Les Éditions Gallimard ressortent au format de poche les quinze premiers chapitres (de la naissance au départ du « toit familial » du personnage principal) de La vie d’un simple – Mémoires d’un métayer, un roman préprolétarien de l’écrivain paysan Émile Guillaumin (1873-1951) paru en 1904 et couronné alors par l’Académie française.
La littérature prolétarienne, un courant littéraire initié en France dans les années 1930 par Henry Poulaille (1896-1980) affirmant qu’elle « désigne les œuvres écrites par des auteurs qui témoignent des conditions d’existence de leur classe sociale, principalement ouvrière ou paysanne, et qui défendent les intérêts du prolétariat dans leur expression littéraire », a rallié en France des auteurs comme Tristan Rémy (1897-1977), Charles Bourgeois (1917-1976), Marc Bernard (1900-1983), Marcel Martinet (1887-1944), Eugène Dabit[1] (1898-1936), Édouard Peisson (1896-1963)… et en Belgique des auteurs comme Constant Malva (1903-1969), Pierre Hubermont (1903-1989), Albert Ayguesparse (1900-1996), Victor Serge (1890-1947), Charles Plisnier (1896-1952), Edmond Vandercammen (1901-1980), Francis André (1897-1976), Neel Doff[2] (1858-1942), Jean Tousseul (1890-1944) et Constant Burniaux (1892-1975).
La parution de La vie d’un simple fut un événement à la fois littéraire et sociologique qui connut un succès exceptionnel.
Pour la première fois, un paysan se faisait écrivain et consacrait un roman à sa propre condition sociale – Émile Guillaumin, syndicaliste paysan[3] issu du monde des métayers[4] et qui n’avait pour tout bagage que cinq ans d’études dans l’école primaire de son village, exploita sa vie durant à Ygrande, un village de l’Allier, une fermette de trois hectares et ses trois vaches.
Voici ce qu’en a dit l’écrivain français Michel Ragon (1924-2020), spécialiste incontesté de la littérature prolétarienne et de l’histoire de l’anarchisme :
« Son chef-d’œuvre, La vie d’un simple, n’est pas une autobiographie, mais un vrai roman, document exceptionnel sur la vie paysanne en France dans la seconde moitié du XIXe siècle. Guillaumin ne force pas le trait de ses personnages, ne les noircit pas. Il est discret et, en même temps, son récit tranquille constitue un terrible réquisitoire. C’est la vérité de ce livre pudique qui fit son succès et qui lui assure aujourd’hui, un siècle plus tard, sa pérennité. »
Un ouvrage qui plonge dans les racines profondément humaines de la France rurale…
PÉTRONE
La vie d’un simple – Fragments par Émile Guillaumin, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio 3 € », juin 2026 [1904, 1922, 1943, 1945], 134 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 3 € (prix France)
[1] Qui a remporté en 1929 un très grand succès avec son roman L’Hôtel du Nord couronné du prix du roman populiste et porté à l’écran en 1938 par Marcel Carné avec les acteurs Arletty et Louis Jouvet.
[2] De nationalité hollandaise, elle mena sa carrière littéraire en Belgique, où elle rédigea ses ouvrages en langue française. Sa trilogie Jours de famine et de détresse (1911), Keetje (1919) et Keetje Trottin (1921), est considérée comme relevant de la littérature prolétarienne belge.
[3] Au début du XXe siècle, les métayers du Bourbonnais se sont constitués en syndicat et Guillaumin milita toute sa vie dans leurs rangs.
[4] Le terme « métayer » désigne une personne qui exploite un domaine rural selon le système du métayage, c’est-à-dire en prenant à bail un domaine et en partageant les fruits de l’exploitation avec le propriétaire. (Larousse)