{"id":23068,"date":"2023-06-19T16:21:59","date_gmt":"2023-06-19T14:21:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=23068"},"modified":"2023-06-19T16:21:59","modified_gmt":"2023-06-19T14:21:59","slug":"amours-sans-frontieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=23068","title":{"rendered":"Amours sans fronti\u00e8res\u2026"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Lucienne-et-le-poete-ottoman-\u2013-Un-amour-dans-les-ruines-dun-empire.jpg\"><img loading=\"lazy\" width=\"224\" height=\"350\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Lucienne-et-le-poete-ottoman-\u2013-Un-amour-dans-les-ruines-dun-empire.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-23069\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Lucienne-et-le-poete-ottoman-\u2013-Un-amour-dans-les-ruines-dun-empire.jpg 224w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Lucienne-et-le-poete-ottoman-\u2013-Un-amour-dans-les-ruines-dun-empire-192x300.jpg 192w\" sizes=\"(max-width: 224px) 100vw, 224px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le journaliste turc Can D\u00fcndar, n\u00e9 le 16 juin 1961 \u00e0 Ankara, est un v\u00e9ritable survivant<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00c9ditions Luc Pire \u00e0 Waterloo ont fait para\u00eetre r\u00e9cemment un r\u00e9cit dont il est l\u2019auteur<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, <strong><em>Lucienne et le po\u00e8te ottoman \u2013 Un amour dans les ruines d\u2019un empire<\/em><\/strong>, un texte traduit par Bahar Kimyong\u00fcr, un journaliste belgo-turc qui revient lui aussi de tr\u00e8s loin<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage imposant, r\u00e9dig\u00e9 apr\u00e8s une tr\u00e8s longue et minutieuse enqu\u00eate et de nombreuses recherches historiques, fait le r\u00e9cit de la vie de Lucienne Sacre (1894-1966), une Belge devenue \u00e0 18&nbsp;ans, le 6&nbsp;mai 1912 \u00e0 Londres, l&rsquo;\u00e9pouse du diplomate et po\u00e8te ottoman Abd\u00fclhak Hamid Tarhan (1852-1937), de 42&nbsp;ans son a\u00een\u00e9 et qu\u2019elle avait rencontr\u00e9 \u00e0 Bruxelles peu de jours auparavant, un homme qui a transform\u00e9 la litt\u00e9rature turque de son \u00e9poque par ses po\u00e8mes lyriques, \u00e9piques, philosophiques et par ses pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre historique<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>De Bruxelles \u00e0 Londres, de Vienne \u00e0 Budapest, de Venise \u00e0 Istanbul, de T\u00e9h\u00e9ran \u00e0 Bombay, de Li\u00e8ge \u00e0 Ankara et \u00e0 Poti, alors que l&rsquo;Empire ottoman s&rsquo;effondre, ils entretiennent une relation amoureuse intense et grav\u00e9e dans l&rsquo;histoire qui se poursuivra durant la Guerre des Balkans, puis, apr\u00e8s la d\u00e9faite, pendant l\u2019occupation d\u2019Istanbul, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 si\u00e9gea le dernier parlement ottoman, ensuite durant la lutte d\u2019ind\u00e9pendance et enfin sous les ors de la R\u00e9publique de Turquie (fond\u00e9e en 1922), jusqu\u2019\u00e0 la mort de l\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ont c\u00f4toy\u00e9 les plus puissants. Le pr\u00e9sident Kemal Atat\u00fcrk (ca 1881-1938) aimait danser avec la jeune femme. Son successeur, Ismet In\u00f6n\u00fc (1884-1973), a jou\u00e9 chez eux des parties d&rsquo;\u00e9checs m\u00e9morables. Le po\u00e8te Tevfik Fikret (1867-1915) donna \u00e0 Lucienne des cours de litt\u00e9rature et l&rsquo;auteur N\u00e2zim Hikmet (1901-1963) mangea \u00e0 leur table.<\/p>\n\n\n\n<p>Une histoire d&rsquo;amour entre une jeune Li\u00e9geoise et \u00ab&nbsp;le Po\u00e8te Supr\u00eame&nbsp;\u00bb qui m\u00e8nent le lecteur \u00e0 la rencontre de ces \u00e9minents personnages et \u00e0 bien d&rsquo;autres encore, comme Enver Pacha (1881-1922) ou le chah d\u2019Iran Reza Pahlavi (1878-1944)&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Notons enfin que les b\u00e9n\u00e9fices de la vente de l\u2019ouvrage en langue turque ont permis \u00e0 Can D\u00fcndar d\u2019offrir une pierre tombale \u00e0 Lucienne Sacre dont le corps reposait derri\u00e8re celui de son \u00e9poux, dans une tombe anonyme au cimeti\u00e8re de Zincirlikuyu, sur le c\u00f4t\u00e9 occidental d\u2019Istanbul.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ces lui en soient rendues\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00c9TRONE  <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong><em>Lucienne et le po\u00e8te ottoman \u2013 Un amour dans les ruines d\u2019un empire <\/em><\/strong>par Can D\u00fcndar, r\u00e9cit traduit du turc par Bahar Kimyong\u00fcr, Waterloo, \u00c9ditions Luc Pire, juin&nbsp;2023, 604&nbsp;pp. en noir et blanc au format 14&nbsp;x&nbsp;21,5&nbsp;cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 29&nbsp;\u20ac<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Sp\u00e9cialiste de la critique des m\u00e9dias en Turquie, engag\u00e9 dans la d\u00e9fense des libert\u00e9s publiques, pacifiste et favorable \u00e0 une r\u00e9solution politique du conflit kurde en Turquie, il a \u00e9t\u00e9, entre 2013 et 2016, directeur de la r\u00e9daction du quotidien turc la\u00efc et progressiste <em>Cumhuriye<\/em>t. <\/p>\n\n\n\n<p>En novembre 2015, il a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 jusqu\u2019en f\u00e9vrier 2016pour avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les services secrets turcs (MIT) effectuaient des livraisons d\u2019armes \u00e0 des groupes rebelles, dont des djihadistes, en Syrie. En mai 2016, il a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une tentative d&rsquo;assassinat devant le palais de justice d&rsquo;Istanbul alors qu&rsquo;il \u00e9tait jug\u00e9 pour divulgation de secrets d&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2018, Can D\u00fcndar s&rsquo;est exil\u00e9 \u00e0 Berlin. Le pr\u00e9sident turc Recep Tayyip Erdo\u011fan a alors promis de se venger co\u00fbte que co\u00fbte. &nbsp;En 2020, le journaliste a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 27&nbsp;ans de prison pour terrorisme et espionnage.<\/p>\n\n\n\n<p>Activement recherch\u00e9 par Ankara, il figure depuis le d\u00e9but de cette ann\u00e9e 2023 dans la \u00ab\u00a0Wanted List\u00a0\u00bb du ministre turc de l&rsquo;Int\u00e9rieur. En d&rsquo;autres termes, le r\u00e9gime Erdo\u011fan offre une prime pour sa capture mort ou vif.<\/p>\n\n\n\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme un tra\u00eetre dans son pays, Can D\u00fcndar a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 citoyen d&rsquo;honneur de la Ville de Paris en novembre 2016. Laur\u00e9at du prix pour la libert\u00e9 de la presse d\u00e9cern\u00e9 par Reporters sans fronti\u00e8res en novembre 2015, il a re\u00e7u de nombreuses autres r\u00e9compenses, dont le Prix international de la libert\u00e9 de la presse 2016 d\u00e9cern\u00e9 par le Comit\u00e9 pour la protection des journalistes (CPJ), le prix Hermann-Kesten 2016 du PEN club allemand et le Prix du meilleur journaliste europ\u00e9en de l&rsquo;ann\u00e9e 2017.<\/p>\n\n\n\n<p> Il est l&rsquo;auteur de 40 livres dont certains ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en allemand, anglais, fran\u00e7ais, italien, espagnol, grec et chinois.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Paru en langue turque sous le titre de <em>L\u00fcsiyen<\/em> (2010).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Bahar Kimyong\u00fcr, n\u00e9 le 28 avril 1974 \u00e0 Berchem-Sainte-Agathe, est issu d&rsquo;une famille arabe originaire de Turquie et aux racines syriennes. Alors qu&rsquo;il d\u00e9non\u00e7ait les tortures dans les prisons turques, cet arch\u00e9ologue form\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Libre de Bruxelles s&rsquo;est retrouv\u00e9, entre 2005 et 2009, \u00e0 son tour happ\u00e9 dans des proc\u00e8s pour terrorisme.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2006, le r\u00e9gime d&rsquo;Ankara, dont Bahar Kimyong\u00fcr est un opposant, lance un mandat d&rsquo;arr\u00eat international \u00e0 son encontre pour avoir interpell\u00e9 en 2000 le ministre turc des Affaires \u00e9trang\u00e8res, alors en audition au Parlement europ\u00e9en, sur une gr\u00e8ve de la faim dans les prisons turques qui fera 119 morts. <\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e, il est arr\u00eat\u00e9 aux Pays-Bas, accus\u00e9 d&rsquo;appartenir au groupe marxiste turc DHKP-C (ce qu&rsquo;il nie), apr\u00e8s qu&rsquo;il a traduit un communiqu\u00e9 de l&rsquo;organisation class\u00e9e comme terroriste. Cette traduction lui a valu d&rsquo;\u00eatre condamn\u00e9 en premi\u00e8re instance en f\u00e9vrier 2006 \u00e0 Bruges et en appel en novembre 2006 \u00e0 Gand, puis d&rsquo;\u00eatre acquitt\u00e9 en appel en 2007 \u00e0 Anvers et en 2009 \u00e0 Bruxelles \u00e0 la suite des arr\u00eats de cassation an\u00e9antissant les jugements pr\u00e9c\u00e9dents. <\/p>\n\n\n\n<p>Lors de son troisi\u00e8me proc\u00e8s en appel, o\u00f9 il est une nouvelle fois acquitt\u00e9, les juges refusent de qualifier le DHKP-C de groupe terroriste et d\u2019organisation criminelle. Bahar Kimyong\u00fcr est de nouveau arr\u00eat\u00e9 en Espagne (le 18 juin 2013), puis en Italie (le 21\u00a0novembre 2013) \u00e0 la demande des autorit\u00e9s turques, mais, face \u00e0 la vacuit\u00e9 de son dossier p\u00e9nal, Interpol d\u00e9cide le 21\u00a0f\u00e9vrier 2014 de radier son nom de son fichier, un s\u00e9rieux camouflet pour le r\u00e9gime d\u2019Istanbul. En repr\u00e9sailles, Recep Tayyip Erdo\u011fan a mis sa t\u00eate \u00e0 prix (un million de livres turques en 2018, port\u00e9s \u00e0 deux millions en 2020).<\/p>\n\n\n\n<p>Acquitt\u00e9 par les justices belge, n\u00e9erlandaise, espagnole et italienne, Bahar Kimyong\u00fcr reste cependant recherch\u00e9 par la Turquie o\u00f9 il risque la torture et l\u2019emprisonnement \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour terrorisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme Can D\u00fcndar, Bahar Kimyong\u00fcr est r\u00e9guli\u00e8rement menac\u00e9 de mort. Mais il est fr\u00e9quemment consult\u00e9 par les m\u00e9dias internationaux sur le conflit syrien, la politique turque et le terrorisme djihadiste, et il collabore depuis 2013 avec plusieurs ONG bas\u00e9es \u00e0 Gen\u00e8ve dans le cadre du Conseil des droits de l&rsquo;homme de l&rsquo;ONU. En Belgique, il travaille comme interpr\u00e8te dans les bureaux de police et les tribunaux.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> https:\/\/www.universalis.fr\/index\/abdulhak-hamit-tarhan\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[77,51,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23068"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23068"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23068\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23070,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23068\/revisions\/23070"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23068"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23068"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23068"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}