{"id":7997,"date":"2014-04-15T09:48:53","date_gmt":"2014-04-15T07:48:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=7997"},"modified":"2014-04-15T13:34:44","modified_gmt":"2014-04-15T11:34:44","slug":"quelques-pensees-reactionnaires-au-sujet-de-l%e2%80%99art-%c2%ab-contemporain-%c2%bb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=7997","title":{"rendered":"Quelques pens\u00e9es r\u00e9actionnaires au sujet de l\u2019art \u00ab contemporain \u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Art-contemporain-Cochon.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-7998  aligncenter\" title=\"Art-contemporain-Cochon\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Art-contemporain-Cochon.jpg\" alt=\"\" width=\"382\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Art-contemporain-Cochon.jpg 382w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Art-contemporain-Cochon-300x244.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 382px) 100vw, 382px\" \/><\/a><\/p>\n<p>L\u2019art qui se veut, se dit, se prof\u00e8re \u00ab\u00a0contemporain\u00a0\u00bb r\u00e9sonne comme une cymbale bruyante. Il condense la performance de la tautologie qui n\u2019est le symbole de rien d\u2019autre que de sa propre vacuit\u00e9. Suffisance de l\u2019insuffisance. Fatuit\u00e9 du d\u00e9risoire qui n\u2019a rien \u00e0 craindre puisque rien ne peut le secouer. Il a tout juste l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019auto-d\u00e9signation qui est la mani\u00e8re pour le n\u00e9ant de remuer et ne pas c\u00e9der compl\u00e8tement au vertige. Pr\u00e9sent fabriqu\u00e9 sans effort, dans la d\u00e9rision, \u00e0 partir de soi et en vue de soi. Sursaut instantan\u00e9 devant son propre vide. Mais sursaut sans conviction, juste pour la pause. Clin d\u2019\u0153il de l\u2019autofiction o\u00f9 le vertige fait retour dans un ravissement narcissique. Auto-proclamation de l\u2019artiste. Et qui viendra le contredire quand citer les r\u00e9f\u00e9rences de style canonique n\u2019est plus d\u2019usage\u00a0?<\/p>\n<p>La chose que le non-art contemporain nous pr\u00e9sente comme une r\u00e9flexion sur l\u2019art n\u2019est que le recul de soi, en un regard amus\u00e9, devant le gouffre de sa b\u00eatise. Mais regard amus\u00e9 que nous ne pouvons pas prendre autrement qu\u2019au s\u00e9rieux\u00a0: on ne rigole pas avec le non-art contemporain, il est difficile de s\u2019en distraire. Non pas encore une fois par peur de d\u00e9ranger quelque susceptibilit\u00e9, mais parce que la laideur n\u2019a jamais provoqu\u00e9 la joie. Qui plus est lorsque la laideur s\u2019impose un peu partout jusqu\u2019\u00e0 devenir insignifiante. L\u2019insignifiance, elle aussi, ne provoque pas la joie. En somme, la paraphrase du \u00ab\u00a0non-art contemporain\u00a0\u00bb pourrait \u00eatre\u00a0: \u00ab\u00a0rictus de l\u2019\u00e9poque subventionn\u00e9 par l\u2019\u00e9poque\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nous voil\u00e0 m\u00eal\u00e9s \u00e0 un terrible paradoxe\u00a0: \u00eatre contraints de prendre au s\u00e9rieux une insignifiance inattaquable puisqu\u2019elle appara\u00eet comme une r\u00e9bellion institutionnalis\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est que le \u00ab nanart \u00bb contemporain constitue le produit d\u2019une d\u00e9mocratisation oubliant que tout ne ressortit pas au politique. Si l\u2019art peut servir les fantasmes d\u2019un r\u00e9gime totalitaire, d\u00e9mocratis\u00e9, il choit en une pens\u00e9e unique, laquelle n\u2019est jamais que le revers du relativisme qui \u00e9choit \u00e0 toute d\u00e9mocratie quand elle ne veut pas d\u2019histoire, mais pr\u00e9f\u00e8re l\u2019\u00e9talement ou l\u2019\u00e9talage ind\u00e9fini du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Le \u00ab nanart \u00bb contemporain qui se veut tout entier r\u00e9volutionnaire \u2014 dans une d\u00e9n\u00e9gation de l\u2019histoire qui n\u2019aurait de sens qu\u2019\u00e0 \u00e9clater en une pareille r\u00e9volution \u2014 proc\u00e8de d\u2019une dissociation absurde et mortif\u00e8re\u00a0: soustraire l\u2019art \u00e0 la beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Pour la tradition, l\u2019art a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019art du beau. Et qu\u2019est-ce que la beaut\u00e9 sinon l\u2019harmonisation des formes\u00a0? Toute beaut\u00e9 est beaut\u00e9 plastique parce qu\u2019elle rayonne d\u2019une mobilisation des formes. Comme mise en forme, la beaut\u00e9 participe d\u2019un seul geste \u00e0 la clart\u00e9. Mais clart\u00e9 en surimpression\u00a0: l\u2019art fait voir la lumi\u00e8re. Il y a donc dans la beaut\u00e9 un je ne sais quoi qui nous \u00e9l\u00e8ve, nous ravit dans l\u2019humilit\u00e9. Quelque chose de rare ou d\u2019aristocratique. Pensons \u00e0 l\u2019iconographie orthodoxe qui transfigure la vue en vision de Dieu, dans la contemplation du Royaume qui vient \u00e0 la surface de l\u2019\u0153uvre. La laideur est ainsi \u00e0 la port\u00e9e de tous, rel\u00e8ve de l\u2019informe, de la confusion, de la viscosit\u00e9 et des t\u00e9n\u00e8bres. Le charme de l\u2019ange d\u00e9chu sent le soufre\u00a0: comme dans un film de s\u00e9rie B, la mue le transforme en larve.<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 l\u2019art se distingue en y mettant les formes, en formant un imaginaire qui donne au go\u00fbt l\u2019acc\u00e8s aux bonnes choses d\u00e9faites de leur insipide \u00e9vidence, le \u00ab nanart \u00bb contemporain recherche sans effort, \u00e0 travers la d\u00e9composition ou la d\u00e9construction, la neutralisation du d\u00e9go\u00fbt. L\u2019indiff\u00e9rence cherche ici \u00e0 se contenter d\u2019elle-m\u00eame. Certes, du romantisme \u00e0 l\u2019expressionnisme et l\u2019abstraction, l\u2019artiste cherche \u00e0 d\u00e9figurer les formes, mais ce sont bien de vives \u00e9motions qui percent dans l\u2019explosion des formes. L\u2019expressionnisme abstrait ne r\u00e9alise plus que ces lignes de force qui expriment l\u2019intensit\u00e9 habituellement imperceptible de la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>L\u2019art a beau vouloir se r\u00e9former, sa d\u00e9finition demeure somme toute classique. La forme doit exprimer le fond, les profondeurs venir \u00e0 la surface des choses, effleurer les apparences. Admirer un portrait de Memling, c\u2019est \u00eatre touch\u00e9 par un regard.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9finition, le \u00ab nanart \u00bb contemporain l\u2019ignore \u00e0 la mani\u00e8re de tous ces \u00e9l\u00e8ves \u00e0 qui l\u2019on enjoint, dans nos acad\u00e9mies, de cr\u00e9er avant de savoir imiter. Si plus personne aujourd\u2019hui n\u2019est capable d\u2019\u0153uvrer comme les Anciens, ce n\u2019est pas faute de g\u00e9nie, mais faute de savoir-faire ou de technique. (Le comble dans une soci\u00e9t\u00e9 hyper-moderne.) Ou plut\u00f4t :\u00a0le g\u00e9nie, s\u2019il doit avoir lieu, passe par la patience de l\u2019apprentissage. Il passe par la reconnaissance des Ma\u00eetres qui \u00e9veillent le possible \u00e0 soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution du \u00ab nanart \u00bb contemporain, quant \u00e0 elle, coupe la t\u00eate des Ma\u00eetres sans leur offrir de s\u00e9pultures. La nullit\u00e9 r\u00e9p\u00e9titive du \u00ab nanart \u00bb contemporain r\u00e9side ainsi dans une spectrophagie, ravie de mettre en sc\u00e8ne inlassablement les illusions dont elle se nourrit. Mais si le \u00ab nanart \u00bb contemporain vise les Ma\u00eetres, ne les reconna\u00eet-il pas encore d\u2019une certaine fa\u00e7on\u00a0? Sauf que le sarcasme se compla\u00eet dans la mauvaise foi\u00a0: la grandeur, pour lui, n\u2019est faite que pour \u00eatre rabaiss\u00e9e et le spectre ou les signes de grandeur d\u00e9chue ne sont pour lui \u00e9galement que mati\u00e8re \u00e0 sarcasme. En outre, l\u2019humiliation\u00a0 emporte dans sa chute la t\u00eate de tous ceux que les Ma\u00eetres auraient pu \u00e9lever. Tout le monde se retrouve dans le m\u00eame panier. Un panier sans fond o\u00f9 les regards vides ne s\u2019accrochent plus qu\u2019\u00e0 l\u2019embl\u00e8me de leur propre d\u00e9faite qu\u2019exhibe le rictus de nos performeurs qui dansent en rond. Cercle d\u2019une r\u00e9volution qui ne change pas de disque.<\/p>\n<p>Si donc, au pr\u00e9texte fallacieux que toute composition peut et, par cons\u00e9quent, <em>doit<\/em> \u00eatre d\u00e9compos\u00e9e, il n\u2019y a plus de forme, il n\u2019y a plus de fond non plus. Et quand on se refuse \u00e0 mettre les formes, s\u2019instaure le r\u00e8gne de la vulgarit\u00e9. C\u2019est ainsi que de la merde (litt\u00e9ralement) en bo\u00eete peut constituer aujourd\u2019hui un objet d\u2019\u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb convoit\u00e9 par des collectionneurs \u2014 fabriquant des collections o\u00f9 ne se retrace aucune histoire, mais o\u00f9 le \u00ab nanart \u00bb contemporain s\u2019amuse \u00e0 se ramasser.<\/p>\n<p>Mais comment exhiber l\u2019insignifiance\u00a0? Comment la banalit\u00e9 pourrait-elle se d\u00e9tacher d\u2019elle-m\u00eame\u00a0? En parasitant un contexte comme un cheveu sur la soupe ou un chien dans un jeu de quilles. Le seul effort que n\u00e9cessite le \u00ab nanart \u00bb contemporain consiste \u00e0 devoir installer quoi que ce soit hors de son contexte, en lui apposant la griffe de l\u2019ironie ou du cynisme comme label de notre contemporan\u00e9it\u00e9. Une contemporan\u00e9it\u00e9 qui se croit maligne non plus de d\u00e9noncer le caract\u00e8re illusoire du spectacle, mais en s\u2019engageant sans illusion dans l\u2019illusoire.<\/p>\n<p>Face \u00e0 un regard amus\u00e9 sur sa propre b\u00eatise et install\u00e9 \u00e0 l\u2019abri de toute critique puisque cette fausse subversion est largement subventionn\u00e9e, que penser\u00a0? Il laisse le public pantois. Dans ce silence embrouill\u00e9, l\u2019arrogance de l\u2019\u00ab\u00a0artiste\u00a0\u00bb y verra toutefois la participation active du public venant actualiser la part r\u00e9flexive de son \u0153uvre \u00ab\u00a0conceptuelle\u00a0\u00bb. Le concept laisserait songeur en nous renvoyant \u00e0 l\u2019ironie de la situation.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le \u00ab nanart \u00bb conceptuel constitue un dispositif de mots creux o\u00f9 se redouble l\u2019air du temps. La mort des Ma\u00eetres, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e de son deuil, n\u2019accouche que d\u2019interminables enfantillages.<\/p>\n<p><strong>CATON L&rsquo;ANCIEN<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019art qui se veut, se dit, se prof\u00e8re \u00ab contemporain \u00bb r\u00e9sonne comme une cymbale bruyante. 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