« Nous fûmes les Guépards, les Lions ; ceux qui nous remplaceront seront les chacals et des hyènes. » (Tancrède dans « Le Guépard »)

Après s’être penché sur la vie de la marquise Casati, de Renée Vivien, d’Eva Perón, de Yukio Mishima et d’Hortense Marie Héliard alias Marc Hélys, l’essayiste Loup Odoevsky Maslov publie, chez Séguier à Paris, Giuseppe Tomasi di Lampedusa – Une biographie, un ouvrage magistral consacré à l’auteur du roman Le Guépard (1958, posthume) dont le grand cinéaste italien Luchino Visconti (1906-1976) tira un film inoubliable couronné de la Palme d’or au festival de Cannes 1963 et dont les rôles principaux étaient tenus par Claudia Cardinale (1938-2025), Alain Delon (1935-2024) et Burt Lancaster (1913-1994).

Après la publication d’un recueil de nouvelles, Le Professeur et la Sirène, et de quelques textes de conférences sur Gustave Flaubert et Stendhal, la littérature française du XVIsiècle et la littérature anglaise[1], Le Guépard est le seul roman – mais quel roman ! – du gentilhomme sicilien Giuseppe Tomasi, prince de Lampedusa, duc de Palma, baron de Montechiaro et de la Torretta, grand d’Espagne de première classe, né le 23 décembre 1896 à Palerme et mort le 23 juillet 1957 à Rome.

Ce chef-d’œuvre poétique, politique et crépusculaire, méditant sur le passage du temps, la mort et la capacité (ou l’incapacité) des sociétés à se renouveler, suit le prince Fabrizio Salina, un aristocrate lucide et mélancolique, au moment où la Sicile bascule dans l’Italie unifiée lors du Risorgimento, dans les années 1860.

À travers son regard, on voit une noblesse en déclin, incapable de s’adapter aux forces nouvelles qui montent : la bourgeoisie ambitieuse, incarnée par Don Calogero Sedara, et la jeunesse opportuniste, représentée par Tancrède, le neveu du prince, qui comprend que « si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ».

L’amour entre Tancrède et Angelica, fille de Sedara, symbolise cette fusion entre l’ancien monde et le nouveau pouvoir. Pendant ce temps, le prince Salina observe, avec une clairvoyance implacable, la fin de son univers et l’inéluctable transformation de la Sicile.

Fondé sur une riche documentation brillamment servie par un style limpide, l’ouvrage de Loup Odoevsky Maslov raconte autant le prince Giuseppe Tomasi di Lampedusa que l’intrication de sa vie dans son œuvre, celle d’un enfant unique après la mort de sa sœur aînée, fils d’un homme de nature froide et distante et d’une mère très présente et pénible à vivre, jeune officier d’artillerie pris dans la tourmente de Caporetto en 1917, marié en 1932 avec une aristocrate lettonne ar ailleurs psychanalyste, témoin de la destruction de son palais sous les bombes en 1943, collectionneur de livres (sa bibliothèque en comptait plus de 9000 en 1952), conférencier pour happy fews, écrivain en butte aux refus des éditeurs et auteur auréolé de gloire littéraire posthume…

Captivant !

PÉTRONE

Giuseppe Tomasi di Lampedusa – Une biographie par Loup Odoevsky Maslov, Paris, Éditions Séguier, novembre 2025, 315 pp. en noir et blanc au format 15 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 € (prix France)


[1] Sur Shakespeare, Milton, Wordsworth, Coleridge, Byron, Theodore Hoog, Kipling, Joyce, T.S. Eliot, Virginia Woolf, Evelyn Waugh, Graham Greene, E.M. Forster…

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Date de publication
mercredi 18 février 2026
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