{"id":9343,"date":"2015-01-18T18:56:28","date_gmt":"2015-01-18T16:56:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=9343"},"modified":"2015-01-18T18:56:28","modified_gmt":"2015-01-18T16:56:28","slug":"deux-visages-du-neo-fascisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=9343","title":{"rendered":"Deux visages du n\u00e9o-fascisme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Peron-qui-suis-je.gif\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-9345  aligncenter\" title=\"Peron qui suis-je\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Peron-qui-suis-je.gif\" alt=\"\" width=\"232\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Peron-qui-suis-je.gif 232w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Peron-qui-suis-je-198x300.gif 198w\" sizes=\"(max-width: 232px) 100vw, 232px\" \/><\/a><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9, en Occident, les partis politiques d\u2019extr\u00eame droite gagnent sans cesse du terrain au sein des masses populaires \u2013 la nature ayant, c\u2019est bien connu, horreur du vide et la crise \u00e9conomique aidant, cette famille de pens\u00e9e, tout comme ailleurs l\u2019islamisme radical, a aujourd\u2019hui pris chez nous la place du communisme moribond en brandissant d\u2019autres espoirs et en couvrant d\u2019opprobres les m\u00eames ennemis (les \u00c9tats-Unis, le capitalisme\u2026) ainsi que de nouveaux (les immigr\u00e9s, l\u2019Union europ\u00e9enne\u2026) \u2013, il n\u2019est peut-\u00eatre pas sans int\u00e9r\u00eat, pour mieux comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne, de se pencher sur son histoire prot\u00e9iforme.<\/p>\n<p>Car il n\u2019y a pas une extr\u00eame droite, mais de tr\u00e8s nombreuses chapelles profond\u00e9ment divis\u00e9es (\u00e0 l\u2019instar de ce qui se passe chez les marxistes et les \u00e9cologistes, o\u00f9 \u00ab\u00a0deux personnes = trois opinions\u00a0\u00bb\u2026), que seul un leader \u2013 par ailleurs largement contest\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur \u2013 peut \u00e9ventuellement f\u00e9d\u00e9rer temporairement sur un programme de circonstance.<\/p>\n<p>Ce fut le cas pour le justicialisme p\u00e9roniste en Argentine au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et c\u2019est le cas actuellement pour le Front national en France sous la houlette des Le Pen p\u00e8re et fille.<\/p>\n<p>La confirmation nous en est apport\u00e9e par deux biographies parues \u00e0 Grez-sur-Loing aux \u00c9ditions Pard\u00e8s, <strong><em>Per\u00f3n Qui suis-je\u00a0? <\/em><\/strong>par Jean-Claude Rolinat et <strong><em>Brigneau Qui suis-je\u00a0? <\/em><\/strong>par Anne Le Pape, des ouvrages hagiographiques certes, mais qui jettent un \u00e9clairage cru sur certains des enjeux actuels.<\/p>\n<p>Admirateur de Franco et militaire comme lui, Juan Domingo Per\u00f3n (n\u00e9 en 1895) fut pr\u00e9sident de la nation argentine du 4\u00a0juin 1946 au 21\u00a0septembre 1955 et du 12\u00a0octobre 1973 \u00e0 sa mort le 1<sup>er<\/sup> juillet 1974, date \u00e0 laquelle lui succ\u00e9da sa troisi\u00e8me \u00e9pouse Isabel Mart\u00ednez de Per\u00f3n <a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Il avait auparavant \u00e9t\u00e9 secr\u00e9taire adjoint \u00e0 la Guerre, secr\u00e9taire au Travail et \u00e0 la Sant\u00e9 ainsi que vice-pr\u00e9sident et secr\u00e9taire \u00e0 la Guerre dans de pr\u00e9c\u00e9dents gouvernements militaires entre 1943 et 1945.<\/p>\n<p>Pour l\u2019histoire, son action politique est indissociable de l\u2019engagement de sa deuxi\u00e8me \u00e9pouse, Mar\u00eda Eva Duarte de Per\u00f3n (1919-1952). Surnomm\u00e9e Evita, celle-ci contribua \u00e0 l\u2019obtention du soutien des milieux ouvriers (les <em>descamisados<\/em> ou \u00ab\u00a0sans chemise\u00a0\u00bb) et des femmes envers le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Elle est morte d&rsquo;un cancer de l&rsquo;ut\u00e9rus en 1952 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 33\u00a0ans, ce qui en fit un mythe <a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Per\u00f3n avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu en 1951, mais il fut renvers\u00e9 par un coup d&rsquo;\u00c9tat militaire en 1955, qui entra\u00eena une longue errance de l\u2019ex-dictateur au Paraguay, au Venezuela, au Panama, en R\u00e9publique dominicaine et \u00e0 Madrid.<\/p>\n<p>Son retour au pouvoir en 1973, pour bref qu\u2019il f\u00fbt, se caract\u00e9risa par de fortes dissensions entre ses partisans de gauche et de droite qui firent couler le sang (par exemple au cours du massacre d&rsquo;Ezeiza, quand l&rsquo;extr\u00eame droite p\u00e9roniste tira sur la foule r\u00e9unie pour accueillir le caudillo \u00e0 son retour au pays).<\/p>\n<p>Occultant ces divergences, Jean-Claude Rolinat, fervent admirateur de Per\u00f3n, revient longuement sur ce qui fit le succ\u00e8s momentan\u00e9 de sa politique et sur la fa\u00e7on dont il fut b\u00e2ti. C\u2019est l\u00e0, \u00e0 notre avis, que r\u00e9side l\u2019int\u00e9r\u00eat de son ouvrage, qui montre aussi en quoi Carlos Menem, Eduardo Duhalde et les \u00e9poux Kirchner, successeurs \u00ab\u00a0d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb du dictateur \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Argentine, s\u2019inscrivent dans le prolongement de son action.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Brigneau-Qui-suis-je.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-9344  aligncenter\" title=\"Brigneau- Qui suis-je\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Brigneau-Qui-suis-je.jpg\" alt=\"\" width=\"228\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Brigneau-Qui-suis-je.jpg 228w, https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Brigneau-Qui-suis-je-195x300.jpg 195w\" sizes=\"(max-width: 228px) 100vw, 228px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Tout autre appara\u00eet la personnalit\u00e9 du publiciste fran\u00e7ais Fran\u00e7ois Brigneau (de son vrai nom Emmanuel Allot, 1919-2012), duquel sa cons\u0153ur frontiste Anne Le Pape a r\u00e9dig\u00e9 la biographie avec une admiration sans bornes (elle qualifie par exemple d\u2019entr\u00e9e dans la \u00ab\u00a0grande presse\u00a0\u00bb l\u2019arriv\u00e9e de Brigneau au sein de la r\u00e9daction de <em>France Dimanche<\/em> en 1948\u2026)<\/p>\n<p>Membre du RNP (Rassemblement national populaire) de Marcel D\u00e9at, entr\u00e9 dans la Milice de Darnand le 6\u00a0juin 1944, emprisonn\u00e9 durant 15 mois \u00e0 Fresnes entre octobre 1944 et d\u00e9cembre 1945, acquitt\u00e9 \u00e0 cette date pour les accusations les plus graves, mais frapp\u00e9 de dix ans d\u2019indignit\u00e9 nationale, notre homme, \u00ab\u00a0qui se d\u00e9finissait comme Fran\u00e7ais de souche bretonne et dont la plume valait une \u00e9p\u00e9e, a obstin\u00e9ment et fid\u00e8lement choisi \u201cle mauvais camp\u201d, celui de la \u201cFrance fran\u00e7aise\u201d, selon sa propre expression\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019expression \u00ab\u00a0dont la plume valait une \u00e9p\u00e9e\u00a0\u00bb employ\u00e9e par Anne Le Pape est on ne peut plus juste. Car Brigneau usait d\u2019une langue qui n\u2019\u00e9tait pas de bois, avait l\u2019humour ravageur, la formule qui fait mouche et le ton assassin qui lui permettaient de mettre r\u00e9guli\u00e8rement les rieurs dans sa poche.<\/p>\n<p>Son style flamboyant fut d\u2019ailleurs appr\u00e9ci\u00e9 par bien du monde (l\u2019auteure cite en vrac Louis-Ferdinand C\u00e9line, Robert Brasillach, mais aussi Fr\u00e9d\u00e9ric Dard, Jean Gabin, Marcel Pagnol, Arletty, Alphonse Boudard ainsi que, pour la presse, Hubert Beuve-M\u00e9ry et Pierre Lazareff) et ses articles innombrables <a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> \u2013 notamment dans <em>Paroles fran\u00e7aises<\/em> dirig\u00e9 par Pierre Boutang, dans <em>L\u2019Ind\u00e9pendance fran\u00e7aise<\/em>, dans <em>Ici-France<\/em>, dans <em>La Derni\u00e8re Lanterne<\/em>, dans <em>France Dimanche<\/em>, dans <em>Rivarol <\/em>(dont il fut r\u00e9dacteur en chef adjoint), dans <em>Semaine du Monde<\/em>, dans <em>Paris-Presse<\/em>, dans <em>Cin\u00e9monde<\/em>, dans <em>T\u00e9l\u00e9 Magazine<\/em> (1957-1975), dans <em>L\u2019Aurore<\/em> (entre 1962 et 1964), dans <em>Minute<\/em> (de 1964 \u00e0 1987), dans <em>Itin\u00e9raires<\/em> (1978-1986), dans <em>Pr\u00e9sent<\/em> (qu\u2019il cofonda avec Jean Madiran en 1982 <a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> et qu\u2019il quitta en 1986), dans <em>Le Choc du mois<\/em> (de 1987 \u00e0 1991, o\u00f9 il croisa sa biographe), dans <em>National-Hebdo<\/em> (1987-1998), dans <em>L\u2019Anti-89<\/em> ou encore dans le <em>Libre Journal<\/em> de Serge de Beketch \u2013 avaient un retentissement certain, allant bien au-del\u00e0 du lectorat de l\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Il fut aussi \u00ab\u00a0n\u00e8gre\u00a0\u00bb, \u00e9diteur et \u00e9crivain, et obtint en 1954 le Grand prix de litt\u00e9rature polici\u00e8re pour <em>La Beaut\u00e9 qui meurt<\/em>.<\/p>\n<p>Deux remarques, pour conclure\u00a0: Brigneau, en d\u00e9pit de son talent, tira presque toujours le diable par la queue, signe que son engagement politique \u00e9tait profond\u2013 ce qui ne veut pas dire juste, bien entendu\u2026 \u2013, comme le montre d\u2019ailleurs aussi son nomadisme journalistique, souvent cons\u00e9cutif de brouilles avec ses \u00ab\u00a0camarades\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il est vrai qu\u2019avec ce r\u00e9publicain plus ou moins maurrassien, cet ath\u00e9e proche de Mgr Lefebvre, ce fils fasciste et anti-1989 d\u2019un instituteur socialiste r\u00e9volutionnaire, cet ultra-conservateur balayant tout sur son passage, avec ce seul homme donc, on avait au moins mille opinions divergentes dans sa propre famille politique\u00a0!<\/p>\n<p><strong>P\u00c9TRONE<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Per\u00f3n Qui suis-je\u00a0? <\/em><\/strong>par Jean-Claude Rolinat, Grez-sur-Loing, \u00c9ditions Pard\u00e8s, collection \u00ab\u00a0Qui suis-je\u00a0?\u00a0\u00bb, d\u00e9cembre 2013, 128\u00a0pp. en noir et blanc au format 14\u00a0x\u00a021\u00a0cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 12\u00a0\u20ac (prix France)<\/p>\n<p><strong><em>Brigneau Qui suis-je\u00a0? <\/em><\/strong>par Anne Le Pape, Grez-sur-Loing, \u00c9ditions Pard\u00e8s, collection \u00ab\u00a0Qui suis-je\u00a0?\u00a0\u00bb, septembre 2014, 128\u00a0pp. en noir et blanc au format 14\u00a0x\u00a021\u00a0cm sous couverture broch\u00e9e en couleurs, 12\u00a0\u20ac (prix France)<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Elle fut d\u00e9pos\u00e9e le 24\u00a0mars 1976 par une junte militaire sous la direction du g\u00e9n\u00e9ral putschiste Jorge Rafael Videla.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Au point qu\u2019on lui consacra en 1976 \u00e0 Broadway une com\u00e9die musicale, <em>Evita<\/em>, qui donna lieu en 1996 \u00e0 un film \u00e9ponyme dont le r\u00f4le-titre fut tenu par Madonna sur un sc\u00e9nario r\u00e9dig\u00e9 par\u2026 Oliver Stone.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Parfois sign\u00e9s du pseudonyme de Julien Guernec, de Mathilde Cruz ou de Caroline Jones.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Ils y constitu\u00e8rent le pendant du duo L\u00e9on Daudet-Charles Maurras dans les colonnes de l\u2019<em>Action fran\u00e7aise <\/em>d\u2019avant-guerre, l\u2019un bretteur rigolard, l\u2019autre penseur dogmatique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9, en Occident, les partis politiques d\u2019extr\u00eame droite gagnent sans cesse du terrain au sein des masses populaires, il n\u2019est peut-\u00eatre pas sans int\u00e9r\u00eat, pour mieux comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne, de se pencher sur son histoire prot\u00e9iforme.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[77,11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9343"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9343"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9343\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9346,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9343\/revisions\/9346"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9343"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9343"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.satiricon.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9343"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}