{"id":22260,"date":"2022-06-22T18:25:05","date_gmt":"2022-06-22T16:25:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=22260"},"modified":"2022-06-22T18:25:05","modified_gmt":"2022-06-22T16:25:05","slug":"lignes-de-vies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=22260","title":{"rendered":"Lignes de vies\u2026"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Ma-vie-entre-des-lignes.jpg\"><img loading=\"lazy\" width=\"213\" height=\"350\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Ma-vie-entre-des-lignes.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22261\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Ma-vie-entre-des-lignes.jpg 213w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Ma-vie-entre-des-lignes-183x300.jpg 183w\" sizes=\"(max-width: 213px) 100vw, 213px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Les \u00c9ditions de La Table Ronde \u00e0 Paris ressortent en version de poche<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> <strong><em>Ma vie entre des lignes<\/em><\/strong> d\u2019Antoine Blondin <a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, un \u00e9pais recueil d\u2019articles et de chroniques (historiques, politiques, litt\u00e9raires et sportives) publi\u00e9s dans divers journaux entre 1943 et la fin des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n\n\n\n<p>On y croise, orn\u00e9s des fleurs de l\u2019amiti\u00e9 ou de l\u2019admiration, des hommes et des femmes dont la fr\u00e9quentation, les \u0153uvres ou les exploits l\u2019ont marqu\u00e9 \u2013 Roger Nimier, Marcel Aym\u00e9, Jean Anouilh, Paul Morand, Kleber Haedens, Jean Dutourd, Henri Calet, Maria Callas, Genevi\u00e8ve Dormann, Fran\u00e7oise Sagan, Michel Audiard, Fran\u00e7ois Mitterrand<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, le coureur cycliste Louison Bobet, les rugbymen Andr\u00e9 et Guy Boniface\u2026 \u2013 et ceints \u00e0 la hussarde de gratte-culs les personnages qu\u2019il abhorra (Jean-Paul Sartre, Louis Aragon et Fran\u00e7ois Mauriac, notamment).<\/p>\n\n\n\n<p>En voici un extrait, vacharde descente en flammes du po\u00e8te Paul Claudel (1868-1955) r\u00e9dig\u00e9e vers 1950&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Dans le m\u00eame temps qu&rsquo;on monte <em>Jeanne au b\u00fbcher<\/em>,une rumeur se propage, selon laquelle M. Paul Claudel sentirait le fagot. Cette rencontre heureuse pr\u00e9sage peut-\u00eatre du jour o\u00f9 les myst\u00e8res somptueux \u2013 et les \u00e9quivoques \u2013 du plus important po\u00e8te fran\u00e7ais se r\u00e9soudront en farce de fonctionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 nouvel ordre, M. Paul Claudel demeure un \u00e9crivain dans la familiarit\u00e9 duquel on ne peut pas \u00eatre sans se munir d&rsquo;un passe-montagne. Il est l\u00e0 et bien l\u00e0, bard\u00e9 profus\u00e9ment de grands cordons, de la L\u00e9gion d&rsquo;honneur el d&rsquo;autres qui lui font un fier t\u00e9ton, dor\u00e9 sur la tranche, laur\u00e9 du chef, ambassadeur comme devant, lest\u00e9 de jetons de pr\u00e9sence, retranch\u00e9 derri\u00e8re ses enfants et les enfants de ses enfants, patriarche avec ce go\u00fbt en lui de la m\u00e9lancolie des sommets que l&rsquo;on ne viole pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Un vieillard du calibre de celui-l\u00e0, s&rsquo;il me pressait sur le nez, en ferait certainement sortir du lait. Eh bien&nbsp;! moi, ch\u00e9tif au pied de ce pilier de l&rsquo;\u00e9glise, de ce soutien de famille, de cet Anapurna de la pens\u00e9e, j&rsquo;ai beau fouiller, sucer l&rsquo;os, chercher la moelle, j&rsquo;ose avouer qu&rsquo;il n&rsquo;en sort rien. L&rsquo;ascension du mont Claudel ne paye pas. Une lueur pourtant sous cette avalanche d&rsquo;une \u0153uvre compl\u00e8te qui vaut son pesant d&rsquo;apocalypse&nbsp;: on lui doit un beau souvenir de th\u00e9\u00e2tre. C&rsquo;\u00e9tait pendant l&rsquo;Occupation, entre les v\u00e9los-taxis et le couvre-feu, les repr\u00e9sentations de <em>L&rsquo;Annonce faite \u00e0 Marie <\/em>donn\u00e9es par la troupe du \u201cRideau des jeunes\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous semblait, ces soirs-l\u00e0, que l&rsquo;auteur satisfaisait l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on se fait ordinairement du g\u00e9nie. Le d\u00e9lire verbal se d\u00e9nouait en phrase d&rsquo;une musique prochaine, les rugosit\u00e9s du Moyen \u00c2ge, ses grandes ombres \u00e9taient propices \u00e0 notre mauvais sang. Peut-\u00eatre \u00e9tions\u00ad nous en \u00e9tat de gr\u00e2ce&nbsp;? (\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>Entre le paysan qu&rsquo;il \u00e9tait et le po\u00e8te qu&rsquo;il est devenu, Paul Claudel a accumul\u00e9 les interm\u00e9diaires. Il ne me g\u00eane pas qu&rsquo;un artiste soit administrateur d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on fabrique des moteurs d&rsquo;avions et palpe son million de dividendes. Tous ne peuvent finir \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, chavir\u00e9s d&rsquo;absinthe et de solitude. Vivons avec notre temps. Il ne me g\u00eane pas davantage qu&rsquo;un homme de lettres fasse carri\u00e8re dans la diplomatie, nous en avons eu de tr\u00e8s bons exemples depuis Giraudoux le s\u00e9dentaire jusqu&rsquo;\u00e0 Paul Morand le voyageur. Enfin, il me para\u00eet assez dans l&rsquo;ordre qu&rsquo;une double conversion ait conduit ce personnage assez soucieux de son buste \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise d&rsquo;abord et, soixante ans plus tard, \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie. O\u00f9 la confusion commence, c&rsquo;est quand, l&rsquo;un poussant l&rsquo;autre, le po\u00e8te, l&rsquo;administrateur, l&rsquo;ambassadeur, le converti et l&rsquo;acad\u00e9micien concourent \u00e0 la renomm\u00e9e dans le fracas de leurs gros sabots. La \u201cSagesse du tambour\u201d le c\u00e8de alors au tumulte du cor de chasse, les promesses d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 s&rsquo;y confondent avec les souvenirs d&rsquo;Indochine, les croisades avec les croisi\u00e8res, le souffle du grand large vient mourir p\u00e9niblement sur les rives du Yang-Tseu-Kiang, et le po\u00e8me chr\u00e9tien s&rsquo;ach\u00e8ve une fois de plus en eau de Bouddha. C&rsquo;est le pied d&rsquo;Isa\u00efe dans la chaussure de Lavar\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n<p>Lu par cinquante personnes, d\u00e9chiffr\u00e9 par une vingtaine, il reste que Paul Claudel a fait se p\u00e2mer des g\u00e9n\u00e9rations de gogos. On lui ferait volontiers confiance, d&rsquo;autant plus confiance qu&rsquo;on ne le comprend pas. Mais la secr\u00e8te connivence qu&rsquo;il semble entretenir avec le Bon Dieu en fait le d\u00e9positaire d&rsquo;une solide portion de la conscience fran\u00e7aise. Et il est vrai qu&rsquo;il ne rechigne pas \u00e0 la besogne. N&rsquo;\u00e9voquons pas les <em>odes <\/em>successives au mar\u00e9chal P\u00e9tain, puis \u00e0 de Gaulle, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;abandonne pas r\u00e9solument la terre ferme, la po\u00e9sie de circonstance n&rsquo;a pas de meilleur serviteur et qui vous trousse en compliment de derri\u00e8re la valise diplomatique. (\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>Ce bon ap\u00f4tre qui fait si facilement liti\u00e8re \u2013 ou pi\u00e9destal \u2013 de la vie des autres (\u2026), c&rsquo;est avec curiosit\u00e9 que nous l&rsquo;avons vu vaciller sous les coups de Mgr Ducaud-Bourget.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00eatre, une sorte d&rsquo;aum\u00f4nier des po\u00e8tes de Paris, commis par l&rsquo;archev\u00eaque, est formel sur ce point&nbsp;: l&rsquo;\u0153uvre de Claudel contient un certain nombre d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sies, de passages grotesques et blasph\u00e9matoires, qui vaudraient \u00e0 leur auteur les foudres du Saint-Office, si celui-ci avait le courage d&rsquo;en entreprendre la lecture.<\/p>\n\n\n\n<p>La tribu du <em>Figaro, <\/em>qui ne confond pas producteur et consommateur, a eu beau s&rsquo;efforcer de descendre en fl\u00e8che le vicaire, pour couvrir son brillant collaborateur, elle n&rsquo;est pas parvenue \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;argument.<\/p>\n\n\n\n<p>Que Paul Claudel ait la conscience tranquille, cela ne fait aucun doute&nbsp;; qu&rsquo;il ait pu engendrer des conversions, ramener des brebis au troupeau par le canal de sa personne et de ses \u0153uvres, c&rsquo;est bien possible \u00e9galement. \u201cDieu s&rsquo;est bien servi d&rsquo;une \u00e2nesse pour parler \u00e0 Balaam\u201d, dit Mgr Ducaud-Bourget. Et, par un juste retour, il est de ces montagnes qui remuent la foi. Mais le dogme n&rsquo;admet pas les \u00e0-peu-pr\u00e8s. Quand Paul Claudel traite des sujets les plus sacr\u00e9s, il les escamote dans les nu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u201cOn a tir\u00e9 au sort les v\u00eatements du Christ et on se les est partag\u00e9s au hasard\u201d, \u00e9crit-il dans ses <em>Propositions sur la justice. <\/em>Avec le coupon qu&rsquo;il s&rsquo;est adjug\u00e9, l&rsquo;ambassadeur s&rsquo;est fait un kimono. V\u00eatu de ce kimono, il a imprim\u00e9 des torsions de judoka \u00e0 la syntaxe. Le r\u00e9sultat en est aujourd&rsquo;hui ce verset claud\u00e9lien, qui semble mettre les \u00e9vangiles sous forme d&rsquo;ha\u00efka\u00ef et donne \u00e0 la Bible des r\u00e9sonances de kamasoutra.<\/p>\n\n\n\n<p>N&rsquo;h\u00e9sitons pas plus avant, ni flamme, ni fagot&nbsp;: la<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td>&lsquo;<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>&nbsp;v\u00e9ritable place de ce proph\u00e8te coul\u00e9 dans le bonze est sur le dessus de nos chemin\u00e9es.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un mitraillage styl\u00e9, non&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00c9TRONE <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong><em>Ma vie entre des lignes <\/em><\/strong>par Antoine Blondin, Paris, \u00c9ditions de La Table Ronde, collection \u00ab&nbsp;La petite vermillon&nbsp;\u00bb, mai&nbsp;2022, 504&nbsp;pp. en noir et blanc au format 10,8&nbsp;x&nbsp;17,8&nbsp;cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 11,20&nbsp;\u20ac (prix France)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Apr\u00e8s, reparus chez le m\u00eame \u00e9diteur, <em>L\u2019Europe buissonni\u00e8re <\/em>(1949, prix des Deux Magots), <em>Les enfants du Bon Dieu<\/em> (1952), <em>L\u2019humeur vagabonde <\/em>(1955), <em>Monsieur Jadis ou l\u2019\u00c9cole du soir<\/em> (1970), <em>Sur le Tour de France <\/em>(1979) et Quat\u2019 saisons et autres nouvelles, prix Goncourt de la nouvelle en 1975.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Licenci\u00e9 \u00e8s lettres de la Sorbonne, Antoine Blondin (1922-1991), romancier et critique litt\u00e9raire, est aussi l\u2019auteur d\u2019<em>Un singe en hiver<\/em> (1959, prix Interalli\u00e9) \u2013 qu&rsquo;Henri Verneuil a adapt\u00e9 en 1962 pour le cin\u00e9ma sous le m\u00eame titre, un film interpr\u00e9t\u00e9 par Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo \u2013, et <em>Certificats d&rsquo;\u00e9tudes<\/em> (1977, rassemblant des essais sur Baudelaire, Balzac, Cocteau, Dickens, Dumas, Fitzgerald, Goethe, Hom\u00e8re, Musset, O. Henry, Perret, Rimbaud). Journaliste sportif \u00e9galement, il est l&rsquo;auteur de nombreux articles parus notamment dans le journal <em>L&rsquo;\u00c9quipe<\/em>. Entre 1954 et 1981, il suit pour ce journal vingt-sept \u00e9ditions du Tour de France et sept Jeux olympiques, et obtient en 1972 le prix Henri Desgrange de l&rsquo;Acad\u00e9mie des sports. Ses chroniques sur le tour de France ont contribu\u00e9 \u00e0 forger la l\u00e9gende de l&rsquo;\u00e9preuve phare du sport cycliste.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Dont Antoine Blondin louange grandement <em>La Paille et le Grain<\/em>, ouvrage paru en 1975.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[51,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22260"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22260"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22260\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22262,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22260\/revisions\/22262"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22260"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22260"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22260"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}