À l’abbaye royale de Fontevraud[1], les gisants de la crypte – ceux d’Aliénor d’Aquitaine, de son époux Henri II Platagenêt, de leur fils Richard Cœur de Lion et de leur fille Jeanne d’Angleterre[2] –, évoquent le souvenir de ceux qu’ils recouvrent et de leurs liens avec le monastère bénédictin, un souvenir que ressuscite l’album Aliénor – Une reine à Fontevraud paru chez Glénat à Grenoble pour célébrer le neuvième centenaire de la naissance de la souveraine.
Fille aînée de Guillaume X (1099-1137), duc d’Aquitaine et comte de Poitiers, Aliénor d’Aquitaine, née vers 1124 et morte à Poitiers « aux calendes d’avril » le 31 mars ou le 1er avril 1204, fut tour à tour reine de France, puis reine d’Angleterre.
Duchesse d’Aquitaine et comtesse de Poitiers à partir du 9 avril 1137, elle épousa, le 25 juillet suivant en la cathédrale Saint-André Bordeaux, l’héritier du royaume de France qui devint le roi Louis VII[3] le 1er août 1137.
Reine de France pendant quinze ans, elle joua un rôle politique et culturel important, et elle participa avec son époux à la deuxième croisade (1147-1149), qui se solda pour eux par une défaite militaire et un conflit matrimonial engendrant une « légende noire » d’infidélité d’Aliénor.
Plusieurs autres différends et l’absence d’un héritier[4] aboutirent à l’annulation de leur mariage en mars 1152 par un tribunal ecclésiastique siégeant dans l’église de l’abbaye Notre-Dame de Beaugency.
La même année, huit semaines après l’annulation de son premier mariage, Aliénor épousa le duc Henri Plantagenêt, de neuf ans son cadet, qui fut couronné roi d’Angleterre en 1154 sous le nom de Henri II, et avec qui elle donna naissance, par la suite, à six garçons et trois filles[5].
Durant les trente-cinq années de règne d’Henri II, elle exerça des fonctions de régente et représenta le roi, en Angleterre et sur le continent, lors des absences de celui-ci.
Mais en 1173, Aliénor sentant son autorité menacée dans ses États et craignant d’être écartée du trône au profit d’une rivale[6], soutint et probablement suscita la révolte de ses fils Richard, Geoffroy et Henri le Jeune contre leur père, Henri II, à la suite de quoi elle fut retenue captive pendant quinze ans par son mari.
Devenue veuve en 1189, elle déploya jusqu’à sa mort une activité inlassable pour maintenir la cohésion de l’Empire Plantagenêt, pour ses fils Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre.
Elle passa ses dernières années à l’abbaye de Fontevraud, dirigée par des femmes, où elle mourut en 1204 à plus de quatre-vingts ans.
PÉTRONE
Aliénor – Une reine à Fontevraud par Izabo et Isa Python, préface de Christelle Morençais, Grenoble, Éditions Glénat, juin 2026, 56 pp. en quadrichromie (dont un cahier documentaire de 9 pp. rédigé par des historiens) au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 15,50 € (prix France)
[1] Bâtie à Fontevraud dans le Maine-et-Loire, cette abbaye d’inspiration bénédictine, siège de l’ordre de Fontevraud, fut fondée en 1101 par Robert d’Arbrissel. Il s’agit de l’une des plus grandes cités monastiques d’Europe. Initialement monastère mixte, accueillant femmes et hommes au sein des mêmes bâtiments, puis agrandi en monastère double dans l’esprit de la réforme grégorienne, l’abbaye de Fontevraud s’attira la protection des comtes d’Anjou, puis de la dynastie des Plantagenêts qui en firent leur nécropole. La Révolution française porta un coup d’arrêt définitif à l’établissement religieux qui devint établissement pénitentiaire jusqu’en 1963. C’est aujourd’hui un centre culturel de renommée internationale.
[2] Jeanne d’Angleterre (1165-1199) épousa en 1177 Guillaume II (1154-1189), roi de Sicile, puis, en 1196, Raymond VI de Toulouse (1156-1222), dont elle eut un fils, Raymond VII de Toulouse (1197-1249), dernier des comtes de Toulouse, et mourut en couches à Rouen.
[3] Sixième souverain de la dynastie des Capétiens directs, Louis VII, dit « le Jeune », puis « le Pieux », né en 1120 et mort le 18 septembre 1180 à Paris, fut roi des Francs de 1137 à 1180. Il épousa successivement Aliénor d’Aquitaine, Constance de Castille (ca 1136-1160), puis Adèle de Champagne (ca 1140-1206). Son fils, Philippe Auguste (1135-1223), lui succéda.
[4] Ils avaient eu deux filles, Marie de France (1145-1198) et Alix de France (1150-1197).
[5] Guillaume d’Angleterre (1153-1156), Henri le Jeune (1155-1183), Mathilde d’Angleterre (1156-1189), Richard Ier « Cœur de Lion » (1157-1199), Geoffroy d’Angleterre (1158-1186), Aliénor d’Angleterre (1161-1214), Jeanne d’Angleterre (1165-1199) et Jean « sans terre » (1166-1216).
[6] Henri II a laissé dans l’Histoire une réputation de paillardise. Guillaume de Newburgh, qui ne lui est généralement pas défavorable, écrivit « qu’il était très porté à la concupiscence et aux relations extra-conjugales », mais aussi « qu’il usa assez de la reine pour avoir d’elle une progéniture, mais lorsqu’elle cessa d’enfanter, il s’adonna à la volupté et engendra des bâtards ». (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ali%C3%A9nor_d%27Aquitaine)