Les planches du salut ?

Se penchant longuement, dans Jean Racine, l’enfant terrible de Port-Royal paru chez Publibook à Paris, sur les rapports ambigus entretenus par l’auteur d’Andromaque avec la Mecque du jansénisme où il avait été recueilli et éduqué, le philosophe belge Jean van der Hoeden, agrégé de l’université de Louvain, donne les clés d’une interprétation psychologique de l’œuvre théâtrale du grand dramaturge français (1639-1699) et projette une lumière nouvelle sur son combat intérieur, livré à travers ses personnages, entre les notions de liberté et de destin.

On se souviendra que la théorie extrêmement rigoriste de l’évêque d’Ypres, Cornelius Jansen (1585-1638), se fondait sur la volonté de s’en tenir strictement à la doctrine de saint Augustin sur la Grâce, conçue comme la négation de la liberté humaine pour faire le bien et obtenir le salut, celui-ci relevant exclusivement de l’intervention divine.

Particulièrement convaincant – et très accessible d’accès –, l’essai fort fouillé de Jean van der Hoeden montre comment, alors qu’il était « débiteur moral insolvable de l’abbaye de Port-Royal à qui il devait d’être resté en vie, l’orphelin Racine a trouvé dans un théâtre longtemps résolument frondeur chez lui, l’issue corporelle pour son âme qu’il cherchait avidement. En osant défier l’intransigeance castratrice d’une mère adoptive pervertie par la névrose janséniste, il a en tout cas réussi, au moins dans l’écriture, à sortir de l’infernal pas de place pour deux devant lequel, d’avoir dû haïr avec fureur pour ne pas avoir pu aimer avec passion, bien des fils qu’il a imaginés ont fini par s’incliner. Sans aucun doute possible, le Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j’attends du vers 972 d’Andromaque, c’est d’abord à la vie elle-même que cet orphelin n’a cessé de l’adresser ».

Voici donc, après Le dieu caché du structuraliste marxiste Lucien Goldmann (1913-1970) qui enseigna à l’École pratique des hautes études à Paris et à l’Université libre de Bruxelles, une pressante invitation à réviser complètement ses classiques…

PÉTRONE

Jean Racine, l’enfant terrible de Port-Royal par Jean van der Hoeden, Paris, Éditions Publibook, décembre 2013, 222 pp. en noir et blanc au format 14,2 x 22,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,95 € (prix France)

Date de publication
vendredi 25 avril 2014
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