Coups de gueule d’une fine gueule…

Chroniqueur gastronomique à la langue bien pendue – ses prestations ne sont pas passées inaperçues dans Nos enfants nous accuseront, film de Jean-Paul Jaud sur les cantines scolaires et dans Ces fromages qu’on assassine, documentaire de Joël Santoni sur la défense des AOC au lait cru, et il est aussi rédacteur en chef du magazine Marianne –, notre estimé confrère Périco Légasse, avec son Dictionnaire impertinent de la gastronomie paru chez François Bourin à Paris, fait œuvre plus que salutaire en rompant avec le culinairement correct pour en dénoncer les fléaux qui mettent en péril le patrimoine alimentaire français : le lobby agroalimentaire qui industrialise les campagnes pour produire de la malbouffe, la publicité qui en fait la propagande, la grande distribution qui remplit les chariots de marques « vues à la télé », la dérive intello-élitiste d’une certaine restauration, le modernisme obligatoire dicté par les modes et par les médias ainsi que les dégâts causés par les dogmes écolos ou diététiques.

L’expérience parle, l’irrévérence aussi, la plume est acérée et les flèches partent dans toutes les directions…

Une belle charge contre les goûts douteux !

PÉTRONE

Dictionnaire impertinent de la gastronomie par Périco Légasse, illustrations de Tignous, Paris, François Bourin Éditeur, novembre 2012, 283 pp. en noir et blanc au format 16,5 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 22 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce dictionnaire décoiffant les définitions suivantes :

FADE

Plat  de moins de dix saveurs et en moins de vingt mots

On sait la propension qu’ont les grands cuisiniers de l’ère moderne à réaliser des plats complexes en multipliant les ingrédients et les combinaisons gustatives dans une même assiette.

Dans certains cas, quand l’énoncé est composé de plus de vingt mots, ce qui n’est pas rare, la chose atteint parfois le ridicule.

Alain Chapel, l’un des plus grands cuisiniers français qui exerçait à Mionnay, dans l’Ain, affirmait qu’un grand plat ne pouvait trouver d’équilibre au-delà de trois saveurs. Un principe simple qui contraint les chefs à faire travailler leurs sens et leur cerveau, au lieu de donner dans l’acrobatie aromatique. Nul ne reproche aux créateurs d’expérimenter des accords et d’explorer les goûts inconnus, leur existence est essentielle ; on peut seulement regretter que la complication pour elle-même et les essais hasardeux soient souvent les seules motivations de certains d’entre eux. Les usines à gaz gastronomiques tentent la plupart du temps de masquer le manque de talent de leur auteur.

FOIE

Organe de l’oie maigre

Rien n’est plus délicieux qu’un foie d’oie ou de canard maigre. Ainsi le consommait-on avant que les Égyptiens n’observent que les oies migratrices qu’ils chassaient avaient le foie surdéveloppé. Ils comprirent que, afin de se constituer une réserve de gras pour leur long voyage, les palmipèdes dévoraient des graines à foison avant de partir. C’est donc tout naturellement qu’ils reproduisirent le phénomène avec leurs oies domestiques. Les anti-foie gras nous gavent.

Date de publication
vendredi 30 août 2013
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