{"id":4828,"date":"2011-11-26T21:53:36","date_gmt":"2011-11-26T19:53:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=4828"},"modified":"2011-11-26T21:53:36","modified_gmt":"2011-11-26T19:53:36","slug":"une-oeuvre-a-la-dynamite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=4828","title":{"rendered":"Une \u0153uvre \u00e0 la dynamite !"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Retour-\u00e0-Killybegs.gif\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-4829  aligncenter\" title=\"Retour \u00e0 Killybegs\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Retour-\u00e0-Killybegs.gif\" alt=\"\" width=\"237\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Retour-\u00e0-Killybegs.gif 237w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Retour-\u00e0-Killybegs-203x300.gif 203w\" sizes=\"(max-width: 237px) 100vw, 237px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Fort justement couronn\u00e9 en 2011 par le grand prix du roman de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, le <strong><em>Retour \u00e0 Killybegs<\/em><\/strong> du journaliste Sorj Chalandon \u2013 apr\u00e8s \u00eatre longuement pass\u00e9 par <em>Lib\u00e9ration<\/em>, il collabore d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019excellent <em>Canard encha\u00een\u00e9<\/em> \u2013 paru aux \u00c9ditions Grasset \u00e0 Paris constitue une \u0153uvre litt\u00e9raire majeure, \u00e0 l\u2019instar du <em>Tr\u00eatre <\/em>de Vladimir Volkoff <a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> qui abordait une probl\u00e9matique similaire quoique trait\u00e9e diff\u00e9remment.<\/p>\n<p>Grand connaisseur des coups fourr\u00e9s de l\u2019histoire (ses reportages sur l\u2019Irlande du Nord et le proc\u00e8s Klaus Barbie lui ont valu le Prix Albert-Londres en 1988), Sorj Chalandon s\u2019est fond\u00e9 sur un double v\u00e9cu personnel, le sien propre et celui d\u2019un vieil ami, pour r\u00e9diger un texte \u00e9poustouflant de maestria litt\u00e9raire <a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> et psychologique.<\/p>\n<p>\u00c9coutons-le\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une nuit de d\u00e9cembre 2005, j\u2019ai \u00e9crit le mot <em>effroi<\/em> sur mon carnet. Le premier qui m\u2019est venu. Je l\u2019ai entour\u00e9 de dizaines de cercles noirs, jusqu\u2019\u00e0 ce que le papier c\u00e8de. Je venais d\u2019apprendre que Denis <a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, un ami irlandais, trahissait son pays depuis 20\u00a0ans. Et son combat, et sa famille, et tous ceux qu\u2019il avait serr\u00e9s dans ses bras. \u00ab\u00a0Effroi\u00a0\u00bb, ce fut le premier mot. Il a donn\u00e9 naissance \u00e0 <em>Mon tra\u00eetre<\/em>, publi\u00e9 chez Grasset en 2008.<\/p>\n<p>Ce livre \u00e9tait un roman. Un masque. J\u2019avais vieilli mon tra\u00eetre, chang\u00e9 son histoire. Je lui avais sculpt\u00e9 un autre visage, donn\u00e9 un autre regard que le sien. Et moi, je m\u2019\u00e9tais fait luthier. Pas journaliste. Surtout pas. Qu\u2019est-ce qu\u2019un journaliste pouvait bien faire dans une histoire d\u2019amour\u00a0? (\u2026), j\u2019ai ainsi racont\u00e9 l\u2019histoire de Tyrone l\u2019Irlandais.<\/p>\n<p>En secret aussi, j\u2019essayais de comprendre, d\u2019accepter, de ne pas cesser de l\u2019aimer. Avec la trahison, la confiance \u00e9tait pourtant morte, et aussi l\u2019amiti\u00e9, la dignit\u00e9 et tellement de certitudes. Quatre mois plus tard, Denis \u00e9tait assassin\u00e9. Alors j\u2019ai tu\u00e9 [mon] Tyrone \u00e0 sa suite.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la publication de <em>Mon Tra\u00eetre<\/em>, le tombeau est rest\u00e9 ouvert. J\u2019avais \u00e9crit Tyrone pour pleurer Denis mais soudain, les deux fant\u00f4mes me demandaient des comptes. Le vrai, abattu au fusil de chasse. L\u2019autre, \u00e0 peine masqu\u00e9 par mes mots. Je n\u2019avais pourtant pas condamn\u00e9 mon tra\u00eetre et Antoine n\u2019avait pas jug\u00e9 le sien. J\u2019avais essay\u00e9 de les \u00e9couter, de les regarder, de les comprendre. Mais cela n\u2019a pas suffit \u00e0 leur repos. Et je n\u2019\u00e9tais pas apais\u00e9.<\/p>\n<p>Quelque chose manquait \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie des adieux. (\u2026)<\/p>\n<p>Pour \u00e9crire <em>Retour \u00e0 Killybegs<\/em>, je me donc suis gliss\u00e9 deux ans dans la peau du tra\u00eetre. Il est le narrateur de ce roman. Il raconte son enfance mis\u00e9rable, les coups du p\u00e8re, les bombes allemandes, les balles anglaises, son amour de r\u00e9publique, la premi\u00e8re arme au creux de sa main, les humiliations, les privations, l\u2019extr\u00eame violence, ses jours et ses nuits de cachot. Il raconte sa trahison. Le pi\u00e8ge anglais referm\u00e9 sur sa gorge. L\u2019argent ennemi gliss\u00e9 dans sa poche. Sa crainte de mourir, sa terreur de vivre. Cette communaut\u00e9 qui \u00e9tait la sienne, ces amis devenus \u00e9trangers, cette fraternit\u00e9 qu\u2019il frappe dans le dos. Il raconte une vie sans sommeil, sans app\u00e9tit, sans go\u00fbt, sans couleur, sans plus rien. Il raconte sa femme, qui dort \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et ne se doute pas. Il raconte son fils si fier de lui. Il raconte sa terre devenue grise, son ciel pass\u00e9 au noir, la pluie qui ne le quitte plus. Il raconte son drapeau d\u00e9lav\u00e9, sa r\u00e9publique bless\u00e9e. Il raconte l\u2019Irlande brusquement hostile. Il raconte sa peur de tra\u00eetre, sa solitude de tra\u00eetre, son d\u00e9sarroi de tra\u00eetre. Et je l\u2019accompagne jusqu\u2019au bout de sa nuit.<\/p>\n<p>Dans <em>Mon tra\u00eetre<\/em>, je demandais au lecteur de partager la douleur du trahi. Dans <em>Retour \u00e0 Killybegs<\/em>, je lui offre de partager l\u2019effroi de la trahison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On ne saurait mieux dire\u2026<\/p>\n<p>Ni mieux faire\u00a0!<\/p>\n<p><strong>P\u00c9TRONE<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Retour \u00e0 Killybegs<\/em><\/strong> par Sorj Chalandon, Paris, \u00c9ditions Grasset, ao\u00fbt\u00a02011, 334\u00a0pp. en noir et blanc au format 14\u00a0x\u00a020,5\u00a0cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 20\u00a0\u20ac (prix France)<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Paru chez Julliard\/L&rsquo;\u00c2ge d&rsquo;Homme en 1983). Le pitch\u00a0: \u00ab\u00a0Le gouvernement totalitaire d&rsquo;un pays slave essaye depuis deux g\u00e9n\u00e9rations de d\u00e9truire la foi religieuse du peuple. Les brimades quotidiennes ne r\u00e9ussissent pas mieux que les pers\u00e9cutions les plus sanglantes. Un seul moyen\u00a0: introduire dans l&rsquo;\u00c9glise un agent qui deviendra un pr\u00eatre et qui la torpillera de l&rsquo;int\u00e9rieur. Le lieutenant Grigori, agent d&rsquo;un service qui ressemble au KGB, re\u00e7oit cette mission. Mais vingt ans de pr\u00eatrise transforment un homme. Et les imp\u00e9ratifs politiques ont chang\u00e9, eux aussi. Grigori, qui a accept\u00e9 sa mission par haine d&rsquo;un pr\u00eatre par la faute de qui sa m\u00e8re est morte, affrontera le martyre en essayant de ne rien br\u00fbler de ce qu&rsquo;il a ador\u00e9, m\u00eame s&rsquo;il adore ce qu&rsquo;il a br\u00fbl\u00e9\u00a0\u00bb. (<a href=\"http:\/\/www.laporterie.com\/p9419-tretre-par-vladimir-volkoff.htm\">http:\/\/www.laporterie.com\/p9419-tretre-par-vladimir-volkoff.htm<\/a>)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Nous insistons sur ce point\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Il s\u2019agit de Denis Donaldson (1950-2006), volontaire de l\u2019IRA et membre important du Sinn F\u00e9in, impliqu\u00e9 en 2002 dans l\u2019affaire du Stormontgate \u2013 des \u00e9coutes \u00e9taient op\u00e9r\u00e9es par les services de renseignement britanniques au sein des b\u00e2timents du parlement nord-irlandais. Il avait \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 par le MI5 ainsi que par la tristement c\u00e9l\u00e8bre <em>Special Branch<\/em> des services de police d\u2019Irlande du Nord et il fut d\u00e9nonc\u00e9 comme tra\u00eetre par Gerry Adams le 16\u00a0d\u00e9cembre\u00a02005 avant d\u2019\u00eatre assassin\u00e9 par une branche dissidente de l\u2019IRA le 4\u00a0avril\u00a02006.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fort justement couronn\u00e9 en 2011 par le grand prix du roman de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, le \u00ab\u00a0Retour \u00e0 Killybegs\u00a0\u00bb de Sorj Chalandon constitue une \u0153uvre litt\u00e9raire majeure, \u00e0 l\u2019instar du \u00ab\u00a0Tr\u00eatre\u00a0\u00bb de Vladimir Volkoff qui abordait une probl\u00e9matique similaire quoique trait\u00e9e diff\u00e9remment.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[51,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4828"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4828"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4828\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4831,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4828\/revisions\/4831"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4828"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4828"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4828"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}