Auteur de nombreux articles et ouvrages[1], spécialiste du Moyen Âge et de François Guizot (1787-1874), l’historien français Laurent Theis (°1948, Paris) est une grosse pointure : ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé d’histoire, docteur de 3e cycle en 1976 sous la direction de René Rémond (1918-2007), marqué par Jacques Le Goff (1924-2014) et Georges Duby (1919-1996), il a enseigné à la Sorbonne puis fut secrétaire des débats à l’Assemblée nationale française. Il a aussi été président de la Société de l’histoire du protestantisme français de 1996 à 2002, et il fait partie du comité scientifique de la revue L’Histoire.
Il publie chez Perrin un essai magistral intitulé Reines carolingiennes – Berthe, Hildegarde et les autres 751-897 par lequel il remet dans la lumière la personnalité et l’action de « la trentaine de femmes qui, en neuf générations successives couvrant deux siècles, ont épousé un roi, voire un empereur, descendant direct de Charles Martel, et ont pesé sur les destinées des royaumes francs », tout en demeurant inconnues, pour la plupart d’entre elles.
Ayant exercé une influence considérable dans divers domaines politiques, culturels et religieux, elles ont répondu à de doux prénoms :
• pour la première génération : Bertrade (l’épouse de Pépin le Bref, dite Berthe « au grand pied »), ;
• pour la deuxième génération : Himiltrude, Désirée, Hildegarde, Fastrade et Liutgarde (les cinq épouses de Charlemagne), Gerberge (l’épouse de Carloman Ier) ;
• pour la troisième génération : Chrotais (liée à Pépin d’Italie), Ermengarde (l’épouse de Louis Ier le Pieux), Judith (la seconde épouse de Louis Ier le Pieux) ;
• pour la quatrième génération : Cunégonde (l’épouse de Bernard, roi d’Italie), Ingeltrude ou Ringarde (l’épouse de Pépin Ier d’Aquitaine), Emma (l’épouse de Louis le Germanique), Ermentrude et Richilde (les deux épouses de Charles le Chauve) ;
• pour la cinquième génération : Engelberge (encore célèbre de nos jours en Italie, elle fut l’épouse de l’empereur Louis II le Jeune), Theutberge et Waldrade (les deux épouses de Lothaire II), Liutzwinde (la concubine de Carloman de Bavière), Liutgarde encore (l’épouse de Louis III le Jeune), Richarde (l’épouse de Charles le Gros, qui fut béatifiée), Ansgarde et Adélaïde (les deux épouses de Louis le Bègue) ;
• pour la sixième génération : Oda ou Uta (l’épouse d’Arnulf de Germanie), Edwige ou Ogive (l’épouse de Charles le Simple) ;
• pour la septième génération : une autre Oda (l’épouse de Zwentibold), Gerberge (l’épouse de Louis IV d’Outremer) ;
• pour la huitième génération : Emma (l’épouse de Lothaire III) ;
• et pour la neuvième génération : Adélaïde ou Blanche (l’épouse de Louis V).
Dans son essai très documenté qui se lit comme un roman captivant, Laurent Theis montre comment ces dames du temps jadis agirent en faveur de l’expansion du christianisme, « exercèrent des responsabilités importantes au sein du Palais royal, s’investirent dans la diplomatie au service de la paix, entretinrent avec des papes des rapports de confiance, et prirent leur part dans le remarquable essor culturel de l’Empire carolingien ».
Une bien belle façon de leur rendre justice…
PÉTRONE
Reines carolingiennes – Berthe, Hildegarde et les autres 751-897 par Laurent Theis, Paris, Éditions Perrin, mars 2026, 216 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,50 € (prix France)
[1] La guerre d’Algérie ou le temps des méprises (avec Philippe Ratte, 1974), Vincent Auriol, Journal du Septennat, t. 5-1951 (éd. sc., 1975), Dagobert, un roi pour un peuple (1982, rééd. 2017), L’avènement d’Hugues Capet. 3 juillet 987 (1984), Nouvelle histoire de la France médiévale, vol. 2 – L’héritage des Charles : de la mort de Charlemagne aux environs de l’an mil (1990), Histoire du Moyen Âge français : chronologie commentée de Clovis à Louis XI (1992, rééd. 2012), Clovis, de l’histoire au mythe (1996, rééd. 2015), François Guizot, Histoire de la Révolution d’Angleterre (éd. sc., 1997), Robert le Pieux : le roi de l’an mil (1999), François Guizot, Lettres à sa fille Henriette : 1836-1874 (éd. sc., 2002), Histoire de la diplomatie française, t. 2, De 1815 à nos jours (coll., 2005, 2007), François Guizot (2008), Chronologie commentée du Moyen Âge français (2010), Guizot. La traversée d’un siècle (2014), Lamartine, Histoire des Girondins (éd. sc., avec Anne Theis, 2014), Souvenirs et chronique de la duchesse de Dino, nièce aimée de Talleyrand (éd. sc., avec Anne Theis, 2016), François Guizot, Washington (2017), Mme de Staël. La Passion de la liberté (éd. sc., 2017), Les grandes énigmes de l’Histoire de France (collectif, 2017), Jean-François Revel, Mémoires (éd. sc., 2018), Charles le Chauve – L’empire des Francs (2021), Rois des Francs (2023), Ximénès Doudan. 1800-1872 – Une perle inconnue, suivi d’un choix de lettres (2024), François Guizot, Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps (éd. sc., 2024).