{"id":22208,"date":"2022-05-25T09:21:42","date_gmt":"2022-05-25T07:21:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=22208"},"modified":"2022-05-25T09:21:42","modified_gmt":"2022-05-25T07:21:42","slug":"voyage-au-bout-de-la-nuit-flamande","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=22208","title":{"rendered":"Voyage au bout de la nuit flamande\u2026"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/La-Route-de-la-Chapelle.jpg\"><img loading=\"lazy\" width=\"228\" height=\"350\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/La-Route-de-la-Chapelle.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22209\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/La-Route-de-la-Chapelle.jpg 228w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/La-Route-de-la-Chapelle-195x300.jpg 195w\" sizes=\"(max-width: 228px) 100vw, 228px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Roman \u00e9clat\u00e9 \u00e0 l\u2019instar du <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> (1932) de Louis-Ferdinand C\u00e9line (1894-1961), accumulation de r\u00e9cits et de constatations d\u00e9sabus\u00e9es sur le XX<sup>e&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle, o\u00f9 court, tel un fil conducteur, l&rsquo;histoire de la petite Ondine, une jeune fille pauvre qui utilise ses charmes pour gravir les \u00e9chelons de la soci\u00e9t\u00e9, <strong><em>La Route de la Chapelle<\/em><\/strong>, le chef-d\u2019\u0153uvre de Louis Paul Boon, ressort ces jours-ci en fran\u00e7ais \u00e0 Lausanne chez Noir sur Blanc dans la riche collection \u00ab&nbsp;La biblioth\u00e8que de Dimitri&nbsp;\u00bb qui rend un bel hommage \u00e0 la m\u00e9moire du grand \u00e9diteur d\u2019origine serbe Vladimir Dimitrijevic (1934-2011), fondateur des \u00c9ditions de l&rsquo;\u00c2ge d&rsquo;Homme en 1966.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis Paul Boon, n\u00e9 \u00e0 Alost le 15 mars 1912 et mort \u00e0 Erembodegem le 10 mai 1979, \u00e9tait un \u00e9crivain et po\u00e8te belge d&rsquo;expression n\u00e9erlandaise. Consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des auteurs belges majeurs du XX<sup>e&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle, il a color\u00e9 son style de mots et d&rsquo;expressions r\u00e9gionaux flamands.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez cet autodidacte, le socialisme anarcho-libertaire s&rsquo;accompagne d&rsquo;une grande diversit\u00e9 dans la technique romanesque et de nuances dans la psychologie de ses personnages (<em>Le faubourg grandit,<\/em> 1941&nbsp;; <em>La Bande \u00e0 Jean de Lichte<\/em>, 1957).<\/p>\n\n\n\n<p>Un style d\u00e9braill\u00e9, mais parcouru d&rsquo;un grand souffle, anime le monde chaotique que forment les fresques grises du monde ouvrier (<em>La Route de la Chapelle<\/em>, 1953&nbsp;; <em>\u00c9t\u00e9 \u00e0 Termuren<\/em>, 1956).<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il a explor\u00e9 minutieusement le pass\u00e9 de sa propre r\u00e9gion (<em>Pieter Daens<\/em>, 1971&nbsp;; <em>La Main noire<\/em>, 1976), Boon tend \u00e0 composer, de proche en proche, dans une double perspective historique (<em>Ma petite guerre,<\/em> 1946) et sociale (<em>Menuet<\/em>, 1955), une mosa\u00efque compl\u00e8te des Pays-Bas (<em>Le Livre des gueux,<\/em> 1979), tout en t\u00e9moignant d&rsquo;un pessimisme grandissant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;homme et en faisant retour sur ses propres fantasmes et inhibitions (<em>La Jeunesse obsc\u00e8ne de Mieke Maaike<\/em>, 1972&nbsp;; <em>\u00c9ros et le Vieil Homme<\/em>, 1980)<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 sa sortie en 1953, <em>La Route de la Chapelle<\/em> a suscit\u00e9 de nombreuses controverses, dues autant \u00e0 sa forme chaotique qu\u2019\u00e0 son contenu virulent vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat. L&rsquo;auteur y m\u00eale la critique sociale \u00e0 des r\u00e9cits revisit\u00e9s du <em>Roman de Renart<\/em> et \u00e0 ses exp\u00e9riences personnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici ce qu\u2019a \u00e9crit en 1964 \u00e0 propos de Louis-Paul Boon un autre g\u00e9ant des lettres belges d\u2019expression flamande, Hugo Claus (1929-2008)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Dans la voli\u00e8re de la litt\u00e9rature flamande, on trouve toutes sortes d\u2019oiseaux, en majorit\u00e9 des pigeons domestiques, quelques paons h\u00e2bleurs, \u00e7\u00e0 et l\u00e0 un petit coq de bruy\u00e8re timide comme un po\u00e8te, et chacun d\u2019eux chante, h\u00e9las, son propre couplet et pond ses propres \u0153ufs. Le merle blanc de cette basse-cour est Louis Paul Boon. Il est notre \u00e9crivain le plus important, la source la plus g\u00e9n\u00e9reuse de la litt\u00e9rature flamande, une source qui a crevass\u00e9 le champ infatu\u00e9 de notre art d\u2019\u00e9crire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00c9TRONE <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong><em>La Route de la Chapelle <\/em><\/strong>par Louis Paul Boon, ouvrage traduit du n\u00e9erlandais par Marie Hooghe, pr\u00e9face de Hugo Claus, Lausanne, \u00c9ditions Noir sur Blanc, collection \u00ab&nbsp;La biblioth\u00e8que de Dimitri&nbsp;\u00bb, avril&nbsp;2022 [1953, 1994], 497&nbsp;pp. en noir et blanc au format 15&nbsp;x&nbsp;23&nbsp;cm sous couverture monochrome et bandeau en couleurs, 24,50&nbsp;\u20ac (prix France)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Extrait (respectant la typographie)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>TEMPS OBSCURS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9crit dans le journal, annonce johan janssens, le coin de reynart le goupil, que j&rsquo;ai intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;temps obscurs&nbsp;\u00bb&nbsp;: voici reynart le goupil qui nous arrive des temps obscurs et bois\u00e9s du moyen \u00e2ge, o\u00f9 les comtes \u00e9taient vastes et sauvages, o\u00f9 les cath\u00e9drales \u00e9levaient vers le ciel leur dentelle de pierre et leurs gargouilles, o\u00f9 les ch\u00e2telains \u00e9taient encycliques et, au retour de leurs croisades de pillages, allaient en bons baptis\u00e9s tout harnach\u00e9s \u00e0 la sainte messe et \u00e0 la communion, mais pouvaient impun\u00e9ment r\u00e9duire les petites fermes en cendres, \u00ab&nbsp;fondant comme des vautours sur la vache et les petites \u00e9conomies et se jetant sur les femmes comme des taureaux impies&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Oh, c&rsquo;\u00e9tait le bon temps o\u00f9 les f\u00e9odaux ne savaient m\u00eame pas \u00e9crire leur nom, mais avaient des oubliettes et des chambres de torture dans leurs ch\u00e2teaux fortifi\u00e9s du mont-des-lapins, et un bouffon, et des troubadours qui l\u00e9chaient la main de ceux qui les frappaient, pour c\u00e9l\u00e9brer en vers les hauts faits de leur seigneur&#8230; oh, c&rsquo;\u00e9tait aussi le temps o\u00f9 on ne pouvait pas faire trois pas sans tomber sur une abbaye entre les murs de laquelle on s&#8217;empiffrait et buvait \u00e0 se faire p\u00e9ter la panse, et o\u00f9 pour tuer le temps on racontait dans de gros livres la vie de saint binbombarus qu\u2019on d\u00e9corait d\u2019images de toutes les couleurs&#8230; et o\u00f9 les moines papelards ou monsieur le cur\u00e9 de ter-muren t&rsquo;obligeaient \u00e0 partir en p\u00e8lerinage \u00e0 machin chose en espagne, \u00e0 pieds nus et avec un bonnet \u00e0 clochettes sur la t\u00eate, pour constater au retour &#8211; \u00f4 langue sublime du reynart \u2013 qu&rsquo;il for\u00e7a ma louve et maltraita mes petits, les compissant dans leur couche si bien que deux en rest\u00e8rent priv\u00e9s de vue \u00e0 jamais&#8230; si au moins monsieur derenancourt n&rsquo;en avait pas envie&#8230; et o\u00f9 on s&rsquo;aspergeait de pieux proverbes latins et d&rsquo;eau b\u00e9nite, mais te menait au b\u00fbcher si tu affirmais par erreur que la terre tournait autour du soleil. Et c&rsquo;\u00e9tait aussi le temps o\u00f9 les vilains et les fols \u00e9taient encore comme breughel&#8230; qui ne vint en fait que beaucoup plus tard&#8230; les a entrevus et peints&nbsp;: stupides et pauvres et laids et maigres \u00e0 force de faire car\u00eame et de prier, de s&#8217;empiffrer et de se so\u00fbler 1 jour par an \u00e0 la kermesse aux boudins, mais de vivre tous les autres jours de l&rsquo;an-autant-de\u00ad notre-seigneur dans la crainte des kleddens et des fant\u00f4mes et des feux follets&#8230; alors qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;autres kleddens que ceux des monast\u00e8res et du ch\u00e2teau du mont-des-lapins, ni d&rsquo;autres fant\u00f4mes que la peste et la famine et la variole qui les fauchaient comme des mouches \u00e0 merde, ni d&rsquo;autre feu follet que celui de l&rsquo;ignorance la plus crasse.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> https:\/\/www.larousse.fr\/encyclopedie\/litterature\/Boon\/171764<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[11,53],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22208"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22208"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22208\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22210,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22208\/revisions\/22210"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22208"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22208"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22208"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}