{"id":23842,"date":"2024-03-18T18:38:14","date_gmt":"2024-03-18T16:38:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=23842"},"modified":"2024-03-18T18:46:52","modified_gmt":"2024-03-18T16:46:52","slug":"il-est-prudent-de-ne-pas-se-fier-a-la-bonte-des-russes-curzio-malaparte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=23842","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Il est prudent de ne pas se fier \u00e0 la bont\u00e9 des Russes.\u00a0\u00bb (Curzio Malaparte)"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Le-Bonhomme-Lenine.jpg\"><img loading=\"lazy\" width=\"221\" height=\"350\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Le-Bonhomme-Lenine.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-23843\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Le-Bonhomme-Lenine.jpg 221w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Le-Bonhomme-Lenine-189x300.jpg 189w\" sizes=\"(max-width: 221px) 100vw, 221px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Curt Erich Suckert alias Curzio Malaparte<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, n\u00e9 le 9 juin 1898 \u00e0 Prato, en Toscane, et mort le 19&nbsp;juillet 1957 \u00e0 Rome, \u00e9tait un \u00e9crivain, cin\u00e9aste, journaliste, correspondant de guerre et diplomate italien.<\/p>\n\n\n\n<p>Interrompant de brillantes \u00e9tudes classiques et en d\u00e9pit de son jeune \u00e2ge, il s\u2019engagea, d\u00e8s 1914, dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise au sein de la L\u00e9gion garibaldienne<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois celle-ci dissoute, il retourna en Italie, participa aux combats dans les r\u00e9giments alpins, devint officier, avant de revenir en France o\u00f9 il fut gaz\u00e9 lors de la bataille du Chemin des Dames, avant d\u2019\u00eatre d\u00e9cor\u00e9 de la croix de guerre avec palme (1914-1918).<\/p>\n\n\n\n<p>Il adh\u00e9ra au parti fasciste en septembre 1922, fit partie des signataires du \u00ab&nbsp;Manifeste des intellectuels fascistes&nbsp;\u00bb (1925) et fut pendant quelques temps un th\u00e9oricien du fascisme qu\u2019il concevait comme un syndicalisme politique.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1928, il devint directeur de la revue <em>L\u2019Italia letteraria<\/em> et, en 1929, r\u00e9dacteur en chef de <em>La Stampa <\/em>de Turin.<\/p>\n\n\n\n<p>Les changements politiques op\u00e9r\u00e9s par Mussolini \u00e0 partir de 1925 commenc\u00e8rent \u00e0 d\u00e9cevoir les espoirs de r\u00e9volution sociale qui avaient initialement attir\u00e9 Malaparte vers le fascisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ses relations avec le r\u00e9gime se d\u00e9t\u00e9rior\u00e8rent r\u00e9ellement lorsque, se r\u00e9clamant du fascisme r\u00e9volutionnaire de 1919, il d\u00e9non\u00e7a les d\u00e9rives r\u00e9actionnaires du Duce, notamment dans <em>Monsieur Cam\u00e9l\u00e9on<\/em> (1929). Il y r\u00e9prouvait l\u2019embourgeoisement du r\u00e9gime ainsi que la signature des Accords du Latran avec le Saint-Si\u00e8ge, et moquait le caract\u00e8re \u00e9gocentrique de Mussolini.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son livre <em>Technique du coup d\u2019\u00c9tat<\/em> (1931) qu\u2019il publia en France chez Grasset, il d\u00e9non\u00e7a la mont\u00e9e au pouvoir d\u2019Adolf Hitler, et pr\u00e9dit l\u2019\u00e9limination in\u00e9luctable des SA comme force politique autonome tout en anticipant les modalit\u00e9s du massacre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage lui valut son renvoi de <em>La Stampa<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se vit ensuite exclure du Parti national fasciste (octobre 1933) pour \u00ab&nbsp;activit\u00e9s antifascistes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger&nbsp;\u00bb et confiner aux \u00eeles Lipari, en r\u00e9sidence surveill\u00e9e, pour une dur\u00e9e annonc\u00e9e de cinq ans avant d\u2019\u00eatre remis en libert\u00e9 conditionnelle en juin 1935.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de la Seconde Guerre mondiale, il fut d\u2019abord envoy\u00e9 en reportage par <em>La Stampa<\/em> qui l\u2019avait alors r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 en son sein, puis comme correspondant de guerre sur le Front de l\u2019Est pour le <em>Corriere della Sera<\/em> en 1941, mais la censure nazie veillait et la teneur pol\u00e9mique de ses articles le fit arr\u00eater et assigner \u00e0 r\u00e9sidence par les Allemands.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de cette \u00e9poque, Malaparte rompit d\u00e9finitivement avec le fascisme et ne revint en Italie qu\u2019\u00e0 la chute de Mussolini (juillet 1943).<\/p>\n\n\n\n<p>Il participa alors aux combats pour la lib\u00e9ration de son pays au sein d\u2019une division de partisans.<\/p>\n\n\n\n<p>De novembre 1943 \u00e0 mars 1946, il occupa les fonctions d\u2019officier de liaison rattach\u00e9 au Haut Commandement am\u00e9ricain en Italie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de 1945, Malaparte tenta de se rapprocher du Parti communiste et, en 1957, il mourut d\u2019un cancer apr\u00e8s un voyage en Chine communiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est l\u2019un des prosateurs les plus importants de la litt\u00e9rature italienne du XX<sup>e&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle, surtout connu pour deux ouvrages majeurs&nbsp;: <em>Kaputt<\/em><a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> (1944) et <em>La Peau<\/em><a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a> (1949)<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00c9ditions Grasset ressortent en ce moment son ouvrage intitul\u00e9 <strong><em>Le Bonhomme L\u00e9nine <\/em><\/strong>(1932), une biographie pour le moins originale et brillamment sarcastique du p\u00e8re de la R\u00e9volution sovi\u00e9tique d\u00e9barrass\u00e9 du masque de la propagande communiste et des oripeaux de la l\u00e9gende urbaine stalinienne, mais aussi des cris d\u2019orfraie de l\u2019Occident apeur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9sentation par l\u2019\u00e9diteur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Le Bonhomme L\u00e9nine<\/em>, paru en 1932, huit ans apr\u00e8s la mort du cr\u00e9ateur de l\u2019URSS, est la premi\u00e8re biographie critique du grand r\u00e9volutionnaire sovi\u00e9tique. Fruit d\u2019une enqu\u00eate minutieuse, cet ouvrage demeure une source majeure pour appr\u00e9hender la vie et la personnalit\u00e9 de L\u00e9nine (1870-1924).<\/p>\n\n\n\n<p>Malaparte d\u00e9construit, avant le mot, le mythe l\u00e9niniste. En seulement quelques ann\u00e9es, les autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques et la presse des pays capitalistes ont fait de L\u00e9nine un saint la\u00efque pour les uns, un Gengis Kahn prol\u00e9tarien pour les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Malaparte entend d\u00e9tromper tout le monde et retrouver le L\u00e9nine authentique&nbsp;: le strat\u00e8ge et le politicien, l\u2019homme et le partisan.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous admirons son intelligence strat\u00e9gique, nous d\u00e9plorons ses petitesses, nous le voyons dans la vie de tous les jours, passionn\u00e9 de musique, de balades \u00e0 bicyclette et de litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un style flamboyant, le grand \u00e9crivain italien nous fait vivre l\u2019\u00e9pop\u00e9e du \u201cpetit-bourgeois\u201d L\u00e9nine, de ses ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudiant sans le sou \u00e0 ses triomphes machiav\u00e9liques, de mutineries en prison, de congr\u00e8s en r\u00e9volution, jusqu\u2019au pouvoir supr\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage d\u2019une impeccable pr\u00e9cision historique retrace avec brio l\u2019une des p\u00e9riodes les plus marquantes de l\u2019histoire politique moderne.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en conservant un impitoyable regard critique, Malaparte rend son humanit\u00e9 \u00e0 L\u00e9nine, ainsi qu\u2019\u00e0 toute la galaxie des r\u00e9volutionnaires de son entourage, que l\u2019histoire officielle avait momifi\u00e9s dans le respect<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le tout, on s\u2019en doutait, r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 la sulfateuse\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Extrait (et portrait)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chez ce jeune homme de vingt-quatre ans <\/em>[\u2026]<em>, chez cette esp\u00e8ce d\u2019\u00e9tudiant qui avait l\u2019allure d\u2019un petit employ\u00e9, trapu et vo\u00fbt\u00e9, avec un vaste front jauni par la calvitie, un visage rid\u00e9 et sem\u00e9 de taches de rousseur, une barbe rousse embroussaill\u00e9e, chez ce jeune homme d\u00e9j\u00e0 vieux, aux mains courtes, blanches et grassouillettes qui semblaient, tandis qu\u2019il parlait, extraire les mots de ses poches et les modeler f\u00e9brilement, de leurs doigts d\u00e9soss\u00e9s, comme des boulettes de pain, personne n\u2019aurait pu voir le L\u00e9nine qu\u2019on a invent\u00e9 plus tard, ce r\u00e9volutionnaire hant\u00e9 par le souvenir du meurtre de son fr\u00e8re<\/em><a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a><em>, cet homme d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 l\u2019action et pr\u00eat \u00e0 payer de sa vie la libert\u00e9 du peuple.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un r\u00e9cit balzacien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00c9TRONE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong><em>Le Bonhomme L\u00e9nine <\/em><\/strong>par Curzio Malaparte, ouvrage traduit de l\u2019italien par Juliette Bertrand, Paris, \u00c9ditions Grasset, collection \u00ab&nbsp;Les Cahiers Rouges&nbsp;\u00bb, janvier&nbsp;2024 [1932], 297&nbsp;pp. en noir et blanc au format 12&nbsp;x&nbsp;19&nbsp;cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 10,50&nbsp;\u20ac (prix France)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Il prit ce pseudonymeapr\u00e8s avoir lu un pamphlet de 1869 intitul\u00e9 <em>I Malaparte e i Bonaparte<\/em>. Il disait, \u00e0 ce propos&nbsp;: \u00ab&nbsp;Napol\u00e9on s&rsquo;appelait Bonaparte, et il a mal fini&nbsp;; je m&rsquo;appelle Malaparte et je finirai bien&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Le 4<sup>e<\/sup> r\u00e9giment de marche du 1<sup>er<\/sup> \u00e9tranger, appel\u00e9 couramment \u00ab&nbsp;L\u00e9gion garibaldienne&nbsp;\u00bb, \u00e9tait une unit\u00e9 militaire fran\u00e7aise de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re qui existan de fa\u00e7on \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de 1914 \u00e0 1915. Ses membres \u00e9taient tous des Italiens, et lorsque leur pays entra en guerre contre l\u2019Empire austro-hongrois le 24&nbsp;mai 1915, ils poursuivirent le combat sur le front italien.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Kaputt<\/em> est un roman autobiographique dans lequel l&rsquo;auteur raconte son exp\u00e9rience de correspondant de guerre sur le front de l&rsquo;Est durant la Seconde Guerre mondiale. Son r\u00e9cit constitue un t\u00e9moignage de guerre cruel et parfois morbide.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>La Peau<\/em> est un roman autobiographique qui traite de l&rsquo;Italie, et en particulier de la ville de Naples, pendant les combats de la Seconde Guerre mondiale et \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;\u00e9ruption du V\u00e9suve en 1944.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Curzio_Malaparte<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> https:\/\/www.grasset.fr\/livre\/le-bonhomme-lenine-9782246837183\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Malaparte soutient que ce n\u2019\u00e9tait nullement le cas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par P\u00e9trone.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[77,51,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23842"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23842"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23842\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23847,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23842\/revisions\/23847"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23842"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23842"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23842"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}