Guérisons souveraines…

L’historien Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal entreront au Panthéon le 26 juin 2026.

Reçu à l’agrégation d’histoire et géographie en 1908, Marc Bloch, né le 6 juillet 1886 à Lyon et mort fusillé le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain), a suivi de 1908 à 1909 les cours des facultés de Berlin et de Leipzig en Allemagne avant d’être pensionnaire à la fondation Thiers (1909-1912).

Avant la Première Guerre mondiale, il a enseigné au lycée de Montpellier en 1912, puis au lycée d’Amiens en 1913.

Spécialiste de l’histoire médiévale, il a fondé en 1929 avec Lucien Febvre (1878-1956) les Annales d’histoire économique et sociale. Cette revue est à la base de l’École des Annales, un courant historiographique qui marque un renouvellement des études historiques par ses démarches transdisciplinaires et portées sur l’histoire globale, l’histoire économique, et la longue durée.

Ancien combattant de la Première Guerre mondiale et de la Seconde Guerre mondiale, Marc Bloch fut décoré de la Légion d’honneur à titre militaire, de la croix de guerre 1914-1918 (avec quatre citations) et de la croix de guerre 1939-1945 (avec une citation). Il prit part à la bataille de France en 1940. Après la défaite, il fut victime des lois antisémites du régime de Vichy, et perdit son poste à la Sorbonne. Réfugié en zone libre, il exerça un temps à Clermont-Ferrand et Montpellier, dans des conditions précaires. Il rejoignit la Résistance durant l’occupation de la France, passant à la clandestinité en 1943. Il a été arrêté, torturé, puis exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944.

Simonne Vidal, son mari et leurs deux plus jeunes enfants au début des années 1930.

Tout au long de leur relation, son épouse Simonne Vidal, née le 14 février 1894 à Dieppe et morte à Lyon le 2 juillet 1944 d’un cancer de l’estomac non diagnostiqué, avec laquelle il eut six enfants, a joué un rôle important dans les travaux de son mari, notamment comme secrétaire  en transcrivant ses manuscrits, comme assistante de recherche et comme interlocuteur privilégié. Elle fut également bénévole dans un hôpital durant les deux guerres mondiales[1].

Constituée de nombreux articles, d’une vaste correspondance[2] et d’ouvrages marquants[3], dont beaucoup furent publiés à titre posthume, l’œuvre de Marc Bloch est aussi marquante que considérable.

Pour accompagner l’entrée au Panthéon de cet intellectuel de grande envergure, les Éditions Gallimard ressortent l’un de ses magna opera, Les rois thaumaturges, sous-titré Étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre, paru en 1924 et réédité à plusieurs reprises, dans lequel il se penche de manière exhaustive, érudite et approfondie, sur la croyance du toucher des écrouelles qui persista durant six siècles, du XIIIe au début du XIXe, de part et d’autre de la Manche.

Il s’agissait d’une croyance selon laquelle les rois, d’un simple toucher, guérissaient les écrouelles (une maladie affectant le cou et le visage), si bien que ceux qui en étaient affectés accouraient de toutes les provinces du royaume pour bénéficier du miracle.

Un pseudo pouvoir surnaturel dont la réputation persistante contribua grandement à pérenniser l’autorité royale, bien souvent chancelante, face à des rivaux aussi nombreux que puissants…

Un essai magistral !

PÉTRONE

Les rois thaumaturges – Étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre par Marc Bloch, préface de Carlo Ginzburg, postface de Jacques Le Goff, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio Histoire », avril 2026 [1924, 1961, 1983], 852 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,50 € (prix France)


[1] Source : Wikipédia.

[2] « Lettres de la drôle de guerre » (lettres à son fils Étienne), 1991 ; Bryce et Mary Lyon, The birth of Annales history – the letters of Lucien Febvre and Marc Bloch to Henri Pirenne (1921-1935), 1991 ; Écrire la société féodale. Lettres à Henri Berr, 1924-1943, 1992 , Correspondance avec Fritz Rörig (1928-1932), 1994 ; Lettres à Robert Boutruche, 1996 ; Correspondance avec Lucien Febvre, 3 vol., 2004.

[3] Rois et Serfs, un chapitre d’histoire capétienne (thèse soutenue en 1920) ; Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, 1921 ; Les Rois thaumaturges, 1924 ; « La vie d’outre-tombe du roi Salomon », in Revue belge de philologie et d’histoire, 1925 ; Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, 1931 ; La Société féodale, 2 vol., 1939-1940 ; L’Étrange Défaite, 1940, 1946 ; Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, 1949 ; La France sous les derniers Capétiens (1223-1328), 1958 ; Seigneurie française et manoir anglais, 1960 ;Mélanges historiques, 1963 ;Souvenirs de guerre, 1914-1915, 1969 ; La Terre et le Paysan. Agriculture et vie rurale aux XVIIe et XVIIIsiècles, 1999.

Parlez-en sur votre site.



Date de publication
vendredi 12 juin 2026
Entrez un mot clef :