Diplômé en 1991 de l’Institut d’études politiques de Paris, Bruno Fuligni (°1968), par ailleurs Régent du Collège de ‘Pataphysique, est un écrivain, historien, essayiste et maître de conférences à Sciences-Po.
Il est l’auteur de nombreux ouvrages – une quarantaine de livres très documentés – sur les curiosités de l’histoire politique et policière de la France.
À l’occasion du bicentenaire de l’invention de la photographie en 1826 par Nicéphore Niépce (1765-1833), il publie Gueules d’assassin – La photographie à l’assaut du crime aux Éditions Mareuil à Paris.
Il s’agit d’un essai remarquablement illustré (par une centaine de photographies et de documents souvent inédits) consacré à l’histoire, entre 1855 et la fin des années 1920 essentiellement, du recours par la police française et le FBI américain à cette technique nouvelle dans les enquêtes criminelles.
Des premiers signalements dessinés aux débuts de la photographie judiciaire, de la première victime photographiée aux méthodes anthropométriques standardisées d’Alphonse Bertillon (1853-1914), l’ouvrage montre comment l’image est devenue, dans les investigations policières, un outil essentiel de l’identification, de la preuve et de la traque du crime.
Avant l’invention de la photographie, la police devait se contenter de descriptions orales ou de portraits peints pour identifier les suspects. Mais dès 1855, tout bascula : pour la première fois, le corps d’une femme assassinée fut photographiée, une image qui permit d’identifier la victime et de confondre le tueur en série Martin Dumollard, exécuté en 1862.
À la fin du XIXᵉ siècle, Alphonse Bertillon donna à la photographie une rigueur scientifique : fiches anthropométriques, portraits normalisés, scènes de crime méticuleusement documentées. Ces techniques françaises s’exportèrent rapidement, inaugurant une ère nouvelle où le visage devint un document judiciaire, parfois plus accusateur que la parole[1].
Bruno Fuligni, à propos de ces portraits d’exaltés, de brigands, d’assassins, de rustres, de révoltés, d’amants jaloux, de femmes dépravées et d’enfants dévoyés, interroge aussi ce que la photographie révèle ou projette sur les visages : existe-t-il vraiment des « gueules d’assassin », ou la photographie judiciaire ne fait-elle que figer la peur, la misère et le soupçon ?
PÉTRONE
Gueules d’assassin par Bruno Fuligni, Paris, Éditions Mareuil, collection « Jacques Dallest », novembre 2025, 191 pp. en quadrichromie au format 20,2 x 25,2 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 30 € (prix France)
SOMMAIRE
Avant-propos
Chapitre 1
Avant la photographie : gravures et signalements
Chapitre 2
La photographie : un art au service de l’enquête
Chapitre 3
L’anthropométrie : la photographie scientifique
Chapitre 4
Visages de femmes : portraits et témoignages
Chapitre 5
Graines d’assassin : les photos d’enfants criminels
Conclusion
Le retour de l’art
Bibliographie
[1] Merci à Maïlis Valentin des Éditions Mareuil, à qui nous avons repris trois paragraphes de présentation.