Une histoire macabre, folle et fascinante…

Sacha Filipenko (°Minsk, 1984) est un écrivain biélorusse.

En 2007, il a été diplômé de la Faculté des arts libéraux et des sciences de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg, puis il a obtenu un diplôme de magistrature en 2009.

Il est l’auteur de Le Fils d’avant (2014), Zamysly (2015), La Traque (2016), Croix rouges (2017), Retour à Ostrog (2019) et Kremulator (2022), un ouvrage dont la traduction française est parue aux Éditions Noir sur Blanc à Lausanne en Suisse[1].

Fondé sur des faits réels et un grand nombre d’archives, Kremulator[2] imagine les six interrogatoires qu’a subis, en juin 1941 (à partir du deuxième jour de l’attaque allemande de l’URSS par les armées hitlériennes) Piotr Illitch Nesterenko, le premier directeur du crématorium de Moscou – érigé dans un monastère –, un nervi chargé jusque-là de faire disparaître la nuit en les incinérant les cadavres des personnes exécutées par le NKVD[3], dont il est membre, durant les Grandes Purges staliniennes[4].

Photos de Piotr Nesterenko, issues de son dossier d’interrogatoire dans les archives soviétiques.

© Éditions Noir sur Blanc

Officiellement, il est soupçonné d’espionnage en raison de son passé tumultueux : c’est un ancien officier de l’Armée blanche qui, pendant la Première guerre mondiale, a aussi servi dans l’Armée rouge, pour les Allemands et pour la Rada ukrainienne[5].

Pilote, il a survécu à un accident d’avion, a émigré à Istanbul, à Varsovie, à Berlin, à Belgrade, à Sofia et à Paris où il fut chauffeur de taxi avant de regagner l’URSS et devenir l’exécuteur de basses œuvres de Staline avant d’être exécuté d’une balle dans la nuque.

Mêlant les documents historiques et la fiction, l’ouvrage décrit un subtil jeu du chat et de la souris entre le prisonnier et son interrogateur, brouillant les cartes entre la vérité et le mensonge.

PÉTRONE

Kremulator par Sacha Filipenko, roman traduit du russe par Marina Skalova, Lausanne, Les Éditions Noir sur Blanc, janvier 2024, 231 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 21,50 € (prix France)


[1] Pays où l’auteur vit actuellement après s’être ouvertement opposé aux président Loukachenko et Poutine.

[2] « Kremulator » est un mot-valise russe « dans lequel le lecteur entend à la fois un écho du Kremlin et le nom d’un métier qui n’existe pas ». C’est « un instrument précis, un broyeur qui pulvérise ce qui subsiste d’un individu après sa crémation ».

[3] Créé le 8 novembre 1917, Le NKVD ou Commissariat du peuple aux Affaires intérieures) était l’organisme d’État – équivalent à un ministère – d’abord dans les républiques socialistes soviétiques constituant l’URSS et ensuite dans l’URSS entière, dont relevait la police politique « chargée de combattre le crime et de maintenir l’ordre public ».

[4] Les Grandes Purges – ou la Grande Terreur – sont une période de répressions politiques massives en Union soviétique dans la seconde moitié des années 1930, principalement de 1936 à 1938. Totalement dominé par Joseph Staline, le Parti communiste utilise alors à grande échelle l’emprisonnement, la torture, la déportation et la peine de mort pour éliminer ses opposants politiques réels ou supposés.

[5] La Rada centrale est un corps représentatif constitué en 1917 à Kiev pour gouverner la République populaire ukrainienne.

Date de publication
dimanche 11 février 2024
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