« Alors, ce sera long et sanglant ? – Qu’est-ce que vous croyez ? La meilleure infanterie du monde contre la meilleure infanterie du monde. » (Arturo Pérez-Reverte, “Falcó”)

Diplômé en sciences politiques et en journalisme, l’Espagnol Arturo Pérez-Reverte (°1951) est un écrivain et scénariste espagnol. Il fut reporter et correspondant de guerre entre 1973 et 1994, pour le quotidien Pueblo pendant douze ans, puis pour la télévision espagnole (TVE) pendant neuf ans.

Il a notamment couvert la guerre de Chypre, diverses phases de celle du Liban, la guerre d’Érythrée, la campagne de 1975 dans le Sahara, la guerre des Malouines, celles du Salvador, du Nicaragua, du Tchad, la crise de Libye, les guérillas au Soudan, la guerre du Mozambique, celle d’Angola, le coup d’État de Tunis…

Il a commencé sa carrière littéraire en 1986 et il se consacre aujourd’hui exclusivement à la littérature.

Son œuvre abondante, composée de nombreux best-sellers, est traduite en 34 langues[1] et il est membre de l’Académie royale espagnole depuis 2003.

Ses écrits faisant preuve d’une grande érudition, à mi-chemin entre policier et roman historique, évoquent aussi bien la restauration des peintures du Moyen Âge et les subtilités du jeu d’échecs (Le Tableau du maître flamand, Grand prix de littérature policière, 1993) que la genèse des romans d’Alexandre Dumas (Club Dumas[2]), la vie quotidienne des fantassins castillans au XVIIsiècle ou l’insurrection des Espagnols contre les troupes napoléoniennes.

Il en va de même pour la guerre d’Espagne (1936-1939)[3] dont il traite un épisode majeur dans Ligne de feu, un formidable page turner paru chez Gallimard.

Ce roman au souffle aussi puissant que celui du Docteur Jivago [4]de Boris Pasternak, est bâti autour de la bataille de l’Ebre qui, du 25 juillet au16 novembre 1938, constitua le plus vaste affrontement de la guerre civile espagnole, entre les forces républicaines (100 000 combattants) et les insurgés nationalistes (98 000 hommes).

Ce fut la dernière grande offensive des républicains, qui se solda par un échec et précipita la fin du conflit.

Le récit commence le 24 juillet 1938, par une nuit sans lune, quand les compagnies républicaines traversèrent l’Èbre en silence et prirent position sur la rive sud du fleuve, autour du village viticole de Castellets del Segre.

Dès le lendemain, les belligérants se disputèrent chaque colline, chaque vallon, chaque route, chaque ferme, chaque hameau et chaque village dans des combats féroces et sanglants.

D’un côté, se dressaient les brigades internationales, le bataillon Ostrovski et les jeunes appelés de la classe 1941, âgés de 16 ou 17 ans et sans expérience du combat, surnommés les « Biberons » ; de l’autre, les soldats musulmans du XIVtabor (des légionnaires, des réguliers indigènes et des mercenaires des territoires d’Ifni et du Sahara), les traditionalistes catholiques du Tercio de Montserrat et les volontaires des milices phalangistes et carlistes, le tout formant un corps d’armée composé de troupes aguerries au combat.

Ligne de feu met en scène dix jours de cette bataille décisive qui fit basculer l’histoire et scella le destin de personnages aussi inoubliables que Iouri Jivago, Tania Groméko, Lara Antipova et Pavel Antipov : Patricia Monzón, la militante communiste ; Julián Panizo, le dynamiteur murcien ; le sous-lieutenant Santiago Pardeiro ; le monarchiste catalan Oriol Les Forques ; Selimán al-Barudi, le caporal du tabor ; le soldat nationaliste Ginés Gorguel ; le chevrier phalangiste Saturiano Bescós ; Tonet, le garçonnet de 12 ans ; les journalistes étrangers Phil Tabb et Vivian Szerman, ainsi que le photographe Chim Langer.

Bien mieux qu’André Malraux dans L’Espoir (1937), John Dos Passos dans Adventures of a Young Man (1939, traduit en français en 1957) ou Ernest Hemingway dans Pour qui sonne le glas (1940), Arturo Pérez-Reverte raconte leurs combats et leur destinée, à la fois en ténor du roman historique et en correspondant de guerre expérimenté, au plus près des événements.

Époustouflant !

PÉTRONE

Ligne de feu par Arturo Pérez-Reverte, textes traduits de l’espagnol par Gabriel Laculli, Paris, Éditions Gallimard, collection « Du Monde entier », août 2026, 651 pp. en noir et blanc au format 15 x 21,3 cm sous couverture brochée et jaquette en couleurs, 25 € (prix France)


[1] Romans : Le Tableau du maître flamand, Grand prix de littérature policière 1993, rééd. 1994 et 2024) ; Le Club Dumas (1994, rééd. 1995 et 2026) ; Le Maître d’escrime (1994; rééd. 1995) ; Territorio comanche (1994) ; Le Capitaine Alatriste (1996, rééd. 2000) ; Les Bûchers de Bocanegra (1997, rééd. 2000) ; La Peau du tambour (1997, rééd. 1998) ; Le Soleil de Bréda (1999, rééd. 2000) ; Le Cimetière des bateaux sans nom (2001) ; L’Or du roi (2002, rééd. 2003) ; La Reine du Sud (2003, rééd. 2004) ; Cabo Trafalgar (2004) ; Le Gentilhomme au pourpoint jaune (2005) ; Corsaires du Levant (2008, rééd. 2005) ; Le Hussard (2005, rééd. 2006) ; Le Peintre de batailles (2007, rééd. 2008) ; Un jour de colère (2008, rééd. 2009) ; Cadix, ou la Diagonale du fou (2011, rééd. 2012) ; Le Pont des assassins (2012, rééd. 2013) ; Le Tango de la vieille garde (2013) ; La Patience du franc-tireur (2014) ; Deux hommes de bien (2017) ; Falcó (2018) ; Eva (2019) ; Sabotage (2020) ; L’Ombre de l’aigle (2022) ; Sans loi ni maître (2022) ; Sidi (2023) ; L’Italien (2024) ; Ligne de feu ( 2026). Nouvelles : Un asunto de honor ou Cachito (1995) ; Ojos azules (2009). Autres publications : Obra breve (1995) ; Patente de corso (articles de presse, 1998) ; Con ánimo de ofender (articles de presse, 2001) ; No me cogeréis vivo (2005) ; Cuando éramos honrados mercenarios (2009) ; Una historia de España (2019).

[2] Adapté au cinéma par Roman Polanski sous le titre La Neuvième Porte (“The Ninth Gate”, 1999), un film avec Johnny Depp.

[3] La guerre d’Espagne (également désignée sous le nom de guerre civile espagnole) est un conflit qui, du 17 juillet 1936 au 1er avril 1939, opposa en Espagne d’une part le camp des républicains, orienté à gauche et à l’extrême gauche, composé de loyalistes (à l’égard du gouvernement légalement établi de la IIRépublique), de socialistes, de communistes, de marxistes et d’anarchistes, soutenu par l’URSS alors dirigée par Staline, et d’autre part les nationalistes, les militaires putschistes orientés à droite et à l’extrême droite, menés par le général Franco et soutenus par l’Allemagne nazie, par le Portugal du dictateur Salazar et par l’Italie fasciste. Le conflit, suscita dans tout le pays des rivalités belliqueuses jusqu’au sein des familles où l’on vit des frères se combattre dans les camps opposés. Cette guerre se termina par la victoire des militaires nationalistes, qui établirent ensuite une dictature franquiste connue sous le nom d’« État espagnol » durant 36 ans, jusqu’à la transition démocratique qui n’intervint qu’à la suite de la mort du dictateur Franco le 20 novembre 1975.

[4] Le Docteur Jivago est un roman de l’écrivain soviétique Boris Pasternak (1890-1960) publié pour la première fois en 1957 en Italie et pour lequel son auteur reçut le prix Nobel de littérature l’année suivante. Le roman porte le nom de son protagoniste, Iouri Jivago, médecin et poète, et il se déroule principalement entre la révolution russe de 1917 et la Seconde Guerre mondiale. En 1965, il fut porté à l’écran par David Lean (1908-1991) avec Omar Sharif (1932-2015) et Julie Christie (°1940) dans les rôles principaux.

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Date de publication
mercredi 16 septembre 2026
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