Laure Murat (°1967), fille du prince Napoléon Murat (1925-1998), écrivain et producteur de films, et d’Inès d’Albert de Luynes, historienne et biographe, est une historienne française diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales (2004),
En 2006, elle a soutenu avec la mention summa cum laude une thèse intitulée L’invention du troisième sexe. Sexes et genres dans l’histoire culturelle (1835-1939) et a été engagée comme professeure au département d’études françaises et francophones de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) où elle a accédé au titre de Distinguished Professor en 2022.
En 2023, elle a déclaré : « Je n’ai pas d’enfants, je ne suis pas mariée, je vis avec une femme, je suis professeure d’université aux États-Unis, je vote à gauche et je suis féministe[1] ».
Une affirmation qui situe d’où elle parle dans Toutes les époques sont dégueulasses, un court essai au titre inspiré par Antonin Artaud, paru chez Verdier à Paris, dans lequel elle traite de la question controversée des modifications apportées ces derniers temps à des œuvres littéraires et artistiques pour épargner à leurs lecteurs les expressions racistes ou sexistes qu’elles contiennent ou contiendraient… bref, de la censure au nom de la nouvelle morale.
Elle s’y penche sur les cas de Casino Royale (1953) et Goldfinger (1959) d’Ian Fleming (le père de James Bond, 1908-1964), sur Sacrées sorcières (1983) et Matilda (1988) de Roald Dahl (1916-1990), sur les Dix petits Nègres (1939) d’Agatha Christie (1890-1976), sur le cas particulièrement glissant pour une non-belge[2] de Tintin au Congo (1931) par Hergé (1907-1983) et sur les Aventures d’Huckleberry Finn (1884) de Mark Twain (1835-1910).
Pour ce faire, Laure Murat établit un distinguo théorique entre la réécriture (production artistique d’une œuvre à partir d’une autre œuvre artistique, comme c’est par exemple le cas de l’opéra Carmen de Bizet à partir de la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée) et la récriture (modifications d’un texte littéraire publié ou en voie de parution) pour estimer que la réécriture est parfaitement légitime et que la récriture devrait être le fait exclusif de l’auteur, avec son assentiment.
Elle démontre en effet que la récriture telle qu’elle est pratiquée de nos jours, basée sur de bons sentiments, rate largement sa cible pour diverses raisons, l’appât du gain n’étant pas la moindre, et débouche sur des incohérences.
Elle plaide alors pour une recontextualisation approfondie (préfaces, postfaces, appareils de notes, dossiers) des œuvres plutôt que leur expurgation et elle lance un appel à la créativité artistique de « réécrivains » pour sortir par le haut de la problématique.
Une suggestion bienvenue au moment où les lecteurs occidentaux subissent les diktats de la censure moralisatrice wokiste et les interdits de la censure moralisatrice trumpiste…
PÉTRONE
Toutes les époques sont dégueulasses – Ré(é)crire, sensibiliser, contextualiser par Laure Murat, Paris, Éditions Verdier, collection « La petite jaune – Les arts de lire », mai 2025, 77 pp. en noir et blanc au format 10 x 15,8 cm sous couverture brochée monochrome, 7,50 € (prix France)
[1] Isabelle Larmat et Causeur.fr, « Laure Murat, mauvaise graine ? », sur Causeur, 8 octobre 2023 cité sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Laure_Murat
[2] Contrairement à tant d’exégètes hexagonaux, elle ne s’en sort pas trop mal, quoique… Mais ceci est une autre histoire, comme disait Rudyard Kipling.