Normalien, docteur [1] et agrégé d’histoire, François Delpla (°1948) est un spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et du nazisme. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, [2] dont une biographie remarquée d’Hitler (1999) et, dernièrement, de Sur ordre d’Hitler – Crimes passés inaperçus (2025) aux Éditions du Cerf à Paris.
C’est dans cette maison qu’il publie aussi Le vrai Hitler, un essai en vingt chapitres qui dynamitent allègrement certains poncifs couramment usités pour décrire la personnalité du monstre nazi (qui n’était ni inculte ni paresseux ni irrationnel), qui battent en brèche certaines idées reçues sur le nazisme (quant à son caractère polycratique, quant à sa conception de la femme dans la société allemande ou quant à l’ampleur totalitaire de son contrôle sur la culture) et qui remettent en cause certaines interprétations d’événements historiques comme la conférence de Munich en 1938 (qui n’empêcha pas la guerre) ou comme, en 1941, l’envol de Rudolf Hess (1894-1987) vers l’Écosse qui ne fut pas une surprise pour le Führer, pas plus d’ailleurs que ne le furent les victoires d’athlètes noirs aux Jeux olympiques de Berlin en 1936.
L’auteur se penche également sur la part (moins prépondérante qu’on le dit) des conservateurs dans la nomination d’Hitler à la chancellerie en 1933, sur la constance (très relative) du soutien apporté par ce dernier à Franco, sur l’absence (mal supposée) d’infiltration par les nazis des mouvements autonomes de résistance en Allemagne, sur l’échec (pas total) des tentatives d’allier l’Allemagne nazie avec l’Angleterre entre 1933 et 1938, sur l’espoir (vain) hitlérien d’absence de réaction de l’Occident face à son agression de la Pologne en 1939 et sur le caractère imprévisible (mais en réalité prévu) de la résistance britannique à partir de 1940.
François Delpla met enfin en doute d’autres idées, celles affirmant que si le Reich avait vaincu l’Ouest en 1940, il aurait, dans la foulée, attaqué l’Union soviétique, que la déclaration de guerre de l’Allemagne aux États-Unis en 1941 aurait pu être évitée, que l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler aurait été suivi d’une répression aveugle et massive, que la politique antisémite de Vichy aurait été spontanée et autonome, et que la Shoah ne serait que le fruit des circonstances succédant à une politique d’expulsions massives déjà conçue comme une solution finale.
On se réjouira au passage de voir cités avantageusement les travaux du grand historien belge Jean Vanwelkenhuyzen (1927-2008), qui fut, à Bruxelles de 1969 à 1989, le brillant patron du Centre de Recherches et d’Études historiques de la Seconde Guerre mondiale qu’il fit rayonner brillamment…
PÉTRONE
Le vrai Hitler par François Delpla, Paris, Éditions du Cerf, septembre 2026, 336 pp. en noir et blanc + 16 pp. de photographies en quadrichromie au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 € (prix France)
[1] Diplômé par l’université Panthéon-Sorbonne.
[2] Les Papiers secrets du général Doumenc 1939-1940 (1991), Montoire. Les premiers jours de la collaboration (1996), La Ruse nazie. Dunkerque, 24 mai 1940 (1997), Aubrac. Les faits et la calomnie (1998), Hitler (1999), L’Appel du 18 Juin 1940 (2000), La Face cachée de 1940. Comment Churchill réussit à prolonger la partie (2003), La Libération de la France (avec Jacques Baumel, 2004), Les Tentatrices du diable. Hitler, la part des femmes (2005), Nuremberg face à l’histoire (2006), Un tragique malentendu : de Gaulle et l’Algérie (avec Jacques Baumel, 2006), Qui a tué Georges Mandel ? 1885-1944 (2008), Mers el-Kébir (2010), Petit Dictionnaire énervé de la Seconde Guerre mondiale (2010), Churchill et Hitler (2012), Hitler, 30 janvier 1933. La véritable histoire (2013), Une histoire du Troisième Reich (2014), Hitler. Propos intimes et politiques 1941-1942 (2016), Hitler. Propos intimes et politiques 1942-1944 (2016), Hitler et Pétain (2018), Martin Bormann, homme de confiance d’Hitler (2020), Sur ordre d’Hitler – Crimes passés inaperçus 1933-1945 (2025).