En 1954, Jeanne Florentine Bourgeois, dite Mistinguett (1875-1956), dont le père et tous les grands-parents étaient d’origine belge, a publié Toute ma vie, un ouvrage devenu introuvable depuis longtemps et que les Éditions Buchet-Chastel rééditent avec un appareil critique de Bruno Fuligni (°1968), son biographe [1] enthousiaste qui milite pour la panthéonisation de cette meneuse de revue, chanteuse et actrice française jadis mondialement adulée.
Il s’agit des mémoires de cette reine du music-hall qui commença sa carrière dès 1893 sur la scène du Casino de Paris et qui la poursuivit sur celles du Trianon-Concert, de l’Eldorado, du Moulin-Rouge, des Folies Bergère, de l’Alhambra, de l’A.B.C., mais aussi sur celles de toute l’Europe, des États-Unis, du Canada, de l’Amérique latine et du Maroc.
Jolie femme dotée des « plus belles jambes de Paris » – en 1919, elle les fit assurer pour 500 000 francs (l’équivalent d’un million de dollars de l’époque ou de 793 000 euros actuels), Mistinguett enchaîna les opérettes à succès (Paris qui danse, Paris qui jazz, En douce, Paris qui brille, Ça, c’est Paris…).
Elle tourna dans 67 films, la plupart muets, et nombre de ses chansons – Mon homme (1920), Ça, c’est Paris (1926), Oh ! Que j’aime Paris (1930), C’est vrai (1934), La tour Eiffel est toujours là (1942) – furent des « tubes » internationaux d’une amplitude que l’on pourrait comparer à ceux des Beatles quelques lustres plus tard.
Truffés d’anecdotes narrées avec un esprit gouailleur, ces mémoires sont une mine d’informations sur le Paris artistique et mondain des années 1920-1950.
On y croise des têtes couronnées (Edouard VII d’Angleterre, Gustave V de Suède, Milan Ier de Serbie, Nicolas II de Russie), des débutants prometteurs (Jean Gabin, Colette, Viviane Romance, Yvonne Printemps, Suzanne Flon, Georges Guétary, Raimu) et des célébrités établies (Charlie Chaplin, Joséphine Baker, Auguste Rodin, Cécile Sorel).
Durant le premier conflit mondial, pour faire libérer « son homme », Maurice Chevalier, prisonnier de guerre en Allemagne, Mistinguett fut recrutée en qualité d’espionne par le 2e Bureau, le service de renseignement de l’armée française.
Elle récolta de nombreuses informations auprès du prince diplomate austro-hongrois Gottfried de Hohenlohe, alors en poste à Berne, ou du roi d’Italie Victor-Emmanuel III, et elle parvint à faire libérer Maurice Chevalier en 1916 grâce à ses relations avec le roi d’Espagne Alphonse XIII.
De plus, en 1918, elle obtint d’Hohenlohe un « tuyau » d’une importance capitale qui permit aux troupes françaises de remporter la deuxième bataille de la Marne, le 6 août de la même année.
C’est la raison pour laquelle Bruno Fuligni souhaite que les cendres de Mistinguett soient, à l’instar de celles de sa jeune collègue Joséphine Baker (1906-1975) et pour des raisons du même ordre, transférées au Panthéon…
PÉTRONE
Toute ma vie par Mistinguett, préface et notes de Bruno Fuligni, Paris, Éditions Buchet-Chastel, collection « Essais et documents », octobre 2026 [1954], 576 pp. en noir et blanc + 16 pp. de photographies en quadrichromie au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 € (prix France)
[1] Mistinguett – La danseuse qui a sauvé la France par Bruno Fuligni, Paris, Éditions Buchet-Chastel, août 2025.