« Nommer, c’est déjà voir autrement. Et voir autrement, c’est sans doute commencer à vivre autrement. » (Laurent Nunez)

Écrivain, essayiste et éditeur, Laurent Nunez (°1978 à Orléans) est l’auteur de neuf livres[1] et de nombreux articles sur la littérature, publiés dans Critique, La NRF, Les Temps modernes, Historia, La Cause freudienne, Têtu, Marianne, L’Express, Place Publique, Le Nouveau Recueil ou encore L’Humanité, certains ayant été traduits en anglais, russe, japonais, tchèque et portugais. De 2009 à 2020, il a en outre été chroniqueur littéraire sur France Culture.

En 2018, il a publié aux Éditions du Cerf à Paris une petit bijou d’érudition, de subtilité et de culture intitulé Il nous faudrait des mots nouveaux, un essai virevoltant, mais accessible à tous que la maison ressort en poche dans une version augmentée et mise à jour des plus réjouissante.

Partant de l’idée que bien des expériences nous échappent simplement parce que notre langue ne sait pas les nommer, Laurent Nunez s’est mis à la recherche de mots nouveaux dans d’autres idiomes de la planète et il en a trouvé quinze, dont il décrit le concept et dont il préconise l’usage parce qu’ils « révèlent une émotion, une nuance ou une manière d’être que le français ignore » et parce qu’ils « suffisent parfois à agrandir toute une existence ».

Ainsi en va-t-il des mots döstädning suédois (le ménage de sa vie à faire avant de mourir), drapetomania américain (une insatisfaction sans raison donnant envie de fuir au loin), Freizeitstress allemand (le stress du temps libre), gigil philippin (la tension surgissant en nous devant quelque chose d’insupportablement mignon), ikstsuarpok inuit (l’excitation contraire à la raison et à la coutume poussant à sortir sur le pas de la porte pour voir si quelqu’un arrive), karelu indien (la marque laissée sur la peau par un vêtement trop serré), kintsugi japonais (être honoré d’avoir été cassé), litost tchèque (le découragement né du spectacle de sa propre misère soudainement découverte), mamihlapinatapai du yaghan de la Terre de Feu (un regard partagé par deux personnes souhaitant chacune que l’autre initie quelque chose qu’ils désirent tous deux, mais qu’aucun n’ose commencer), naz pakistanais (être persuadé que quoi que l’on fasse, l’autre ne nous enlèvera jamais son amour), ostranenia russe (pour définir et vanter « l’étrangeté » d’une œuvre d’art), putivuelta espagnol (le tour de reconnaissance fait dans un lieu bondé pour voir qui s’y trouve et qui l’on pourra draguer), skybalon grec (désignant ce qui ne sert à rien), sonder franco-américain (la soudaine compréhension que les inconnus que vous croisez au hasard ont une vie aussi pleine et complexe que la vôtre) et taciturire latin (avoir envie de se taire).

Laurent Nunez convoque, comme le fit jadis Maurice Grevisse pour sa célèbre grammaire française, des illustrations de son propos prises chez les meilleurs auteurs : Apollinaire, Aragon, Barthes, Baudelaire, Baudrillard, Bourdieu, Brel, Camus, Lewis Carroll, Chrétien de Troyes, Chomsky, Cioran, Claudel, Cocteau, Deleuze, Derrida, Descartes, Dostoievski, Eluard, Faulkner, Flaubert, Foucault, le pape François, Freud, Genet, Gide, Giono, Green, Homère, Hölderlin, Hugo, Kundera, Lacan, Laclos, Lao-Tseu, Lucien de Samosate, Mallarmé, Marivaux, Herman Melville, Michaux, Montaigne, Nietzsche, Paul de Tarse, Pennac, Perec, Perrault, Musil, Pascal, Platon, Poe, Proust, Quignard, Jules Renard, Rimbaud, Schmidt, Sidoine Apollinaire, Steinbeck, Stendhal, Tolstoï, Elsa Triolet, Valéry, Vian, Wilde, Woolf…

Et même Brice de Nice et Jean-Claude Van Damme !

PÉTRONE

Il nous faudrait des mots nouveaux par Laurent Nunez, édition revue et augmentée, Paris, Éditions du Cerf, collection « Littérature LeXio », août 2026 [2018], 216 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,90 € (prix France)


[1] Les Écrivains contre l’écriture (2006), Les Récidivistes (2014), Si je m’écorchais vif (2015), L’Énigme des premières phrases (2017), Il nous faudrait des mots nouveaux (2018, rééd. 2026), Regardez-moi jongler (2021), Le Mode avion (2021, rééd. 2025), Tout ira bien (2025, rééd. 2026), Mots de passe (2026).

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Date de publication
lundi 21 septembre 2026
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