{"id":3816,"date":"2011-06-20T19:39:54","date_gmt":"2011-06-20T17:39:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=3816"},"modified":"2011-06-21T19:20:37","modified_gmt":"2011-06-21T17:20:37","slug":"la-musique-au-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=3816","title":{"rendered":"La musique au pas"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Scandale-musical-\u00e0-Moscou.gif\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3817  aligncenter\" title=\"Scandale musical \u00e0 Moscou\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Scandale-musical-\u00e0-Moscou.gif\" alt=\"\" width=\"226\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Scandale-musical-\u00e0-Moscou.gif 226w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Scandale-musical-\u00e0-Moscou-193x300.gif 193w\" sizes=\"(max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de chroniquer ici un ouvrage passionnant de Nicolas Werth \u00e0 propos des massacres de masse perp\u00e9tr\u00e9s par les hommes de Staline dans les ann\u00e9es 1930 <a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Cette fois-ci, ce sp\u00e9cialiste de l\u2019URSS nous livre aux \u00e9ditions Tallandier \u00e0 Paris, avec <strong><em>Scandale musical \u00e0 Moscou, 1948<\/em><\/strong>, la pr\u00e9sentation et la traduction d\u2019un fort bel opus \u00e9crit par son a\u00efeul \u00e0 la fin des ann\u00e9es\u00a01940. Alexander Werth, puisque c\u2019est de lui qu\u2019il s\u2019agit, \u00e9tait un journaliste d\u2019origine russe, ayant fui le pays peu apr\u00e8s la  R\u00e9volution d\u2019Octobre pour s\u2019installer au Royaume-Uni. Durant la Seconde Guerre mondiale, il fut l\u2019un des seuls correspondants occidentaux \u00e0 couvrir le conflit en Union Sovi\u00e9tique, vivant notamment le si\u00e8ge de Leningrad dont il livra un t\u00e9moignage sid\u00e9rant. Apr\u00e8s la \u00ab\u00a0Grande Guerre Patriotique\u00a0\u00bb, Werth resta en poste \u00e0 Moscou o\u00f9, bien introduit aupr\u00e8s de la <em>nomenklatura<\/em>, il fut un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 des derni\u00e8res ann\u00e9es du r\u00e9gime stalinien, et notamment de sa politique en mati\u00e8re culturelle sur laquelle il s\u2019arr\u00eate dans le pr\u00e9sent ouvrage.<\/p>\n<p>En ces ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre, aucun domaine de la vie culturelle et artistique sovi\u00e9tique n\u2019\u00e9chappait en effet \u00e0 la censure du Parti, qui surveillait et punissait ceux qui avaient l\u2019audace de s\u2019\u00e9carter du <em>R\u00e9alisme Socialiste<\/em>. Apr\u00e8s la peinture, le cin\u00e9ma et la litt\u00e9rature, ce fut au tour de la musique, pourtant art immat\u00e9riel par excellence, d\u2019\u00eatre touch\u00e9e par cette mise au ban dirig\u00e9e depuis 1946 par le camarade Andre\u00ef Alexandrovitch Jdanov.<\/p>\n<p>Dans sa chronique des \u00e9v\u00e9nements, l\u2019auteur s\u2019attache \u00e0 d\u00e9monter les m\u00e9canismes qui ont pr\u00e9cipit\u00e9 la chute des \u00ab\u00a0Quatre grands\u00a0\u00bb de la symphonie sovi\u00e9tique\u00a0: Prokofiev, Chostakovitch, Miaskovsky et Khatchatourian. Consid\u00e9r\u00e9s jusque-l\u00e0, tant en URSS qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger, comme des noms majeurs de la musique contemporaine en raison de leurs innovations stylistiques, ces compositeurs devinrent presque du jour au lendemain infr\u00e9quentables car tax\u00e9s de \u00ab\u00a0formalisme\u00a0\u00bb par les instances du Parti. C\u2019est en effet au cours de la Conf\u00e9rence des Musiciens, tenue durant trois jours de janvier\u00a01948 \u00e0 Moscou sous la direction de Jdanov lui-m\u00eame, que la partie se joua contre les Quatre, et que le pi\u00e8ge se referma sur eux. S\u2019\u00e9tant procur\u00e9 le compte-rendu de cette r\u00e9union, Werth en livre une version critiqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Initi\u00e9e apr\u00e8s la repr\u00e9sentation au Bolcho\u00ef, \u00e0 la fin de 1947, de l\u2019op\u00e9ra <em>La Grande<\/em><em> Amiti\u00e9<\/em> de Vano Mouradeli, \u2013 cependant compositeur de troisi\u00e8me ordre \u2013 qui ne plut ni \u00e0 Staline, ni \u00e0 Jdanov, cette r\u00e9union vit d\u00e9filer musiciens, directeurs de conservatoires, critiques musicaux, d\u00e9clarant que la musique sovi\u00e9tique \u00e9tait malade d\u2019influences bourgeoises n\u00e9fastes qui la d\u00e9tournaient de la voie de la R\u00e9volution. Si Mouradeli se fit cracher dessus et dut reconna\u00eetre \u00ab\u00a0ses erreurs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0remercier le Parti de lui avoir ouvert les yeux\u00a0\u00bb, le tir de barrage se dirigea tr\u00e8s vite vers les Quatre grands. C\u2019est alors un cocktail empoisonn\u00e9 de jalousie et d\u2019ambitions personnelles pour les uns, m\u00eal\u00e9 \u00e0 la peur de d\u00e9plaire pour d\u2019autres, qui fit dire \u00e0 ceux-l\u00e0 m\u00eame qui les avaient port\u00e9s en triomphe que ces quatre compositeurs \u00e9taient des musiciens anti-socialistes qui s\u2019\u00e9taient laiss\u00e9 berner par la musique d\u00e9cadente occidentale, pour ne s\u2019adresser qu\u2019\u00e0 un public \u00ab\u00a0esth\u00e8te\u00a0\u00bb et non plus au peuple.<\/p>\n<p>Au cours de cette r\u00e9union, on d\u00e9tailla d\u00e8s lors par le menu la notion somme toute tr\u00e8s sovi\u00e9tique de \u00ab\u00a0formalisme\u00a0\u00bb dans lequel s\u2019\u00e9tait laiss\u00e9e enfermer la musique sovi\u00e9tique par leur faute, et on pr\u00e9conisa d\u2019en revenir aux grandes symphonies de Tcha\u00efkovski ou de mieux s\u2019inspirer des airs populaires de tous les peuples de l\u2019URSS. Il s\u2019agira d\u00e8s lors d\u2019abandonner toute innovation en mati\u00e8re musicale, consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0reflet du marasme de la culture bourgeoise occidentale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble des dispositions prises fut consign\u00e9 dans un d\u00e9cret publi\u00e9 en f\u00e9vrier\u00a01948 et bient\u00f4t reproduit en une de la <em>Pravda<\/em>. Suite \u00e0 sa parution, on peut dire qu\u2019au final, ce sont les fourbes qui ont gagn\u00e9. C\u2019est ainsi que Khrennikov, Zhakarov et Choulaki, des compositeurs m\u00e9diocres d\u2019hymnes populaires qui mirent un z\u00e8le particulier \u00e0 critiquer cette musique \u00ab\u00a0d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb, devinrent les nouveaux dirigeants de l\u2019Union des compositeurs, \u00e0 la place de\u2026 Chostakovitch et Khatchatourian. Les Quatre Grands, quant \u00e0 eux, durent faire amende honorable en admettant \u00ab\u00a0leurs fautes\u00a0\u00bb, sans jamais pouvoir reconqu\u00e9rir l\u2019aura qui aurait d\u00fb leur revenir.<\/p>\n<p><strong>EUTROPE<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Scandale musical \u00e0 Moscou, 1948<\/em><\/strong><strong> <\/strong>par Alexander Werth, traduit et pr\u00e9sent\u00e9 par Nicolas Werth, Paris, \u00c9ditions Tallandier, septembre\u00a02010, 183\u00a0pp. en noir et blanc au format 13\u00a0x\u00a020\u00a0cm sous couverture broch\u00e9e en quadrichromie, 15,90\u00a0\u20ac (prix France)<strong> <\/strong><\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Voir notre chronique sur <em>L\u2019ivrogne et la marchande de fleurs<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nicolas Werth, sp\u00e9cialiste de l\u2019URSS, dans \u00ab\u00a0Scandale musical \u00e0 Moscou, 1948\u00a0\u00bb, la pr\u00e9sentation et la traduction d\u2019un fort bel opus \u00e9crit par son a\u00efeul \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940. <\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[77,51,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3816"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3816"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3816\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3820,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3816\/revisions\/3820"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3816"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3816"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3816"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}