Autrice d’ouvrages pour la jeunesse[1] née à Paris en 1968, Florence Medina a été comédienne, serveuse, hôtesse d’accueil, adjointe aux relations publiques dans une compagnie théâtrale et poseuse d’enduit mural. En sus d’être autrice, elle est aussi interprète en LSF (langue des signes française)[2].
Sortant du cadre habituel de ses publications, elle fait paraître aux Éditions de l’Aube, sous le titre Maman, le loup m’emporte, la relation très documentée et adéquatement illustrée d’une épouvantable affaire criminelle qui suscita l’émotion en France à l’époque de la Monarchie de Juillet.
Résumé des faits :
Le 13 mars 1840, dans la commune de La Villette au nord de Paris, on découvrit dans un chemin boueux la dépouille d’un enfant horriblement égorgé et dont le crâne a été défoncé. Auprès de lui, on trouva un scapulaire représentant l’image de la Vierge.
Comme personne ne se présentait pour réclamer le corps, le juge d’instruction fit embaumer le cadavre pour lutter contre sa décomposition et permettre qu’il soit éventuellement reconnu par la suite.
Deux mois plus tard, une jeune veuve, Marie Anizat et sa fille Mathilde, furent assassinées à Artigues, en Gironde, et leur meurtrier fut rapidement arrêté.
Élève brillant, premier de sa classe, admiré par ses enseignants, Pierre‑Vincent Eliçabide, né le 15 juin 1810 à Mauléon (Basses‑Pyrénées), ancien élève du séminaire de Bétharram[3] à Pau, puis de celui de Bayonne en vue d’entrer dans les ordres, avait soudain abandonné ses études religieuses pour devenir instituteur à la fondation de l’école primaire Notre-Dame de Bétharram et professeur particulier au sein de riches familles installées à Bordeaux.
Il rencontra ensuite Marie Anizat, mère de deux enfants, dont l’un, Joseph, était son élève à Bétharram.
Rapidement, il tomba amoureux de Marie Anizat, originaire de Salies-de-Béarn en Soule, comme lui.
En octobre 1839, il quitta la direction de l’établissement scolaire pour Paris, où il espérait faire fortune, et il invita la veuve à le rejoindre avec ses deux enfants.
Dans un premier temps, le 11 mars 1840, Marie Anizat lui envoya son fils aîné, Joseph, afin de faciliter son éducation. Le soir de son arrivée, le 13 mars, Vincent Eliçabide conduisit l’enfant dans un chemin près des abattoirs de la Villette et l’assomma à coups de marteau avant de l’égorger.
Durant un mois et demie, Vincent Eliçabide poursuivit une correspondance avec Marie pour la rassurer de la bonne santé du jeune Joseph.
Le 6 mai 1840, Marie Anizat arriva avec sa fille Mathide à l’hôtel des Deux-Rives, rue Courbin à Bordeaux. Vincent Eliçabide parvint à Bordeaux dans la matinée du 8 mai, mais il ne se présenta que le jour suivant à l’hôtel des Deux-Rives.
Au cours d’une promenade à Artigues-près-Bordeaux, le 9 mai, il massacra la veuve et sa fille, comme il l’avait fait avec Joseph.
Le lendemain, à la suite d’un signalement effectué par un hôtelier de Bordeaux qui considérait qu’un de ses clients avait un comportement étrange (« en état de troubles et d’égarement »), le dénonça à la police. Intrigué, l’hôtelier s’était rendu compte en espionnant l’homme dans sa chambre que celui-ci portait sur lui des vêtements de femme « souillés de sang ».
Le lundi 11 mai à six heures du matin, un commissaire de police, averti du double assassinat d’Artigues, se rendit dans l’hôtel et procéda à l’arrestation de Pierre-Vincent Eliçabide.
Très vite, celui-ci reconnut avoir également tué, deux mois auparavant, le jeune Joseph à La Villette.
Il affirma que sa principale motivation était de cacher à la famille Anizat sa situation d’errance et son échec dans son désir de réussir à Paris.
À l’issue de son procès, l’un des plus suivis de l’époque, donnant en particulier lieu à un débat sur la « folie meurtrière », Vincent Eliçabide fut jugé et condamné par la cour d’assises de Gironde, puis décapité à Bordeaux le 3 novembre 1840.
Dans son ouvrage passionnant, Florence Medina retrace le déroulement de cette affaire impressionnante et le parcours de ce meurtrier qui réclamait l’intercession de la Vierge en la suppliant « Maman, le loup m’emporte », depuis son enfance jusqu’à son exécution.
PÉTRONE
Maman, le loup m’emporte par Florence Medina, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube en coédition avec RetroNews, collection « Noire », série « L’Affaire qui… », août 2026, 184 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,90 € (prix France)
[1] Direct du cœur (2018), Une Poussière d’étoile dans l’œil (2018), Passionnément, à la folie, à la folie (2021), Une Sirène de poche (2021), Charles, 1943 (2022), Ni Prince ni charmant (2022), La Tour de Jeanne (2023), La confiture de Berbéranza (2024), Mon beau mammouth (2024), 17 millimètres (2024), Marius et Sabinus – Deux frères à Pompéi (2024), Le Fantôme de la rue des Fêtes (2025), Perchés (2026), Simon, 1944 (2026).
[2] https://www.lisez.com/auteurs/florence-medina
[3] Une institution scolaire catholique aujourd’hui sous le feu du scandale : https://r.wikipedia.org/wiki/Affaire_Bétharram