« Le secret d’une bonne santé : la pratique raisonnée de tous les excès et l’abstention nonchalante de tous les sports. » (Curnonsky)

Paru aux Éditions du Rocher à Monaco, Mon ami Curnonsky, le premier roman de Louis Michaud (°1994) ne manque ni d’intérêt ni d’originalité.

Il met en scène un trentenaire parisien quelque peu bobo, très feignant, fort fêtard, très assoiffé et aux amours papillonnantes, Hubert dit Béru, qui, après s’être fait virer de la start-up où il glandait, vient traîner ses guêtres parmi les allées d’un marché aux livres.

Il y retrouve Harold, l’un de ces bouquinistes qui sont les « moines de la spiritualité française », à qui il achète trois ouvrages de Maurice Edmond Sailland, dit Curnonsky (1872-1956), un fin bec qui fut élu Prince des gastronomes en 1927 par plus de trois mille restaurateurs français et qui est le coauteur, avec Marcel Rouff (1877-1936), de La France gastronomique. Guide des merveilles culinaires et des bonnes auberges françaises, une somme en 28 volumes parus entre 1921 et 1928.

Les trois ouvrages de Curnonsky achetés par Hubert sont les Souvenirs littéraires et gastronomiques (1958), Bons plans bons vins. 3 000 recettes et conseils gastronomiques revus par Ferdinand Wernert sous la direction de Curnonsky (1950) et La Table et l’Amour : nouveau traité de mets excitants (1950), un triptyque qui révolutionnera sa vie en lui révélant « une manière de vivre où manger, boire, écrire, aimer et penser forment une seule et même discipline du bonheur » [1].

Et, quand un fast-food sera plastiqué dans un petit village bourguignon par des activistes se targuant de l’héritage spirituel de Curnonsky pour sauver la gastronomie française, Hubert rejoindra leur combat et « finira convaincu que, derrière l’affadissement de la Table, se profile la mort de l’Art [2] ».

Un récit enlevé, succulent et gouleyant, érudit et goguenard, rédigé avec un talent rappelant celui de Boris Vian (1920-1959), par exemple dans les pages qui décrivent une méthode pour s’intégrer dans n’importe que PMU de France en moins d’une heure et pour moins de dix euros, des conseilsqui auraient leur place dans Vercoquin et le plancton [3]…

PÉTRONE

Mon ami Curnonsky par Louis Michaud, Monaco, Éditions du Rocher, septembre 2026, 121 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,90 € (prix France)


[1] Quatrième de couverture.

[2] Idem.

[3] Vercoquin et le Plancton (1946) par Boris Vian est un roman proche de la farce qui raconte avec un humour décalé les surprises-parties parisiennes de 1945.

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Date de publication
dimanche 4 octobre 2026
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