« La rumeur publique est plus forte que toutes les puissances de ce monde. » (Gilles Vigneault)

Docteure en histoire médiévale diplômée en 2017 par l’université d’Aix-Marseille pour une thèse intitulée Le scandale aux XIVᵉ et XVᵉ siècles d’après les chroniques contemporaines en latin et en français, Hélène Demichelis a attrait de ses travaux le substrat d’un roman paru chez Actes Sud, intitulé Scandale au Moyen Âge.

Allant de 1325 à 1411 et solidement fondé sur les chroniques médiévales et des témoignages d’alors, l’autrice met en scène des personnages royaux hauts en couleur ceints dans leurs palais d’un entourage crédule ou malveillant bruissant de rumeurs scandaleuses sur fond de catastrophes en tout genre (l’absence d’héritier mâle ; la guerre de Cent ans[1] et son lot de famines, destructions, pillages et viols ; l’épidémie de peste noire[2]…).

Il s’agit de Jeanne de Bourgogne (ca 1293-1349), surnommée « la Boiteuse », qui devint, par son mariage avec le futur roi Philippe VI de Valois, reine de France de 1328 à 1349. Durant la guerre de Cent Ans, Philippe VI, dans l’obligation de se déplacer constamment pour livrer bataille, confia à son épouse les pleins pouvoirs en son absence. Cette fonction attira à celle-ci une bien mauvaise réputation, accentuée par sa claudication, signe d’une possible malédiction selon certains…

D’Isabelle de France (vers 1295-1358) qui fut reine en tant qu’épouse d’Édouard II, roi d’Angleterre. En 1326, à la tête d’une petite armée de mercenaires, elle déposa son époux et devint régente au nom de son fils aîné, proclamé roi sous le nom d’Édouard III. Beaucoup supposent qu’elle fut par la suite l’instigatrice de l’assassinat de son mari.

De Charles II de Navarre, dit « Charles le Mauvais » (1332-1387), qui fut roi de Navarre de 1349 à 1387 et comte d’Évreux de 1343 à 1378.

Et de Charles VI, dit « le Fou » (1368-1422), qui fut roi de France de 1380 jusqu’à sa mort. En 1392, il fut victime d’une première crise de démence, avant d’être placé sous la régence de ses oncles, le duc Jean de Berry et le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. Jusqu’à sa mort, Charles VI alterna périodes de folie et de lucidité. En sus de ses oncles influents, le pouvoir fut aussi détenu par son épouse, la reine Isabeau de Bavière. Son frère cadet, Louis d’Orléans, aspirait également à la régence. L’inimitié entre ce dernier et Jean sans Peur, successeur de Philippe le Hardi, plongea le royaume dans une guerre civile avant que la mort de Charles VI ravive la guerre de Cent Ans.

Le roman est vivant et captivant, bâti autour de divers scandales, fondés ou pas, mais vus comme des événement sociaux, politiques, religieux et moraux, capables de susciter l’indignation, la colère, et même l’effroi…

Un ouvrage particulièrement brillant !

PÉTRONE

Scandale au Moyen Âge par Hélène Demichelis, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Domaine historique », septembre 2026, 115 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 14 € (prix France)


[1] La guerre de Cent Ans est une série de conflits armés entrecoupés de trêves qui opposa de 1337 à 1453 le royaume d’Angleterre de la dynastie Plantagenêt et le royaume de France de la dynastie des Valois.

[2] En Europe, elle fit environ 25 millions de victimes en cinq ou six ans (1347-1352), soit entre 30 et 60% de la population.

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Date de publication
lundi 7 septembre 2026
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