Docteure en sciences, Christine Leteux (°1966) est une spécialiste de l’histoire du cinéma en Europe et aux États-Unis. On lui doit des essais brillants comme Albert Capellani – Cinéaste du romanesque paru en 2013 et Continental Films – Cinéma français sous contrôle allemand sorti en 2017.
En 2015, elle avait publié une biographie magistrale basée sur des archives françaises et américaines, Maurice Tourneur – Réalisateur sans frontières,que les Éditions Actes Sud ressortent aujourd’hui pour commémorer les 150 ans de la naissance du cinéaste.
Le réalisateur français Maurice Félix Thomas dit Maurice Tourneur, né le 2 février 1876 à Paris et mort le 4 août 1961 dans la même ville à l’âge de 85 ans, a occupé une place majeure dans l’histoire du cinéma des deux côtés de l’Atlantique.
Il commença sa vie professionnelle comme graphiste et illustrateur de magazines, puis s’engagea dans une unité d’artillerie en Afrique du Nord avant de devenir, à son retour, assistant du sculpteur Auguste Rodin (1840-1917), puis du peintre Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898).
Attiré par le théâtre, il devint acteur, croisa la route de la tragédienne Réjane (1856-1920) qu’il suivit dans sa tournée en Amérique du Sud.
Jusqu’en 1911, il mit en scène près de 400 pièces de théâtre.
A partir de 1912, Maurice Tourneur s’est intéressé au cinéma, devenant l’assistant de son ami Émile Chautard (1854-1934), puis passant à la réalisation. Pour la Société Française des Films et Cinématographes Éclair, il tourna Le Mystère de la chambre jaune (1913), Les Gaîtés de l’escadron (1913), Monsieur Lecoq (1914) et Le Parfum de la dame en noir (1914).
Parlant couramment l’anglais, il fut envoyé en 1914 par Éclair aux États-Unis et, en 1918, il y fonda sa propre maison de production.
Son talent pour la composition picturale, le montage et la direction d’acteur firent de lui, en quelques années, l’égal d’un D. W. Griffith ou d’un Cecil B. DeMille.
Il offrit des rôles à des célébrités comme Mary Pickford, Paulette Duval, Robert Warwick, Olga Petrova, Walter Pidgeon ou Elsie Ferguson et il exerça une grande influence sur le travail de Fritz Lang et de Josef Von Sternberg. À cette époque, la World Pictures le considéra comme le meilleur cinéaste du moment.
Revenu en France à l’avènement du parlant en 1927, il tourna jusqu’en 1948, dirigeant les plus grands acteurs : Jean Gabin, Raimu, Maurice Chevalier, Fernandel, Harry Baur, Louis Jouvet, Pierre Fresnay, Danielle Darrieux, Gaby Morlay, Michèle Morgan, Charles Vanel, Victor Francen, Pierre Larquey, Edwige Feuillère, Madeleine Renaud, Jean-Pierre Aumont, Albert Préjean, Paul Meurisse, Simone Signoret, Simone Valère, Danièle Delorme…
Victime d’un accident d’auto en 1952, amputé d’une jambe, il se mit ensuite à la traduction de 8 romans policiers pour la Série noire.
Il fait partie des très rares artistes français à avoir été honorés par une étoile au Hollywood Walk of Fame à Los Angeles.
PÉTRONE
Maurice Tourneur – Réalisateur sans frontières par Christine Leteux, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Institut Lumière », février 2026 [2015], 524 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 28 € (prix France)
ŒUVRES DE MAURICE TOURNEUR
Cinéma muet
En France
1912 :
Max boxeur par amour de Max Linder, où il est acteur
1913 :
Le Mystère de la chambre jaune
Jean la Poudre
Les Gaîtés de l’escadron
Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume
Le Dernier Pardon
Le Puits mitoyen
Le Camée
Sœurette
Le Corso rouge
Mademoiselle Cent-Millions
Le Friquet
La Bergère d’Ivry
1914 :
Monsieur Lecoq
Figures de cire
Le Parfum de la dame en noir
Aux États-Unis
1914 :
The Man of the Hour (La Treizième Heure)
Mother (Maman)
The Wishing Ring (Fille de pirates)
The Pit (Le Spéculateur)
1915 :
The Cub
The Ivory Snuff Box (Le Code secret)
A Butterfly on the Wheel (Insouciance)
Alias Jimmy Valentine (Jimmy le mystérieux)
Trilby (Trilby)
1916 :
The Closed Road
The Pawn of Fate (La Folle Chimère)
The Hand of Peril
The Rail Rider
The Velvet Paw (L’Amérique, championne du droit)
A Girl’s Folly
1917 :
The Whip (La Casaque verte)
The Undying Flame (La Flamme éternelle)
Exile (L’Exilée)
The Law of the Land
The Pride of the Clan (Fille d’Écosse)
The Poor Little Rich Girl (Pauvre petite fille riche)
Barbary Sheep (La Délaissée)
The Rise of Jenny Cushing (Les Étapes du Bonheur)
1918 :
The Rose of the World (Les Yeux morts)
A Doll’s House (Maison de poupée)
The Blue Bird (L’Oiseau bleu)
Prunella
Woman
1919 :
Sporting Life
My Lady’s Garter
The White Heather (La Bruyère blanche)
The Life Line (La Ligne de vie)
Victory (Le Secret du bonheur)
The Broken Butterfly (Le Papillon brisé)
1920 :
The County Fair
The Great Redeemer (Un lâche)
While Paris Sleeps (Dans la ville endormie)
Treasure Island (L’Île au trésor)
The White Circle (Le Cercle blanc)
Deep Waters (Au fond de l’océan)
1921 :
The Bait (La Fange)
The Last of the Mohicans (Le Dernier des Mohicans) avec Clarence Brown
The Foolish Matrons
1922 :
Lorna Doone
1923 :
The Christian (Calvaire d’apôtre)
The Isle of Lost Ships (L’Île des navires perdus)
The Brass Bottle
Jealous Husbands (Les Deux Gosses)
1924 :
Torment
The White Moth (La Phalène blanche)
1925 :
Never the Twain Shall Meet (La Frontière humaine)
Sporting Life
Clothes Makes the Pirate (Le Corsaire aux jambes molles)
1926 :
Aloma of the South Seas (Aloma)
Old Loves and News (Le Cavalier des sables)
En Allemagne
1927 : Das Schiff der verlorenen Menschen (Le Navire des hommes perdus)
En France
1928 : L’Équipage, dernier film muet de Tourneur.
Cinéma parlant
En France
1930 :
Accusée, levez-vous !
1931 :
Maison de danses
Partir
1932 :
Au nom de la loi
Les Gaités de l’escadron
Lidoire
1933 :
Les Deux Orphelines
L’Homme mystérieux
1934 :
Le Voleur
1935 :
Justin de Marseille
Kœnigsmark
1936 :
Samson
Avec le sourire
1938 :
Le Patriote
Katia
1941 :
Volpone
Péchés de jeunesse
Mam’zelle Bonaparte
1943 :
La Main du diable
Le Val d’enfer
1944 :
Cécile est morte
1948 :
Après l’amour
Impasse des Deux-Anges [1]
[1] Source : Wikipédia.