Fruit d’une vaste enquête historique menée par l’écrivain et réalisateur français Michaël Prazan (°1970), Le Massacre de Nankin 1937 – Entre mémoire, oubli et négation, publié en 2007 et qui reparaît aux Belles Lettres à Paris dans la fameuse collection « Le goût de l’Histoire » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, se penche sur l’une des pires atrocités (il y en eut beaucoup d’autres) commises au XXe siècle par l’armée nipponne.
Commandées par des chefs fanatiques au cœur d’une sanglante spirale d’expansionnisme colonial dont la Russie en 1904, la Corée en 1910 et la Mandchourie en 1931 avaient déjà fait les frais, les troupes de l’Empire du Soleil levant se sont lancées en juillet 1937 à l’assaut de la Chine dont elles prirent la capitale, Nankin, le 11 décembre suivant.
Durant les six semaines suivantes, derrière les murs d’enceinte de la ville qui l’abritaient des regards extérieurs, la soldatesque de l’empereur Hiro-Hito (1901-1989) se livra au sac de la ville et à des massacres épouvantables qui firent entre 90 000 et 300 000 victimes, presque toutes civiles, tandis que parmi elles de 20 000 à 80 000 femmes et enfants avaient été violés avant d’être mutilés puis assassinés le plus souvent à la baïonnette.
Des crimes abjects dont ne furent punis par le tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient (1946-1948) que deux lampistes[1], le général Iwane Matsui (1878-1948) et le ministre Hirota Koki (1878-1948), alors que les principaux coupables, le prince Yasuhiko Asaka (1887-1981) et son cousin Hiro-Hito, échappaient à la corde en vertu d’un pacte conclu avec le général Douglas MacArthur (1880-1964)[2] selon lequel l’empereur lui-même ainsi que tous les membres de la famille impériale jouiraient d’une immunité contre les poursuites.
Victimes du massacre sur les rives du fleuve Yangtsé flanquées d’un soldat japonais.
(Photo : Moriyasu Murase)
En Occident, l’entrée de la Chine dans le bloc communiste en 1949 et la guerre froide (1945-1989) firent oublier cet épisode tragique jusqu’en 1997, quand parut The Rape of Nanking de l’historienne sino-américaine Iris Chang (1968-2004) dont la famille était originaire de Nankin, un essai qui fit l’effet d’une bombe et remit en lumière cet épisode au centre des dissensions actuelles entre les dirigeants chinois qui instrumentalisent le massacre et ceux du Japon qui accordent foi aux divagations de leurs « historiens » révisionnistes et négationnistes.
Fondé sur de nombreuses archives, sur des témoignages de première main et sur des entretiens avec des spécialistes des deux pays, l’essai de Michaël Prazan, qui par ailleurs se lit comme un roman palpitant, remet les pendules à l’heure de la vérité…
PÉTRONE
Le Massacre de Nankin 1937 – Entre mémoire, oubli et négation par Michaël Prezan, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Le goût de l’Histoire » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, février 2026 [2007], 301 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,50 € (prix France)
TABLE DES MATIÈRES
Avant-propos
Prologue
I. 1937
1. « Guerre d’invasion »
2. La marche vers Nankin
3. La prise de Nankin
II. LE MASSACRE
4. Le « nettoyage »
5. La Zone de sécurité
III. LA MÉMOIRE ET L’OUBLI 199
6. L’oubli volontaire du Japon
7. La mémoire armée de la Chine
Pour ne pas conclure
Notes
Remerciements
[1] Le général Isao Tani (1882-1947) ayant été liquidé par un tribunal chinois.
[2] MacArthur exerça l’autorité sur le Japon de 1945 à 1949.