re Guerre mondiale et il s&rsquo;engagea dans l&rsquo;arm\u00e9e austro-hongroise. Il servit d&rsquo;abord sur un navire, puis dans une usine d&rsquo;artillerie.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1916, il fut envoy\u00e9 sur le front russe dans un r\u00e9giment d&rsquo;artillerie o\u00f9 il gagna plusieurs m\u00e9dailles pour son courage.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1918, il fut fait prisonnier dans le nord de l&rsquo;Italie par l&rsquo;arm\u00e9e italienne.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1919, apr\u00e8s sa lib\u00e9ration, il envoya le texte du <em>Tractatus<\/em> en Angleterre, \u00e0 Russell qui le consid\u00e9ra comme un travail philosophique d&rsquo;une grande importance, et ils travaill\u00e8rent ensemble pour le faire publier en 1921.<\/p>\n\n\n\n<p>Wittgenstein retourna alors en Autriche et devint instituteur. Il fut fa\u00e7onn\u00e9 aux m\u00e9thodes du mouvement de r\u00e9forme scolaire autrichien qui reposaient sur la stimulation de la curiosit\u00e9 naturelle des enfants et le d\u00e9veloppement de leur autonomie de jugement, plut\u00f4t que sur la sollicitation de leur seule m\u00e9moire. Ces principes d&rsquo;\u00e9ducation l&rsquo;enthousiasm\u00e8rent, mais il dut affronter de nombreuses difficult\u00e9s \u00e0 leur mise en pratique dans sa classe des villages de Trattenbach, Puchberg am Schneeberg et Otterthal. Il r\u00e9digea le <em>W\u00f6rterbuch<\/em>, un dictionnaire de prononciation et d&rsquo;orthographe pour faire travailler ses \u00e9l\u00e8ves, ouvrage qui fut bien accueilli par la profession. C\u2019est le seul livre qu&rsquo;il publia de son vivant, en dehors du <em>Tractatus<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9missionna en avril 1926 et retourna \u00e0 Vienne o\u00f9 il travailla comme assistant jardinier dans un monast\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1929, Wittgenstein d\u00e9cida, sur l&rsquo;insistance de Russell et Moore, de retourner \u00e0 Cambridge. Il fut accueilli \u00e0 la gare par une foule compos\u00e9e de quelques-uns des plus grands intellectuels d&rsquo;Angleterre et il r\u00e9alisa avec horreur qu&rsquo;il \u00e9tait l&rsquo;un des philosophes les plus c\u00e9l\u00e8bres au monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette ann\u00e9e-l\u00e0, apr\u00e8s avoir d\u00e9fendu le <em>Tractatus <\/em>en guise de th\u00e8se de doctorat \u2013 il n\u2019\u00e9tait jusqu\u2019alors d\u00e9tenteur d\u2019aucun dipl\u00f4me \u2013, il fut embauch\u00e9 comme assistant (<em>Fellow<\/em>) et devint membre du Trinity College.<\/p>\n\n\n\n<p>De 1936 \u00e0 1937, Wittgenstein v\u00e9cut \u00e0 nouveau en Norv\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1939, G. E. Moore d\u00e9missionna et Wittgenstein, alors consid\u00e9r\u00e9 comme un g\u00e9nie, obtint la chaire de philosophie de Cambridge et acquit la nationalit\u00e9 britannique dans la foul\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la Seconde Guerre mondiale, Wittgenstein quitta Cambridge et se porta volontaire pour servir dans au Guy\u2019Hospital de Londres en tant qu\u2019assistant au laboratoire (1941), puis dans un h\u00f4pital de Newcastle (1944).<\/p>\n\n\n\n<p>Le 5 octobre 1944, il fut nomm\u00e9 professeur \u00e0 Cambridge.<\/p>\n\n\n\n<p>Il enseigna par intermittence \u00e0 Cambridge jusqu\u2019en 1949, puis d\u00e9missionna, avec un soulagement manifeste, pour se concentrer sur l&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Il passa les deux derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie entre Vienne, Oxford et Cambridge tout en effectuant des voyages aux \u00c9tats-Unis, et en Norv\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Il mourut \u00e0 Cambridge des suites d\u2019un cancer le 29 avril 1951<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Accompagn\u00e9es de nombreuses photographies, ses <em>Lettres \u00e0 sa famille<\/em> donnent un \u00e9clairage original sur la personnalit\u00e9 de ce penseur d\u00e9pressif hors du commun.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00c9TRONE <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Lettres \u00e0 sa famille \u2013 Correspondances crois\u00e9es 1908-1951 <\/em><\/strong>par Ludwig Wittgenstein, traduction de Fran\u00e7oise Stonborough, note liminaire de Radmila Schweitzer, pr\u00e9sentation de Brian McGuinness, Paris, \u00c9ditions Flammarion, mars&nbsp;2021, 411&nbsp;pp. en noir et blanc au format 14,5&nbsp;x&nbsp;22&nbsp;cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 26&nbsp;\u20ac (prix France)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Ce texte est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des livres de philosophie les plus importants du XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, et a eu une influence majeure sur le positivisme logique et sur la philosophie analytique. La r\u00e9daction du <em>Tractatus<\/em> s&rsquo;est \u00e9tendue sur plusieurs ann\u00e9es. Certains passages \u00e9taient achev\u00e9s ou presque d\u00e8s 1914 (<em>Carnets 1914-1916<\/em>) et le texte fut achev\u00e9 en 1918, alors que Wittgenstein \u00e9tait encore enr\u00f4l\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e autrichienne o\u00f9 il fut fait prisonnier dans le nord de l&rsquo;Italie apr\u00e8s avoir combattu sur le front russe. Cette \u0153uvre est influenc\u00e9e par les travaux d\u2019Arthur Schopenhauer, S\u00f8ren Kierkegaard, Gottlob Frege, George Edward Moore et Bertrand Russell.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Ludwig Josef Johann Wittgenstein, n\u00e9 \u00e0 Vienne en Autriche-Hongrie le 26 avril 1889 et mort \u00e0 Cambridge au Royaume-Uni le 29 avril 1951, \u00e9tait un philosophe et math\u00e9maticien autrichien, puis britannique, qui apporta des contributions d\u00e9cisives en logique, dans la th\u00e9orie des fondements des math\u00e9matiques et en philosophie du langage.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Sergue\u00ef Prokofiev, Paul Hindemith, Benjamin Britten et Richard Strauss compos\u00e8rent \u00e9galement pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Sources&nbsp;: Wikip\u00e9dia et Christiane Chauvir\u00e9, <em>Ludwig Wittgenstein<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, collection \u00ab&nbsp;Les Contemporains&nbsp;\u00bb, 1989.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[77,49,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20568"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=20568"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20568\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20570,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20568\/revisions\/20570"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20568"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20568"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20568"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}