Né le 22 juin 1897 à Breslau (Empire allemand) dans une famille de commerçants juifs aisés et mort le 1er août 1990 à Amsterdam, Norbert Elias était un penseur allemand, auteur en 1939 d’un ouvrage majeur de sociologie historique publié à Bâle, Über den Prozeß der Zivilisation (Sur le processus de civilisation), paru en France en deux volumes, La Civilisation des mœurs en 1973 et La Dynamique de l’Occident en 1975.
Dans leur collection « Champs », les Éditions Flammarion ressortent actuellement un autre magnum opus passionnant de ce chercheur inventif, La société de cour (Die höfische Gesellschaft, paru en allemand à Berlin en 1969). à savoir son mémoire d’habilitation à enseigner à l’université déposé en 1933, mais qu’il n’a jamais soutenu, l’arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes la même année ayant provoqué l’interdiction de sa publication.
Établi à Londres en 1935, Norbert Elias fut successivement assistant de recherche à la London School of Economics, enseignant-chercheur à l’université de Leicester, directeur du département de sociologie de l’université Legon au Ghana et enseignant au Centre de recherche interdisciplinaire de l’université de Bielefeld en Allemagne.
En 1987, il avait été fait docteur honoris causa de l’Université des lettres et sciences humaines de Strasbourg.
De nombreuses chaires universitaires et centres de recherche de par le monde ont été baptisés en son honneur.
Dans La société de cour, il analyse la cour monarchique française des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles comme un dispositif social central du pouvoir absolutiste, en particulier sous le règne de Louis XIV. La cour n’était pas alors seulement un lieu de résidence, mais un système de relations sociales fondé sur la dépendance au souverain et la concurrence permanente pour le prestige et les faveurs royales.
Norbert Elias montre que la noblesse, privée progressivement de son pouvoir militaire et politique, fut domestiquée par le roi à travers un ensemble de rites, d’étiquettes et de contraintes financières. Les dépenses somptuaires, l’architecture des palais, la proximité physique avec le roi et le respect strict des règles de conduite et de l’étiquette devinrent des instruments essentiels de domination sociale.
Cette organisation produisit un nouvel habitus psychique fondé sur la maîtrise de soi, la retenue des affects, un sens aigu de l’apparence et de la distinction.
Ces comportements, d’abord réservés à l’aristocratie de cour, se diffusèrent progressivement à l’ensemble de la société française et participèrent au processus de civilisation analysé par Norbert Elias dans l’ensemble de son œuvre.
Enfin, l’auteur établit un lien entre les tensions internes de la société de cour et les conditions sociales de la noblesse et de la bourgeoisie qui menèrent, à long terme, à la Révolution française.
PÉTRONE
La société de cour par Norbert Elias, préface de Roger Chartier, traduction de l’allemand par Pierre Kamnitzer et Jeanne Etoré, Paris, Éditions Flammarion, collection « Champs essais », janvier 2026 [1974, 1985], 432 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 11,70 € (prix France)
TABLE DES MATIERES
Préface
Avant-propos
Introduction
Chapitre premier. Structures et signification de l’habitat
Chapitre II. Le système des dépenses
Chapitre III. L’étiquette et la logique du prestige
Chapitre IV. Le roi au sein de la société de cour
Chapitre V. Formation et évolution de la société de cour en France
Chapitre VI. Curialisation et romantisme aristocratique
Conclusion. Aux origines de la Révolution
Index analytique
Annexes