{"id":9366,"date":"2015-01-21T17:18:14","date_gmt":"2015-01-21T15:18:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.satiricon.be\/?p=9366"},"modified":"2015-01-21T17:18:24","modified_gmt":"2015-01-21T15:18:24","slug":"la-tique-et-martin-heidegger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.satiricon.be\/?p=9366","title":{"rendered":"La tique et Martin Heidegger&#8230;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/La-tique.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-9367    aligncenter\" title=\"La tique\" src=\"https:\/\/www.satiricon.be\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/La-tique.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"153\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>La tique comme enrayement de la machine anthropologique. Une lecture critique de <em>L\u2019ouvert <\/em><\/strong><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn1\"><strong><sup>[1]<\/sup><\/strong><\/a><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Alors que les r\u00e9flexions philosophiques portant sp\u00e9cifiquement sur la question de l\u2019animalit\u00e9 prolif\u00e8rent depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es environ, le petit livre de Giorgio Agamben, <em>L\u2019ouvert, De l\u2019homme et de l\u2019animal<\/em>, paru en 2002, se retrouve lui-m\u00eame souvent cit\u00e9 dans ces travaux comme une sorte d\u2019ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re. Il s\u2019est ainsi impos\u00e9 imm\u00e9diatement. Si la prose agamb\u00e9nienne para\u00eet effectivement s\u00e9duisante, elle nous para\u00eet toutefois particuli\u00e8rement probl\u00e9matique.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/chigoe-flea.jpg\"><\/a><\/p>\n<p>C\u2019est ce que nous nous proposons de montrer ici en nous focalisant sur les passages qu\u2019Agamben consacre dans son ouvrage \u00e0 Heidegger. Or pour Agamben, c\u2019est une exp\u00e9rience men\u00e9e sur des tiques, ignor\u00e9e par Heidegger, qui viendrait r\u00e9troactivement l\u00e9zarder les solides r\u00e9flexions du philosophe de Fribourg sur l\u2019animalit\u00e9. La tique parasiterait l\u2019\u00e9mission de la conceptualit\u00e9 heidegg\u00e9rienne.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, nous allons alors retracer bri\u00e8vement le sens de la pens\u00e9e de Heidegger sur la question de l\u2019\u00eatre animal, et ce en regard des travaux de Jacob von Uexk\u00fcll. Heidegger en effet consid\u00e8re les travaux de l\u2019\u00e9thologue comme \u00ab\u00a0ce qu\u2019il y a de plus fructueux que la philosophie puisse s\u2019approprier dans la biologie aujourd\u2019hui dominante\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Dans un second temps, nous exposerons l\u2019essentiel de la d\u00e9construction agamb\u00e9nienne (\u00e0 ne pas confondre avec la d\u00e9construction au sens heidegg\u00e9rien) de la th\u00e8se heidegg\u00e9rienne sur l\u2019animalit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans un troisi\u00e8me temps, en guise de conclusion-critique, nous montrerons entre autres que la d\u00e9construction agamb\u00e9nienne par le biais du mode d\u2019\u00eatre de la tique consiste davantage en une <em>reconstruction<\/em> de la th\u00e8se heidegg\u00e9rienne (et du m\u00eame coup des travaux d&rsquo;Uexk\u00fcll), reconstruction qui n\u2019est donc l\u00e0 que pour mieux servir les pr\u00e9jug\u00e9s de l\u2019auteur. De la m\u00eame mani\u00e8re, le sujet qui devrait pr\u00e9occuper Agamben, l\u2019animal, n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 l\u00e0, comme pourraient l\u2019\u00eatre d\u2019autres sujets, que pour mieux servir sa volont\u00e9 de d\u00e9construction. Mais il est vrai qu\u2019il appartient au style postmoderne de n\u2019appr\u00e9hender du sujet qu\u2019un simulacre de sujet.<\/p>\n<p><strong>La radicalisation heidegg\u00e9rienne de l\u2019\u00e9thologie uexk\u00fcllienne<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est par l\u2019exemple de la tique soigneusement \u00e9tudi\u00e9e par Uexk\u00fcll \u00e0 l\u2019Institut de zoologie de Rostock que s\u2019ouvre <em>Mondes animaux et monde humain <\/em><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. L\u2019int\u00e9r\u00eat du biologiste pour cet animal vient de ce que son monde para\u00eet singuli\u00e8rement limit\u00e9. L\u2019exemple c\u00e9l\u00e8bre de la tique doit son caract\u00e8re embl\u00e9matique au fait que d\u2019une infinit\u00e9 de stimuli possibles dans l\u2019environnement, quelques-uns seulement constituent des excitations mobilisant notre animal. Une tique peut rester accroch\u00e9e \u00e0 une branche aussi longtemps que ne passe pas un animal au sang chaud. Lorsque le cas se pr\u00e9sente\u2026<\/p>\n<p>[il] se produit quelque chose d\u2019\u00e9tonnant\u00a0: de tous les effets d\u00e9gag\u00e9s par le corps du mammif\u00e8re, il n\u2019y en a que trois, et dans un certain ordre, qui deviennent des excitations. Dans le monde gigantesque qui entoure la tique, trois stimulants brillent comme des signaux lumineux dans les t\u00e9n\u00e8bres et lui servent de poteaux indicateurs qui la conduiront au but sans d\u00e9faillance. <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Percevant les \u00e9manations d\u2019acide butyrique des follicules s\u00e9bac\u00e9s du mammif\u00e8re, la tique se laisse tomber sur sa proie. Au contact des poils du mammif\u00e8re par lesquels le caract\u00e8re olfactif dispara\u00eet, elle se met \u00e0 explorer la peau de sa proie. Lorsqu\u2019une r\u00e9gion chaude, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9pourvue de poils, se fait sentir, l\u2019exploration s\u2019arr\u00eate au profit d\u2019une perforation. \u00c0 trois excitations \u2014 acide butyrique, poils, chaleur \u2014 r\u00e9pondent ainsi trois actions\u00a0: se laisser tomber, explorer, perforer.<\/p>\n<p>Sans doute, il s\u2019agit ici de trois r\u00e9flexes qui se commandent r\u00e9ciproquement et sont toujours d\u00e9clench\u00e9s par des effets objectivement constatables, physiques ou chimiques. Mais celui qui se contente de cette constatation et pense avoir r\u00e9solu le probl\u00e8me ne fait que prouver qu\u2019il n\u2019a pas vu le vrai probl\u00e8me. <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>L\u2019enjeu pour Uexk\u00fcll est en effet de prendre distance par rapport au m\u00e9canisme sans pour autant tomber dans le finalisme. Le m\u00e9canisme n\u2019explique rien\u00a0: dans un milieu physico-chimique o\u00f9 le nombre de <em>stimuli<\/em> est th\u00e9oriquement illimit\u00e9, on ne voit pas comment un organisme ne pourrait en retenir que quelques-uns s\u2019il n\u2019est que la r\u00e9action physico-chimique d\u2019un mouvement forc\u00e9. Faut-il alors affirmer que l\u2019organisme est d\u00e9termin\u00e9 par un besoin d\u2019adaptation, lequel suppose l\u2019imputation d\u2019une intention \u00e0 ce qui se fixe ainsi des objectifs et proc\u00e8de au pr\u00e9l\u00e8vement de la chose stimulante\u00a0? Mais les observations recueillies par Uexk\u00fcll viennent contredire une quelconque t\u00e9l\u00e9ologie des actions animales. La tique ne donne pas sens \u00e0 son objet dans le sens o\u00f9 le but poursuivi supposerait une distance minimale prise par le vivant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son environnement\u00a0: le caract\u00e8re perceptif et le caract\u00e8re actif constituent les deux p\u00f4les d\u2019un seul et m\u00eame mouvement, formant un <em>cercle fonctionnel<\/em> o\u00f9 l\u2019apparition des choses est \u00e9puis\u00e9e par leur sens utilitaire. \u00ab\u00a0Monde d\u2019action et de perception forment ensemble une totalit\u00e9 close, le <em>milieu<\/em>, le <em>monde v\u00e9cu<\/em>.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> De la m\u00eame mani\u00e8re, \u00ab\u00a0[c]\u2019est la signification qui est le fil directeur sur lequel la biologie doit se guider, et non la mis\u00e9rable r\u00e8gle de causalit\u00e9 qui ne peut voir plus loin qu\u2019un pas en avant ou un pas en arri\u00e8re, et reste aveugle aux grandes relations structurelles.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> La subjectivit\u00e9 animale est corr\u00e9lative d\u2019un monde qui lui est propre (<em>Umwelt<\/em>) c\u2019est-\u00e0-dire dont chaque image est porteuse d\u2019une signification parce qu\u2019elle constitue dans sa saillance un motif d\u2019action pour l\u2019organisme. Il n\u2019y a donc pas d\u2019objet neutre\u00a0dans un milieu vivant\u00a0: ce qu\u2019une tique per\u00e7oit comme stimulant est significatif pour elle dans la mesure o\u00f9 ce qui est per\u00e7u est charg\u00e9 d\u2019une connotation d\u2019activit\u00e9\u00a0; \u00ab\u00a0un animal ne peut entrer en relation avec un <em>objet comme tel<\/em>.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> La tique ne r\u00e9agit donc pas au mammif\u00e8re lui-m\u00eame, mais \u00e0 des signes d\u00e9clencheurs, dont la reproduction en laboratoire, en l\u2019absence d\u2019un animal \u00e0 sang chaud, peut s\u2019av\u00e9rer tout aussi efficace. Et si le monde de la tique se r\u00e9duit \u00e0 trois caract\u00e8res perceptifs, \u00ab\u00a0la pauvret\u00e9 du milieu conditionne la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019action, et la s\u00fbret\u00e9 est plus importante que la richesse.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Mais le principe de signification relevant originairement de la connotation demeure valable pour l\u2019homme\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la fois des instruments de perception et des instruments d\u2019action qui permettent \u00e0 chacun de nous, s\u2019il s\u2019entend \u00e0 les utiliser, d\u2019approfondir et d\u2019\u00e9largir son milieu. Mais il n\u2019est pas d\u2019instrument qui permette de sortir du milieu.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Sur le rapport de l\u2019animal avec son milieu, inspir\u00e9 par Uexk\u00fcll dont il loue la s\u00fbret\u00e9 des observations, Heidegger va s\u2019\u00e9tendre lors du cours de 1929-30 qu\u2019il dispensera \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Fribourg, intitul\u00e9 <em>Les concepts fondamentaux de la m\u00e9taphysique, Monde-Finitude-Solitude <\/em><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Pour Heidegger, ce n\u2019est pas en vertu de quelque excitabilit\u00e9 d\u2019un objet biologique que l\u2019organisme <em>est<\/em> <em>capable<\/em> de s\u2019ouvrir \u00e0 un environnement. Il convient de mettre en lumi\u00e8re une relation pr\u00e9alable entre ce qui est susceptible d\u2019exciter l\u2019organisme et l\u2019ouverture de celui-ci \u00e0 son environnement (<em>Umwelt<\/em>). Autrement dit, cette relation pr\u00e9alable doit avoir le caract\u00e8re de la \u00ab\u00a0pulsion\u00a0\u00bb si nous voulons comprendre comment quelque chose d\u2019environnemental peut \u00e9veiller le comportement. \u00c9tant entendu que la pulsion, prise en elle-m\u00eame, selon Heidegger, ne constitue pas une \u00ab\u00a0impulsion\u00a0\u00bb, mais est de prime abord <em>inhib\u00e9e<\/em> et a besoin d\u2019\u00eatre activ\u00e9e par un d\u00e9sinhibiteur. Mais si l\u2019inhibition explique l\u2019excitabilit\u00e9, celle-ci implique <em>en soi<\/em> la possibilit\u00e9 d\u2019une <em>d\u00e9sinhibition<\/em>. En r\u00e9alit\u00e9, la prise de comportement et ce sur quoi s\u2019ouvre le comportement\u00a0 \u00ab\u00a0forment un seul et m\u00eame cercle qui se parcourt lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> La pulsion, \u00e0 m\u00eame sa tension, anticipe sa d\u00e9sinhibition en ce que l\u2019\u00bb\u00a0autre\u00a0\u00bb ne touche l\u2019organisme qu\u2019\u00e0 titre de d\u00e9clencheur d\u2019un comportement sp\u00e9cialis\u00e9. \u00c0 travers la pulsion, l\u2019autre <em>r\u00e9pond<\/em> d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 au comportement qu\u2019il d\u00e9clenche. L\u2019environnement de l\u2019animal n\u2019est de la sorte constitu\u00e9 que de ce qui est pertinent pour lui.<\/p>\n<p>De m\u00eame que l\u2019organisme et son environnement entrent d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 en r\u00e9sonnance, \u00e0 un certain type de comportement r\u00e9pond dans une succession d\u00e9termin\u00e9e la d\u00e9sinhibition d\u2019un autre comportement. Et chaque trait de l\u2019environnement d\u2019\u00eatre si exclusivement mis au service de l\u2019organisme que sa mobilisation revient finalement \u00e0 <em>l\u2019\u00e9carter comme tel<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ne pas s\u2019ouvrir \u00e0 son alt\u00e9rit\u00e9 en tant qu\u2019une chose, dans l\u2019optique heidegg\u00e9rienne, n\u2019est pas une autre, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019autre et prend sens dans une situation d\u2019ensemble. D\u2019o\u00f9 la th\u00e8se qui sert de fil rouge \u00e0 l\u2019expos\u00e9 de Heidegger\u00a0: \u00ab\u00a0La pierre est sans monde, l\u2019animal pauvre en monde, l\u2019homme est le plasmateur du monde\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>. <em>Pris<\/em> par son comportement et par ce qui le d\u00e9clenche, l\u2019animal n\u2019a pas la possibilit\u00e9 \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire le temps \u2014 de percevoir \u00ab\u00a0en tant que tel\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0comme tel ou tel\u00a0\u00bb ce \u00e0 quoi il est port\u00e9. Selon Heidegger, l\u2019animal est priv\u00e9 de la prise de recul qui s\u2019offre en propre \u00e0 l\u2019homme et ouvre \u00e0 toute la richesse d\u2019un <em>monde<\/em> au large duquel la stricte capacit\u00e9 d\u2019exciter se voit suspendue, recul par lequel un <em>Umwelt<\/em> (dont le pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0<em>um<\/em> \u00bb exprime la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre l\u2019organisme et son milieu) qui ne fait jamais que succ\u00e9der \u00e0 un autre <em>Umwelt<\/em> \u2014 devient un <em>Welt<\/em>, <em>unique<\/em> et <em>d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0-l\u00e0<\/em>, ensemble signifiant de structures r\u00e9f\u00e9rentielles, au beau milieu duquel l\u2019homme se sent situ\u00e9. \u00ab\u00a0Si plantes et animaux sont priv\u00e9s de langage, \u00e9crit Heidegger, c\u2019est parce qu\u2019ils sont emprisonn\u00e9s chacun dans leur univers environnant, sans \u00eatre jamais librement situ\u00e9s dans l\u2019\u00e9claircie de l\u2019\u00catre.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Heidegger en le reprenant radicalise donc Uexk\u00fcll\u00a0: si le monde animal n\u2019est jamais compos\u00e9 d\u2019objets identifi\u00e9s <em>comme tels<\/em>, l\u2019esprit (humain) ne saurait \u00eatre accapar\u00e9 par les pulsions. Tandis qu\u2019Uexk\u00fcll situe la pauvret\u00e9 du monde de l\u2019organisme animal sur un plan essentiellement quantitatif, Heidegger reconduit la diff\u00e9rence entre l\u2019homme et l\u2019animal en une question ontologique. Mais alors, qu\u2019est-ce qui autorise l\u2019homme \u00e0 pouvoir parler de ce dont il est <em>absolument s\u00e9par\u00e9<\/em> ?<\/p>\n<p>Heidegger pose \u00e9videmment le probl\u00e8me du cercle de l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0: aussi loin pouvons-nous porter notre regard, il demeure notre regard ouvert par notre ouverture \u00e0 l\u2019\u00eatre et \u00e0 ce titre \u00e0 jamais ferm\u00e9 \u00e0 ce qui se tient \u00e0 jamais hors de l\u2019Ouvert dans l\u2019obscurit\u00e9 de l\u2019inconscience. \u00ab\u00a0C\u2019est ce qui le conduit n\u00e9cessairement, \u00e9crit Fran\u00e7oise Dastur, \u00e0 affirmer \u00ab\u00a0la th\u00e8se selon laquelle <em>l\u2019essence de la vie n\u2019est accessible qu\u2019au sens d\u2019une consid\u00e9ration d\u00e9constructive\u2026<\/em> \u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>. Il s\u2019agit de d\u00e9terminer l\u2019animalit\u00e9 en soustrayant l\u2019existentialit\u00e9 du regard humain. Une telle consid\u00e9ration ne doit pas \u00eatre comprise en un sens exclusivement privatif\u00a0: il ne s\u2019agit pas simplement pour le regard humain (comme le r\u00e9p\u00e8te aveugl\u00e9ment toute une tradition m\u00e9taphysique) de d\u00e9finir l\u2019animal comme ce dont celui-ci serait priv\u00e9. La privation ou l\u2019absence doit \u00eatre reconduite \u00e0 la r\u00e9sonnance de son activit\u00e9 comme \u00ab\u00a0absentement\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0ce n\u2019est pas seulement \u00eatre-absent, mais bien entr\u00e9e en pr\u00e9sence, \u00e0 savoir celle dans laquelle c\u2019est justement l\u2019absentement \u2014 et non ce qui est absent \u2014 qui se fait pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> Selon Dastur, l\u2019animalit\u00e9 s\u2019annoncerait ainsi en guise m\u00eame de la pr\u00e9sence impens\u00e9e de l\u2019impensable donnant au regard humain \u00e0 prendre conscience de sa <em>finitude<\/em>. Autrement dit, le cercle de l\u2019interpr\u00e9tation peut s\u2019av\u00e9rer vertueux lorsqu\u2019on s\u2019y engage \u00e0 tel point que l\u2019\u00e9preuve du caract\u00e8re in\u00e9vitable qu\u2019impose la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un d\u00e9tour, soit comprise comme acc\u00e8s \u00e0 l\u2019essence secr\u00e8te du vivant dont l\u2019inaccessibilit\u00e9 trace une fronti\u00e8re sur laquelle notre finitude peut <em>se r\u00e9fl\u00e9chir<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire se d\u00e9ployer comme compr\u00e9hension de soi d\u00e9faite de toute ma\u00eetrise et assum\u00e9e comme telle. \u00ab\u00a0C\u2019est la reconnaissance et non l\u2019effacement de la fronti\u00e8re qui s\u00e9pare l\u2019homme de l\u2019animal qui permet ainsi de sauvegarder et de respecter ce que ce dernier a en propre\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p><strong>Agamben et sa machine anthropologique<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 en croire Agamben, toute la pens\u00e9e occidentale serait travaill\u00e9e par ce qu\u2019il nomme la \u00ab\u00a0machine anthropologique\u00a0\u00bb. Celle-ci r\u00e9pond depuis toujours \u00e0 l\u2019\u00e9nigme de l\u2019existence ou du r\u00e9el \u2014 en produisant l\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0humain\u00a0\u00bb dans une auto-d\u00e9finition. Comme toute d\u00e9finition, elle para\u00eet tranchante et tranch\u00e9e. Ainsi, la d\u00e9finition de l\u2019humain implique la production d\u2019un retranchement eu \u00e9gard \u00e0 quoi la conscience se pose en s\u2019y opposant\u00a0: la partie consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0inhumaine\u00a0\u00bb pr\u00e9cis\u00e9ment. Dans notre propos, qui tente ici de suivre Agamben, l\u2019op\u00e9ration qui fonde la sph\u00e8re humaine est la constitution de l\u2019\u00bb\u00a0animalit\u00e9\u00a0\u00bb, mais du point de vue de la sph\u00e8re politique, elle est, chez les Anciens par exemple, constitution de la \u00ab\u00a0barbarie\u00a0\u00bb ou de l\u2019\u00bb\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb, du point de vue de l\u2019\u00e9thique contemporaine, constitution de la souffrance inutile ou \u00ab\u00a0coma d\u00e9pass\u00e9\u00a0\u00bb, etc.<\/p>\n<p>Si quelque chose dans le vivant doit \u00eatre exclu pour que la vie \u00ab\u00a0proprement\u00a0\u00bb humaine puisse se qualifier, la partie retranch\u00e9e n\u2019est toutefois pas simplement exclue \u2014 mais \u00ab\u00a0captur\u00e9e\u00a0\u00bb par cette exclusion m\u00eame.\u00a0C\u2019est que la machine anthropologique constitue un <em>pouvoir<\/em> qui exerce sa puissance \u00e0 travers l\u2019acte m\u00eame de l\u2019exclusion. Le \u00ab\u00a0dedans\u00a0\u00bb qui verrouille ses fronti\u00e8res <em>inclut<\/em> de la sorte un \u00ab\u00a0dehors\u00a0\u00bb toujours actif pour que se perp\u00e9tue le pouvoir de <em>suspension<\/em>. En somme, l\u2019homme se dresse dans sa d\u00e9finition comme ma\u00eetre et possesseur de l\u2019\u00e9tat de nature. Certes, l\u2019\u00e9poque (<em>\u00e9poch\u00e8<\/em>) des Anciens n\u2019est pas l\u2019\u00e9poque moderne. La machine des Anciens fonctionne par l\u2019inclusion (en l\u2019homme) du dehors, c\u2019est-\u00e0-dire par l\u2019<em>humanisation d\u2019un animal <\/em>: le barbare, l\u2019esclave, l\u2019enfant sauvage, etc., \u00ab\u00a0comme figures d\u2019un animal \u00e0 forme humaine.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a> \u00c0 l\u2019inverse, la machine des Modernes fonctionne par l\u2019exclusion hors de l\u2019humain de ce qui ne l\u2019est pas encore, par <em>animalisation<\/em> donc <em>de l\u2019homme<\/em> : c\u2019est la th\u00e8se scientifique de l\u2019\u00bb\u00a0homme-singe\u00a0\u00bb \u2014 mais \u00e9galement, un peu plus tard dans l\u2019histoire, la production totalitaire des \u00ab\u00a0cafards\u00a0\u00bb en tant qu\u2019ennemis objectifs du peuple\u2026 Cependant, Agamben n\u2019identifie pas de rupture \u00e9pist\u00e9mologique v\u00e9ritable entre\u00a0 Anciens et Modernes. Les \u00e9poques ne sont en effet que les modalit\u00e9s d\u2019une m\u00eame machine \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>En tant qu\u2019en elle est en jeu la production de l\u2019humain par l\u2019opposition homme\/animal, humain\/inhumain, la machine fonctionne n\u00e9cessairement par une exclusion (qui est toujours d\u00e9j\u00e0 une capture) et une inclusion (qui est aussi et toujours d\u00e9j\u00e0 une exclusion). <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte \u2014 et l\u2019ironie agamb\u00e9nienne est cens\u00e9e \u00e9clater ici \u2014 qu\u2019au lieu-m\u00eame o\u00f9 la machine aurait d\u00fb produire de l\u2019identit\u00e9, claire et distincte, s\u2019appuyant sur une opposition, \u00ab\u00a0la machine produit en r\u00e9alit\u00e9 une sorte d\u2019\u00e9tat d\u2019exception, une zone d\u2019ind\u00e9termination o\u00f9 le dehors n\u2019est que l\u2019exclusion d\u2019un dedans et le dedans, \u00e0 son tour, seulement l\u2019exclusion d\u2019un dehors.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a> Bien plus, la possibilit\u00e9 du fonctionnement de la machine r\u00e9side dans son impossibilit\u00e9 m\u00eame. La machine ne cesse de fonctionner parce qu\u2019elle ne cesse d\u2019instituer en son centre une zone de confusion, un entre-deux o\u00f9 l\u2019humain qui devait \u00ab\u00a0y advenir est seulement le lieu d\u2019une d\u00e9cision sans cesse ajourn\u00e9e, o\u00f9 les c\u00e9sures et leurs articulations sont toujours de nouveau disloqu\u00e9es et d\u00e9plac\u00e9es.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a> C\u2019est ce point aveugle qui, dans un d\u00e9placement perp\u00e9tuel, agite toute la m\u00e9taphysique occidentale comme volont\u00e9 identitaire d\u2019en finir avec l\u2019exception, et dont l\u2019\u00e9criture agamb\u00e9nienne entend t\u00e9moigner afin d\u2019enrayer, de rendre \u00ab\u00a0inop\u00e9rante la machine qui gouverne notre conception de l\u2019homme\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Or selon Agamben, la d\u00e9construction heidegg\u00e9rienne (que nous avons \u00e9voqu\u00e9e plus haut) qui pr\u00e9tend \u00e9lucider l\u2019essence de l\u2019animalit\u00e9 de mani\u00e8re authentique, n\u2019\u00e9chappe pas, elle non plus, \u00e0 l\u2019irr\u00e9ductible ambivalence de la machine anthropologique qui pi\u00e8ge l\u2019utilisateur bien au-del\u00e0 (ou en de\u00e7\u00e0) d\u2019une erreur anthropomorphique. Agamben (qui traduit ici par \u00ab\u00a0observation destructive\u00a0\u00bb ce que Dastur traduit par \u00ab\u00a0consid\u00e9ration d\u00e9constructive\u00a0\u00bb) met l\u2019accent sur l\u2019embarras dans lequel s\u2019emp\u00eatre la pens\u00e9e de Heidegger qui l\u2019avoue lui-m\u00eame\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La difficult\u00e9 du probl\u00e8me tient au fait que, dans notre mani\u00e8re d\u2019interroger, nous devons toujours interpr\u00e9ter cette pauvret\u00e9 en monde et cet encerclement qui est particulier \u00e0 l\u2019animal <span style=\"text-decoration: underline;\">comme si<\/span> ce \u00e0 quoi l\u2019animal se rapportait \u00e9tait un \u00e9tant et <span style=\"text-decoration: underline;\">comme si<\/span> ce rapport \u00e9tait un rapport ontologique qui serait manifeste pour l\u2019animal. Le fait que ce ne soit pas le cas conduit n\u00e9cessairement \u00e0 la th\u00e8se suivante\u00a0: <em>l\u2019essence de la vie n\u2019est accessible que sous la forme d\u2019une observation destructive.<\/em> Mais cela ne veut pas dire que la vie, compar\u00e9e au <em>Dasein<\/em> humain, serait de moindre valeur ou d\u2019un degr\u00e9 inf\u00e9rieur. <span style=\"text-decoration: underline;\">Au contraire<\/span>, la vie est un domaine qui a une richesse d\u2019<span style=\"text-decoration: underline;\">ouverture<\/span> telle que le monde humain <span style=\"text-decoration: underline;\">ne la conna\u00eet peut-\u00eatre pas du tout<\/span> \u00bb [\u2026].\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Et si la suspension (destruction) du \u00ab\u00a0comme si\u00a0\u00bb, lui-m\u00eame suspensif, se traduisait, en r\u00e9alit\u00e9, par un rapport (qui ne serait ni une compr\u00e9hension ni une incompr\u00e9hension) \u00e0 l\u2019animalit\u00e9 <em>comme ce qui se retrouverait au centre du regard humain<\/em> ? Voil\u00e0 ce qu\u2019Agamben veut nous faire entendre.<\/p>\n<p>Le compte rendu d\u2019Agamben du cours de 1929-30 va faire jouer et va essentiellement<em> jouer<\/em> <em>sur et avec <\/em>les \u00ab\u00a0oppositions\u00a0\u00bb\u00a0: ouverture\/fermeture, d\u00e9sinhibition\/agir, suspension\/saisie. En raison de la capture comportementale, que notre auteur traduit par \u00ab\u00a0stupeur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019animal est pour ainsi dire suspendu entre lui-m\u00eame et le milieu ambiant\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>. L\u2019\u00eatre-port\u00e9-\u00e0 plut\u00f4t que le porter-\u00e0 est \u00ab\u00a0une ouverture qui ne d\u00e9voile cependant jamais le d\u00e9sinhibiteur comme \u00e9tant.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a> Toutefois, Agamben cite malicieusement Heidegger\u00a0: la stupeur comportementale \u00ab\u00a0est en quelque sorte le v\u00e9ritable arri\u00e8re-plan sur lequel peut [\u2026] se d\u00e9tacher l\u2019essence de l\u2019homme.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il de l\u2019homme pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0? Agamben reprend ici, dans le cours de 1929-30 toujours, les analyses heidegg\u00e9riennes de l\u2019\u00bb\u00a0ennui profond\u00a0\u00bb en tant que tonalit\u00e9 fondamentale \u00e9clairant l\u2019\u00eatre-au-monde. Dans l\u2019ennui profond, les choses sont l\u00e0, mais elles ne nous disent rien. Agamben cite encore Heidegger\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ceci veut dire\u00a0: par cet ennui, le <em>Dasein<\/em> se trouve plac\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment devant l\u2019\u00e9tant en entier, puisque, dans cette forme d\u2019ennui, l\u2019\u00e9tant qui nous entoure n\u2019offre plus aucune possibilit\u00e9 de faire ou de laisser faire. Au point de vue de ces possibilit\u00e9s, l\u2019\u00e9tant se refuse en entier (<em>es versagt sich im Ganzen<\/em>).\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Est-ce \u00e0 dire alors que l\u2019\u00eatre-au-monde se retrouve \u00ab\u00a0captif\u00a0\u00bb de l\u2019indiff\u00e9rence des choses de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019animal est captiv\u00e9 par ce qui ne se manifeste pas\u00a0? En apparence seulement.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tant en entier est devenu indiff\u00e9rent. Mais pas seulement. Par l\u00e0 m\u00eame il y a quelque chose qui appara\u00eet\u00a0: ce qui a lieu, c\u2019est l\u2019\u00e9mergence de possibilit\u00e9s que le <em>Dasein<\/em> pourrait avoir, mais qui restent inactives (<em>brachliegende<\/em>) pr\u00e9cis\u00e9ment dans le \u2018\u2018cela vous ennuie\u2019\u2019 et, comme telles, nous laissent en plan.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Mais la totalit\u00e9 de l\u2019\u00e9tant qui se refuse ne met pas simplement en question des possibilit\u00e9s. C\u2019est la possibilit\u00e9 m\u00eame des possibilit\u00e9s qui se voit affect\u00e9e. En d\u2019autres termes, dans l\u2019ennui profond, c\u2019est la possibilit\u00e9 m\u00eame du projet d\u00e9sactiv\u00e9e de ses possibilit\u00e9s concr\u00e8tes qui se fait pressante, met en demeure l\u2019\u00eatre-au-monde d\u2019exister en demeurant suspendue dans l\u2019imminence de sa r\u00e9alisation. \u00c0 la pointe de l\u2019ennui se r\u00e9v\u00e8le la possibilit\u00e9 m\u00eame de l\u2019\u00eatre-au-monde en tant que charge qui incombe \u00e0 celui-ci, d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, <em>sans qu\u2019il n\u2019y puisse rien<\/em>. L\u2019homme est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00eatre, avons-nous d\u00e9j\u00e0 dit. La profonde ind\u00e9cision humaine ne peut \u00eatre ainsi confondue, selon Heidegger, avec l\u2019\u00eatre-suspendu de l\u2019animal en qui quelque chose comme une pure possibilit\u00e9 ne peut ni se d\u00e9voiler ni se voiler.<\/p>\n<p>\u00c0 y regarder de plus pr\u00e8s, les choses ne paraissent toutefois pas si tranch\u00e9es pour Agamben. Au contraire. Si dans l\u2019ennui profond, l\u2019\u00eatre se d\u00e9voile \u00e0 m\u00eame son refus, la d\u00e9sactivation du monde par quoi les choses nous laissent indiff\u00e9rents n\u2019est pas une simple suspension\u00a0: elle est suspension <em>et<\/em> capture. Acc\u00e9der au d\u00e9voilement, \u00e0 l\u2019origine du pouvoir-\u00eatre, \u00eatre saisi par le fait qu\u2019\u00bb\u00a0il y a quelque chose plut\u00f4t que rien\u00a0\u00bb, signifie n\u00e9cessairement, \u00e0 l\u2019instant m\u00eame, \u00eatre captiv\u00e9 par le retrait de l\u2019\u00eatre. <em>Or, \u00e0 ce qui n\u2019est \u00ab\u00a0ni une possibilit\u00e9 ni une impossibilit\u00e9\u00a0\u00bb doit correspondre n\u00e9cessairement le<\/em> \u00ab\u00a0\u2018\u2018ni \u00e9tant ni non-\u00e9tant\u2019\u2019 du d\u00e9sinhibiteur animal.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> De sorte que l\u2019ab\u00eeme qui semblait s\u00e9parer l\u2019homme et l\u2019animal est combl\u00e9 par une diff\u00e9rence de degr\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0[le] joyau ench\u00e2ss\u00e9 au centre du monde humain et de sa <em>Lichtung<\/em> [d\u00e9voilement] n\u2019est que la stupeur animale\u00a0; la merveille \u2018\u2018que l\u2019\u00e9tant existe\u2019\u2019 n\u2019est que la saisie de l\u2019 \u2018\u2018\u00e9branlement essentiel\u2019\u2019 qui est donn\u00e9 au vivant par son \u00eatre expos\u00e9 dans une non-r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>. Au c\u0153ur du monde, tandis que \u00ab\u00a0l\u2019homme a pris le risque de suspendre son rapport de vivant avec le milieu\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>, <em>l\u2019animal d\u00e9sinhibe l\u2019homme<\/em>. Autrement dit, pensant exclure l\u2019animal hors de l\u2019\u00eatre et de l\u2019\u00e9tant, Heidegger inclut, malgr\u00e9 lui, l\u2019indiff\u00e9rence ontologique comme \u00e9branlement de l\u2019\u00eatre-au-monde qui se retrouve suspendu entre lui-m\u00eame et la capture comportementale.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le <em>Dasein<\/em>, \u00e9crit Agamben, est simplement un animal qui a appris \u00e0 s\u2019ennuyer, qui s\u2019est r\u00e9veill\u00e9 <em>de<\/em> sa propre stupeur et <em>\u00e0<\/em> sa propre stupeur.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a> Le penseur qui se veut postmoderne retourne donc Heidegger contre lui-m\u00eame en le prenant au mot (cf. la citation de notre note n\u00b0 26)\u00a0: l\u2019ouverture de l\u2019\u00eatre-au-monde \u00ab\u00a0ne peut \u00eatre obtenue qu\u2019\u00e0 l\u2019aide d\u2019une op\u00e9ration effectu\u00e9e sur le non-ouvert du monde animal.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a> Mais ce n\u2019est pas tout, l\u2019inclusion de l\u2019animal entre lui-m\u00eame et l\u2019\u00eatre-au-monde a un corollaire qui ruine imm\u00e9diatement la diff\u00e9rence de degr\u00e9 que l\u2019on pensait obtenir entre l\u2019homme et l\u2019animal :<\/p>\n<p>En 1929, alors qu\u2019il pr\u00e9parait son cours, Heidegger ne pouvait conna\u00eetre la description du monde de la tique, qui manque dans les textes auxquels il se r\u00e9f\u00e8re et n\u2019est introduite par Uexk\u00fcll qu\u2019en 1934, dans son livre <em>Streifz\u00fcge durch Umwelten von Tieren und Menschen<\/em>. S\u2019il avait pu la conna\u00eetre, il se serait peut-\u00eatre interrog\u00e9 sur les dix-huit ann\u00e9es pendant lesquelles dans le laboratoire de Rostock une tique a <span style=\"text-decoration: underline;\">surv\u00e9cu en l\u2019absence totale de ses d\u00e9sinhibiteurs<\/span>. L\u2019animal peut effectivement \u2014 dans des circonstances particuli\u00e8res comme celles auxquelles l\u2019homme le soumet dans ses laboratoires \u2014 suspendre la relation imm\u00e9diate \u00e0 son milieu, sans pour autant cesser d\u2019\u00eatre un animal ni devenir humain. Peut-\u00eatre la tique du laboratoire de Rostock garde-t-elle un myst\u00e8re du \u00ab\u00a0simplement vivant\u00a0\u00bb auquel ni Uexk\u00fcll ni Heidegger n\u2019\u00e9taient pr\u00eats \u00e0 se mesurer. <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>En derni\u00e8re analyse, le pouvoir du biologiste qui maintient le vivant sous sa puissance produit l\u2019inconcevable aux yeux de l\u2019optique heidegg\u00e9rienne (observation destructive)\u00a0: un \u00eatre \u00ab\u00a0animal\u00a0\u00bb exclu de la capture comportementale et ne r\u00e9v\u00e9lant rien d\u2019humain. Un \u00eatre qui survit \u00e0 l\u2019interruption de la vie, suspendu entre l\u2019humanit\u00e9 et l\u2019animalit\u00e9. Voil\u00e0 donc la machine heidegg\u00e9rienne qui au c\u0153ur m\u00eame de sa d\u00e9cision \u2014 le d\u2019ores-et-d\u00e9j\u00e0 de l\u2019humain affect\u00e9 par l\u2019\u00eatre et l\u2019\u00e9tant \u2014 saisie par l\u2019ind\u00e9cidable.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Que conclure de cette animalisation de l\u2019homme <em>et<\/em> de cette humanisation de l\u2019animal auxquelles conduirait fatalement et malgr\u00e9 elle l\u2019analyse heidegg\u00e9rienne\u00a0? Il ressort que l\u2019analyse agamb\u00e9nienne s\u2019av\u00e8re douteuse \u00e0 plus d\u2019un titre.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, au nom d\u2019une d\u00e9construction de la m\u00e9taphysique occidentale en tant qu\u2019histoire d\u2019une machination de l\u2019anthropogen\u00e8se, Agamben proc\u00e8de \u00e0 des sauts que nous ne pouvons pas cautionner. La crise de notre \u00e9poque consisterait en une confusion entre humanit\u00e9 et barbarie. Ainsi, apr\u00e8s avoir d\u00e9voil\u00e9 l\u2019ambivalence de la th\u00e8se moderne de l\u2019\u00bb\u00a0homme-singe\u00a0\u00bb, il suffirait, selon Agamben, \u00ab\u00a0d\u2019avancer de quelques d\u00e9cennies [le] champ de recherche pour, au lieu de cette innocente d\u00e9couverte pal\u00e9ontologique, trouver le Juif, c\u2019est-\u00e0-dire le non-homme produit dans l\u2019homme\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>. Certes, la pens\u00e9e ne suit pas ici le sch\u00e9ma historiographique de la cause et de l\u2019effet, mais faire en quelque sorte de l\u2019oubli du \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb (au-del\u00e0 de l\u2019\u00eatre et de l\u2019\u00e9tant) l\u2019\u00e9cart o\u00f9 se joue d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 l\u2019oubli de la machine anthropologique sans cesse d\u00e9plac\u00e9e, <em>revient ni plus ni moins \u00e0 faire d\u2019Auschwitz un \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb n\u00e9cessaire<\/em> puisque l\u2019oubli co-appartient \u00e0 la mani\u00e8re dont le r\u00e9el se destinerait \u00e0 l\u2019homme. <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, dans son compte rendu de <em>L\u2019ouvert<\/em>,\u00a0 Estelle Ferrarese observe judicieusement \u00ab\u00a0qu\u2019aucun souci pour celui qui se trouve constitu\u00e9 en Autre par la machine anthropologique, l\u2019animal, ne se d\u00e9gage de l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a>. La remise en question de l\u2019humanisme obs\u00e8de bien plut\u00f4t Agamben\u00a0:<\/p>\n<p>[\u2026] si la c\u00e9sure entre l\u2019homme et l\u2019animal passe d\u2019abord \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019homme, c\u2019est alors la question m\u00eame de l\u2019homme \u2014 et de l\u2019\u00bb\u00a0humanisme\u00a0\u00bb \u2014 qui doit \u00eatre pos\u00e9e de mani\u00e8re nouvelle. Dans notre culture, l\u2019homme a toujours \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 comme l\u2019articulation et la conjonction d\u2019un corps et d\u2019une \u00e2me, d\u2019un vivant et d\u2019un <em>logos<\/em>, d\u2019un \u00e9l\u00e9ment naturel (ou animal) et d\u2019un \u00e9l\u00e9ment surnaturel, social ou divin. <span style=\"text-decoration: underline;\">Nous devons<\/span>, au contraire,\u00a0 <span style=\"text-decoration: underline;\">apprendre \u00e0 penser l\u2019homme<\/span> comme ce qui r\u00e9sulte de la d\u00e9connexion de ces deux \u00e9l\u00e9ments et examiner non le myst\u00e8re m\u00e9taphysique de la conjonction, mais le myst\u00e8re pratico-politique de la s\u00e9paration. <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn38\"><sup>[38]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Notre auteur ne s\u2019arr\u00eate pas sur l\u2019animal, pourtant victime de la machine anthropologique qui le soumet \u00e0 l\u2019industrialisation et l\u2019exp\u00e9rimentation, parce qu\u2019il ne le peut pas. Examiner le myst\u00e8re de la s\u00e9paration signifie, au lieu de chercher vainement de nouvelles articulations, \u00ab\u00a0montrer le vide central\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a> qui s\u00e9pare dans l\u2019homme, l\u2019homme et l\u2019\u00bb\u00a0Autre\u00a0\u00bb avec lequel il lutte, et s\u2019engager ainsi dans la fin interminable de la philosophie qui tournerait \u00e0 vide, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, dans la \u00ab\u00a0suspension de la suspension\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a>. Du coup, cet Autre qu\u2019est l\u2019animal pourrait tout aussi bien \u00eatre l\u2019enfant, le barbare, le Juif, l\u2019\u00e9tranger\u2026 <em>L\u2019animal n\u2019est donc ici qu\u2019un pr\u00e9texte qui sert \u00e0 nourrir la machine \u00e0 d\u00e9construire.<\/em><\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, Ferrarese et d\u2019autres <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a> rel\u00e8vent une ambivalence, et c\u2019est un euph\u00e9misme, dont la r\u00e9sonnance parcourt l\u2019ensemble du texte agamb\u00e9nien et ne peut que provoquer son <em>\u00e9branlement<\/em>. Celle-ci \u00e9clate en affectant le concept du \u00ab\u00a0simplement\u00a0vivant\u00a0\u00bb dont l\u2019\u00bb\u00a0animal\u00a0\u00bb garderait un myst\u00e8re et qu\u2019Agamben nomme ailleurs <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn42\"><sup>[42]<\/sup><\/a> la \u00ab\u00a0vie nue\u00a0\u00bb. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la vie nue incluse, comme dans le laboratoire de Rostock, par une exclusion, est une monstrueuse production de la machine anthropologique. De l\u2019autre, elle est une vie qui \u00ab\u00a0reste plut\u00f4t sereinement en relation avec sa propre nature [\u2026] comme une zone de non-connaissance.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn43\"><sup>[43]<\/sup><\/a> L\u2019enrayement de la machine anthropologique qui tournerait \u00e0 vide serait alors porteur d\u2019une promesse\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019homme, le berger de l\u2019\u00eatre, s\u2019approprie sa latence m\u00eame, son animalit\u00e9 m\u00eame, qui ne reste pas cach\u00e9e ni n\u2019est faite objet de ma\u00eetrise, mais est pens\u00e9e comme telle, comme pur abandon.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn44\"><sup>[44]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><em>Le concept de \u00ab\u00a0vie nue\u00a0\u00bb oscille donc entre un statut \u00e9minemment pol\u00e9mique et un statut \u00e9minemment positif.<\/em> L\u2019ambivalence consiste \u00e0 vouloir suspendre la machine o\u00f9 se joue pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019\u00ab\u00a0entre-deux\u00a0\u00bb en tant que foyer d\u2019un mode d\u2019\u00eatre postmoderne, o\u00f9 la division elle-m\u00eame se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, le fait que Heidegger ne pouvait avoir connaissance de l\u2019existence de tiques maintenues en vie pendant dix-huit ans dans le laboratoire de Rostock sans se nourrir, ne vient pas r\u00e9troactivement mettre en cause sa pens\u00e9e. Tout d\u2019abord, il n\u2019est pas juste d\u2019affirmer que l\u2019animal peut \u00ab\u00a0suspendre la relation imm\u00e9diate \u00e0 son milieu\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0dans des circonstances particuli\u00e8res comme celles auxquelles l\u2019homme le soumet dans ses laboratoires\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Sans qu\u2019il soit besoin d\u2019y insister, note Uexk\u00fcll, il est clair que le hasard qui fait passer un mammif\u00e8re sous une branche o\u00f9 guette la tique est extraordinairement rare.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn45\"><sup>[45]<\/sup><\/a> Cette capacit\u00e9 \u00e0 sommeiller, dans une proportion \u00e0 nos yeux inhabituelle, <em>la tique la poss\u00e8de donc d\u00e9j\u00e0 en dehors de tout laboratoire.<\/em> Aussi, m\u00eame si Uexk\u00fcll ne l\u2019explicite pas, il convient d\u2019analyser cette capacit\u00e9 \u00e0 sommeiller non pas comme une absence totale de d\u00e9sinhibiteurs, mais comme une activit\u00e9 vitale affect\u00e9e par la situation de la branche.<\/p>\n<p>Cinqui\u00e8mement, Agamben peut finalement retourner Heidegger contre lui-m\u00eame parce qu\u2019il rabat le retrait impens\u00e9 de l\u2019\u00eatre qui possibilise toute compr\u00e9hension sur le fait que l\u2019organisme animal n\u2019ait pas acc\u00e8s au d\u00e9sinhibiteur comme tel. Mais de quel droit\u00a0? Comme le note Claude Romano\u00a0:\u00a0\u00bb\u00a0L\u2019interpr\u00e9tation d\u2019Agamben selon laquelle \u2018\u2018la <em>l\u00e8th\u00e8<\/em> [ce qui essentifie et donne l\u2019\u00eatre en restant en lui impens\u00e9] n\u2019est que le non-d\u00e9voil\u00e9 du milieu animal\u2019\u2019 est peut-\u00eatre s\u00e9duisante, <em>mais elle est \u00e0 la lettre fausse<\/em>.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn46\"><sup>[46]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0cl\u00f4ture\u00a0\u00bb du milieu animal est en un sens ant\u00e9rieure \u00e0 la cl\u00f4ture de la <em>l\u00e8th\u00e8<\/em>, puisque l\u2019animal n\u2019a m\u00eame pas acc\u00e8s \u00e0 la diff\u00e9rence du clos et de l\u2019ouvert, du retrait et du manifeste qui appartient \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00eatre comme d\u00e9voilement. Elle lui est ant\u00e9rieure ou plut\u00f4t <em>post\u00e9rieure<\/em> : car, puisque l\u2019animal n\u2019a pas acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ouverture du monde comme tel, son monde ne peut \u00eatre dit clos qu\u2019en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celui-ci, c\u2019est-\u00e0-dire de mani\u00e8re comparative, par celui qui poss\u00e8de un acc\u00e8s \u00e0 cette ouverture, qui veille sur elle, le <em>Dasein. <\/em><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn47\"><sup>[47]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Autrement dit, en instituant l\u2019organisme sauvage comme Autre \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois comme batterie g\u00e9n\u00e9rant des signaux qui parasitent le cogito et comme dysfonctionnement m\u00eame de la machine persistant \u00e0 clignoter \u2014, Agamben condamne la pens\u00e9e en la soumettant \u00e0 une oscillation perp\u00e9tuelle entre diff\u00e9rentes positions. Il en va de l\u2019\u00e9criture dite \u00ab\u00a0postmoderne\u00a0\u00bb comme d\u2019\u00bb\u00a0une \u00e9mission radiophonique qu\u2019on s\u2019obstine \u00e0 brouiller dans son \u00e9mission m\u00eame.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn48\"><sup>[48]<\/sup><\/a> \u00c0 propos de Derrida, mais cela vaut tout autant pour notre d\u00e9constructeur, Levinas \u00e9crit \u00e9galement\u00a0:\u00a0\u00bb\u00a0Nous marchons, en attendant, dans un <em>no man\u2019s land<\/em>, dans un entre-les-deux qui est incertain m\u00eame des incertitudes qui, partout, clignotent. Suspension des v\u00e9rit\u00e9s\u00a0! Insolite \u00e9poque\u00a0!\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn49\"><sup>[49]<\/sup><\/a> Or, la rigueur philosophique ne peut se contenter d\u2019une logique du simulacre, car, sauf \u00e0 vouloir se complaire dans le d\u00e9sespoir <a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftn50\"><sup>[50]<\/sup><\/a>, encore faut-il rendre compte du <em>sens<\/em> de cette suspension de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>La d\u00e9marche de Heidegger dans son rapport \u00e0 l\u2019animal <em>sauvage<\/em> que pourrait incarner la tique nous para\u00eet donc beaucoup plus authentique. Chez Heidegger en effet la confrontation avec l\u2019animal sauvage constitue une exp\u00e9rience du <em>sublime<\/em> par laquelle l\u2019homme se d\u00e9couvre comme \u00eatre-en-projet, \u00e0 commencer par la t\u00e2che de penser l\u2019\u00eatre vivant. Mais un projet dont la libert\u00e9 ne consiste plus \u00e0 vouloir, comme dans le sadisme, s\u2019approprier ou d\u00e9truire ce qui nous <em>\u00e9chappe<\/em> profond\u00e9ment. Et comme l\u2019exp\u00e9rience du sublime o\u00f9 l\u2019homme entrevoit la sauvagerie du vivant, ouvre simultan\u00e9ment l\u2019esprit<em> <\/em>en lui conf\u00e9rant le<em> temps<\/em> d\u2019un projet, elle ne saurait agir en guise de d\u00e9sinhibiteur. En somme, c\u2019est peut-\u00eatre le surgissement d\u2019un animal sauvage qui, chez Heidegger, est susceptible d\u2019arracher l\u2019homme \u00e0 l\u2019alanguissement et au poids de l\u2019ennui.<\/p>\n<p><strong>TIMON DE BRUXELLES<\/strong><\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref1\">[1]<\/a> Giorgio AGAMBEN, <em>L\u2019ouvert, De l\u2019homme et de l\u2019animal<\/em> (trad. Jo\u00ebl Gayraud), Paris, Rivages, 2002, 142 pp.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref2\">[2]<\/a> Martin HEIDEGGER cit\u00e9 par G. AGAMBEN, in <em>Ibid<\/em>., p.\u00a077.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref3\">[3]<\/a> Jakob von UEXK\u00dcLL, <em>Mondes animaux et monde humain<\/em> (trad. Philippe Muller), Paris, Deno\u00ebl, 1965, 189 p.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref4\">[4]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a026.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref5\">[5]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a025.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref6\">[6]<\/a> <em>Ibid<\/em>., pp.\u00a014-15.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref7\">[7]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0104.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref8\">[8]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a094.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref9\">[9]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a026.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref10\">[10]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0162.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref11\">[11]<\/a> M. HEIDEGGER, <em>Les concepts fondamentaux de la m\u00e9taphysique, Monde-Finitude-Solitude<\/em> (trad. Daniel Panis), Paris, Gallimard, 1992, 552 p.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref12\">[12]<\/a> Henri MALDINEY, <em>Penser l\u2019homme et la folie<\/em>, Grenoble, Millon, 1997, p.\u00a0375.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref13\">[13]<\/a> M. HEIDEGGER cit\u00e9 par H. MALDINEY, in <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0194.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref14\">[14]<\/a> Idem, <em>Lettre sur l\u2019humanisme<\/em> (trad. Roger Munier), Paris, Aubier, 1983, p.\u00a065.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref15\">[15]<\/a> Fran\u00e7oise DASTUR, \u00ab\u00a0Pour une zoologie \u2018\u2018privative\u2019\u2019 ou comment ne pas parler de l\u2019animal\u00a0\u00bb in \u00ab\u00a0\u2018\u2018L\u2019animal\u2019\u2019\u00a0\u00bb, <em>Alter<\/em>, n\u00b0 3, 1995, p.\u00a0286.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref16\">[16]<\/a> M. HEIDEGGER cit\u00e9 par Idem, in <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0287.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref17\">[17]<\/a> F. DASTUR, \u00ab\u00a0Postface\u00a0\u00bb in <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0316.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref18\">[18]<\/a> G. AGAMBEN, <em>Op.\u00a0cit<\/em>., p.\u00a060.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref19\">[19]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a059.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref20\">[20]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref21\">[21]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a060.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref22\">[22]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0137.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref23\">[23]<\/a> M. HEIDEGGER cit\u00e9 par G. AGAMBEN, in <em>Ibid<\/em>., p.\u00a091.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref24\">[24]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a083.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref25\">[25]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref26\">[26]<\/a> Idem, in <em>Ibid<\/em>., p.\u00a093.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref27\">[27]<\/a><em> <\/em>Idem, in <em>Ibid<\/em>., p.\u00a099.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref28\">[28]<\/a> Idem, in <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0101.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref29\">[29]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0107.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref30\">[30]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0105.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref31\">[31]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0107.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref32\">[32]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref33\">[33]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a095.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref34\">[34]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0108.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref35\">[35]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a059.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref36\">[36]<\/a> Agamben n\u2019est \u00e9videmment pas le seul chez qui la juste autocritique de l\u2019Occident se convertit en une haine qui se d\u00e9lecte de soi. En 1987, Philippe Lacoue-Labarthe, avan\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 de mani\u00e8re quasi d\u00e9lirante\u00a0: \u00ab\u00a0Dans l\u2019apocalypse d\u2019Auschwitz ce n\u2019est ni plus ni moins que l\u2019Occident, en son essence, qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9\u2026\u00a0\u00bb (Philippe LACOUE-LABARTHE, <em>La fiction du politique<\/em>, Paris, Bourgois, 1987, p.\u00a059.) Il faut dire qu\u2019Heidegger lui-m\u00eame n\u2019est pas \u00e9tranger \u00e0 cet \u00e9trange mouvement\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019agriculture est maintenant une industrie alimentaire motoris\u00e9e, quant \u00e0 son essence la m\u00eame chose que la fabrication de cadavres dans les chambres \u00e0 gaz et les camps d\u2019extermination\u2026\u00a0\u00bb (M. HEIDEGGER en 1949 cit\u00e9 par P.\u00a0LACOUE-LABARTHE, in <em>Ibid<\/em>., p.\u00a058.) \u00c0 ce sujet, nous ne pouvons pas non plus nous emp\u00eacher de citer Derrida ou l\u2019art consomm\u00e9 de ne pas affirmer ce dans quoi on s\u2019engage\u00a0: \u00ab\u00a0Que ce traitement soit fait pour l\u2019alimentation ou dans le cadre d\u2019une exp\u00e9rimentation, il faut am\u00e9nager des r\u00e8gles afin que l\u2019on ne puisse pas faire n\u2019importe quoi avec les vivants non humains. Il faudra donc, peu \u00e0 peu, r\u00e9duire les conditions de la violence et de la cruaut\u00e9 envers les animaux, et, pour cela, sur une longue \u00e9chelle historique, am\u00e9nager les conditions de l\u2019\u00e9levage, de l\u2019abattage, du traitement massif, et de ce que j\u2019h\u00e9site (seulement pour ne pas abuser d\u2019associations in\u00e9vitables) \u00e0 appeler un <em>g\u00e9nocide, <\/em><span style=\"text-decoration: underline;\">l\u00e0 o\u00f9 pourtant le mot ne serait pas si inappropri\u00e9<\/span>.\u00a0\u00bb (Jacques DERRIDA, \u00ab\u00a0Les rapports entre hommes et animaux <em>devront<\/em> changer\u00a0\u00bb, in <em>Biblioth\u00e8que virtuelle des droits des animaux<\/em>, Site Internet, disponible sur\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/bibliodroitsanimaux.voila.net\/derrida1.html\">http:\/\/bibliodroitsanimaux.voila.net\/derrida1.html<\/a> (consult\u00e9 le 27\/07\/2012))<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref37\">[37]<\/a> Estelle FERRARESE, \u00ab\u00a0Giorgio Agamben, L\u2019ouvert. De l\u2019homme et de l\u2019animal, Rivages, 2002, 142 pages, 14,95 \u20ac.\u00a0\u00bb (compte rendu), in \u00ab\u00a0Classes, exploitation\u00a0: totem ou tabou\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Mouvements<\/em>, n\u00b0 26, 2003, disponible sur\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/article.php?REVUE=mouvements&amp;ANNEE=2003&amp;NUMERO=2&amp;PP=176\">http:\/\/www.cairn.info\/article.php?REVUE=mouvements&amp;ANNEE=2003&amp;NUMERO=2&amp;PP=176<\/a> \u00a7 5.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref38\">[38]<\/a> G. AGAMBEN, <em>Op.\u00a0cit<\/em>., pp.\u00a030-31.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref39\">[39]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0137.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref40\">[40]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref41\">[41]<\/a> Cf. par exemple, Katia GENEL, \u00ab\u00a0Le biopouvoir chez Foucault et Agamben\u00a0\u00bb, in \u00ab\u00a0Penser le corps\u00a0\u00bb, <em>Methodos, Savoirs et textes<\/em>, Site Internet, n\u00b0 4, 2004, disponible sur\u00a0: <a href=\"http:\/\/methodos.revues.org\/index.html\">http:\/\/methodos.revues.org\/index.html<\/a>, \u00a7 54.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref42\">[42]<\/a> Cf. E. FERRARESE, <em>Op.\u00a0cit<\/em>., \u00a7 6.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref43\">[43]<\/a> G. AGAMBEN, <em>Op.\u00a0cit<\/em>., p.\u00a0135.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref44\">[44]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0121.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref45\">[45]<\/a> J. v. UEXK\u00dcLL, <em>Op.\u00a0cit<\/em>., p.\u00a026.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref46\">[46]<\/a> Claude ROMANO, \u00ab\u00a0Le monde animal\u00a0: Heidegger et Von Uexk\u00fcll\u00a0\u00bb, in Servanne JOLLIVET et Claude ROMANO (\u00e9dit\u00e9 par), <em>Heidegger en dialogue 1912-1930, Rencontres, affinit\u00e9s et confrontations<\/em>, Paris, J. Vrin, 2009, p.\u00a0297. Nous soulignons.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref47\">[47]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref48\">[48]<\/a> Emmanuel LEVINAS, <em>Hors sujet<\/em>, Paris, Le Livre de Poche, 1997, pp.\u00a0190-191.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref49\">[49]<\/a> Idem, <em>Noms propres<\/em>, Montpellier, Fata Morgana, 1976, p.\u00a082.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.implications-philosophiques.org\/actualite\/une\/la-tique\/#_ftnref50\">[50]<\/a> Cf. Juliette CERF, \u00ab\u00a0Le philosophe Giorgio Agamben, \u2018\u2018La pens\u00e9e, c\u2019est le courage du d\u00e9sespoir\u2019\u2019\u00bb, in <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, n\u00b0 3243, 10-16 mars 2011, pp.\u00a011-16.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La tique comme enrayement de la machine anthropologique. 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